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Interview du duo très queer Hollydays : « Notre musique parle de nous »

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Avec leur premier album "Hollywood Bizarre", Hollydays nous fait danser sur des histoires du quotidien parfois désabusées. Elise et Sébastien, les deux membres du groupe, nous ont pourtant accordé une interview pleine de bonne humeur. En nous parlant Algérie, "trouple musical" et fetish, le duo a réchauffé une France frigorifiée. Et nous a appris un nouveau mot : "zizifoufouille".

Votre album "Hollywood Bizarre" est sorti le 2 novembre. Comment ça se passe depuis que le bébé est dans les mains du public ?

Elise : Ça se passe bien, on est contents de pouvoir défendre enfin les chansons, dont certaines ont quelques année déjà. C'est comme une grossesse de quatre ans, imagine la taille du bébé !

Sébastien : Certaines chansons ont quatre ans ("L'odeur des joints", "Manueta"), d'autres ont six mois. Sortir l'album, c'est un mélange de fierté, d'excitation, de bonheur et de peur.

Elise : "Minuit" et "Le Démon" ont été écrites trois jours avant de rentrer en studio ! C'est un premier album, c'est toujours un peu l'inconnu : c'est de la peur excitante.

Sébastien : Et ce n'est même pas parce qu'on n'avait pas assez de chansons ! On est arrivés en studio avec une trentaine de titres.

 

Le deuxième album est déjà prêt alors !

Elise : (rires) Certaines chansons n'ont pas été enregistrées et, pour le coup, je vais avoir du mal à les lâcher.

Sébastien : Oui, je pense que certains morceaux seront intégrés au live sur la tournée 2019. Cela permet de créer de la nouveauté.

Elise : C'est excitant d'avoir des chansons que l'on a depuis longtemps mais qu'on n'a pas encore jouées en live !

 

En parlant de live, vous avez déjà tourné, avant la sortie de l'album.

Sébastien : On a fini la "pré-tournée", la tournée d'été, avant la sortie de l'album : dans des festivals, les premières parties de Pierre Lapointe, le Café de la danse... C'était l'occasion de tester les chansons sur scène. En 2019, on commence la tournée fin-janvier en Algérie, et ensuite à partir de février en France. On proposera une formule améliorée de ce qu'on a déjà fait, on va intégrer de nouveaux musiciens et... Oups, non, on peut pas en dire plus !

 

Pourquoi l'Algérie pour commencer la tournée ?

Sébastien : C'est grâce à l'Institut français qui nous l'a proposé.

Elise : On est super contents ! On veut bien aller dans d'autres pays, si jamais l'Institut français lit cet article, on adore voyager ! (rires)

Sébastien : On jouera à Oran, Tlemcen et Alger. Une mini-tournée algérienne.

Elise : En janvier, quand il caillera encore plus en France, ce sera parfait !

 

Avec les titres "Minuit"  et "Monsieur Papa" [qui parle de coming-out], avec le clip de « On a déjà », vous montrez aussi différents éléments queer. Ça vient d'où ?

Sébastien : On parle de nous : je suis gay. Elise a des amis très proches qui sont gays aussi. On parle de ce qui nous concerne et on en a envie de le faire. On n'en fait pas un fer-de-lance, mais c'est là. Je pense que c'est bien de le montrer, de ne pas le cacher. C'est nous, donc on en parle dans nos chansons, comme on en parle avec nos amis.

 

C'est une partie de l'identité du groupe qui est facile à assumer au sein de la scène française ?

Elise : Je trouve que c'est ni facile, ni difficile.

Sébastien : C'est naturel. Quand, dans le clip de "On a déjà", on met en scène des dates Tinder ou Grindr, on ne s'est pas posé la question. On est un groupe qui n'est pas encore très exposé, mais on n'a pas de retours négatifs là-dessus pour l'instant. Si on n'était plus exposé, on en aurait sans doute. Surtout quand on voit la recrudescence d'agressions et le déversoir de haine qu'est Twitter, où les gens vomissent leur frustration.

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“Ça fait un peu des "zizi-foufouilles" ! Tu vois ce que je veux dire ?"

 

Tinder est très présent dans le clip de "On a déjà", Instagram dans celui de "L'odeur des joints". Quel rapport vous avez aux réseaux sociaux ?

Elise : J'étais complètement nulle à la base. J'ai l'impression d'avoir 12 ans et de découvrir les stories, quatre ans après tout le monde (rires) ! Ça m'amuse pas mal.

Sébastien : C'est aussi un bon moyen de toucher les gens rapidement. On le voit par le succès, mérité, d'Angèle. Elle était connue avant même de sortir des chansons, grâce à Instagram.

Elise : Et même entre artistes, ça facilite les échanges, les rencontres.

Sébastien : On a rencontré Pierre Lapointe par Facebook. Et les retours du public se font aussi par Instagram. On reçoit beaucoup de messages pour nous encourager. On est un petit groupe, mais pour l'instant on n'a rien reçu de négatif. Ça fait un peu des "zizi-foufouilles" ! Tu vois ce que je veux dire ?

 

Des "zizi-foufouilles" ?

Sébastien : Oui, des "zizi-foufouilles", des petits papillons dans le ventre ! On est fiers, quoi ! Je sais pas si ça se retranscrit bien en interview (rires), mais je trouve que ça dit bien les choses.

 

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Pourtant, dans ces deux clips, le regard sur les réseaux sociaux est assez négatif...

Elise : Parce que c'est un truc un peu bizarre, quand même. Ça peut faire vriller. C'est des choses qui ont été crées pour réunir les gens, mais j'ai l'impression que ça les isole et les rend de plus en plus individualistes. Dans "l'odeur des joints", c'est vraiment cette histoire-là, du mec qui est engouffré dans son truc, qui sort pas, et qui voit la vie des gens passer sur Instagram alors que lui ne fait rien.

Sébastien : Il faut faire attention au temps qu'on y passe, mais il faut aussi être capable de s'en servir pour les bonnes raisons.

 

"J'ai pas trop le fetish des chaussettes. J'en ai d'autres, mais pas celui-là !"

 

Dans le clip de "Hollywood Bizarre", il y a des scènes dans des parking souterrains. Sébastien, tu portes un short de sport et des grosses chaussettes rayées. L'imagerie fetish était volontaire ?

Sébastien : Non, c'était pas volontaire (rires) ! J'ai pas trop le fetish des chaussettes. J'en ai d'autres, mais pas celui-là ! C'était plus lynchien que fetish dans l'idée. Je crois qu'il y a plus de fetish dans le clip de "Léo", avec les bijoux, les corsets, etc. Mais tant mieux s'il y a des gens qui trouvent ça sexy !

Elise (sur le ton de la blague) : Par contre les parkings, on aime beaucoup ! C'est un lieu hyper inspirant, un lieu de rencontres... Dans "Hollywood Bizarre", on est quand même morts dans un parking. Si le jour où je meurs je peux être sexy, ça me va !

 

"Hollywood Bizarre" est à la fois très pop et assez sombre, quel était votre état d'esprit pendant l'écriture et l'enregistrement ?

Sébastien : Tu veux dire l'état d'esprit pendant quatre ans ? (rires). On travaille avec un parolier qui s'appelle Antoine Patinet [également journaliste, il travaille régulièrement pour TÊTU, ndlr]. Il a écrit 10 des 13 titres de l'album. Quand on l'a rencontré, on a fait "Des animaux fantastiques", une chanson qui est sur notre dernier EP. Depuis, on ne se quitte plus. C'est vraiment le membre fantôme du groupe : il n'est pas avec nous sur scène, mais c'est tout comme. On est un trouple musical.

Elise : Il a une écriture qui est assez frontale. Il observe très bien les gens, ce qu'il se passe en lui, et autour de lui. Il arrive à mettre des mots justes et d'aujourd'hui pour raconter un ressenti dans lequel on se retrouve bien.

 

"Pour écrire des chansons, il faut parfois passer par une bonne déprime que t'as bien digérée."

 

Comment vous travaillez pour trouver cet équilibre entre le côté spleen et le côté plus pop ? Certains titres sont sombres, mais on n'a pas pour autant envie de se suicider quand on a fini d'écouter l'album...

Elise : Bah, merci (rires) ! C'est gentil, c'était pas le but non plus ! Quand un texte nous parle, les choses se font assez naturellement. On commence à mélodiser, ça donne sur des accords, une ambiance...

Sébastien : On essaie de contrebalancer, soit avec des rythmes plus rapides, plus dansants, soit avec des couleurs harmoniques très pop et des mélodies assez variété. Sinon, effectivement, on fournit l'album avec des lames de rasoir ! L'espoir s'exprime comme ça. Dans la vie on a nos névroses, comme tout le monde, on n'est pas complètement déprimés.

Elise : Dans la version deluxe, il y aura une corde fournie avec (rires) ! On l'écrit pas ça, c'est pour la blague ! Ou on pourrait... Je suis indécise, je me suis réveillée trop tôt ! Mais c'est sûr que si dans la vie on faisait pas de musique, on serait bien, bien dep' ! La musique est un bon exutoire. Mais, parfois, pour écrire des chansons, il faut passer par une bonne dep' que t'as bien digérée. Et après ça te rend heureux, ça va mieux.

 

Il y a des artistes qui vous inspirent dans cet équilibre ?

Elise : On a chacun des influences assez différentes, mais on se retrouve sur la chanson française.

Sébastien : Chez Elise, il y a des sonorités plutôt r'n'b, chez moi plus du trip-hop ou du rock. mais le crossover se fait vraiment sur la chanson française. Il faut que ce soit des chansons avant tout. Quand on a choisi les 13 titres qui sont sur le disque, il fallait qu'ils fonctionnent "à poil", en piano-voix ou en guitare-voix. Aucune chanson n'est partie d'abord de la musique. Le point de départ, c'est toujours le texte, c'est un album de chansons avant tout.

 

Ce qui explique que vous ayez aussi des titres signés par Rose et par Pierre Lapointe.

Elise : Oui, ça a été des rencontres qui se sont faites facilement, le travail avec eux est venu naturellement. Ça nous semblait normal que ces chansons soient dans l'album.

Sébastien : Ces chansons ne se démarquaient pas des autres titres de l'album. Ils font tous de la poésie avec des mots très simples, pas prétentieux, l'ensemble était donc cohérent. Leur écriture nous touche, on est fiers d'avoir leurs textes sur le disque.

 

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Hollydays sera en concert le 13 mars à La Cigale. Leur tournée passera aussi par Nantes, Lyon, Bordeaux et Strasbourg. 

Crédit photo : Alex Gallosi


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