L’Allemagne élargit la réhabilitation des homosexuels condamnés après-guerre

Le ministère de la Justice a publié une directive élargissant la réhabilitation des hommes homosexuels persécutés par l’État allemand, mercredi 13 mars. Désormais, les victimes n’ayant pas forcément été condamnées sur la base du paragraphe 175 du code pénal, qui criminalise l’homosexualité, peuvent demander réparation.

Un pas de plus vers la reconnaissance des hommes homosexuels persécutés par l’État depuis la Seconde guerre mondiale. La ministre de la Justice allemande, Katarina Barley, membre du Parti social-démocrate (SPD), a publié une directive, mercredi 13 mars dernier, supprimant certaines conditions pour pouvoir prétendre à une réhabilitation. Et permettre ainsi à d’autres victimes d’y avoir accès.

Le paragraphe 175 du code pénal allemand, texte criminalisant l’homosexualité, aura vécu 122 ans au total. Inscrit en 1871 au code pénal allemand, il a été durci par les nazis en 1935. Pendant la Seconde guerre mondiale, plusieurs milliers d’hommes homosexuels ont été déportés dans les camps de concentration, tous affublés du tristement célèbre triangle rose. Selon les chiffres gouvernementaux, près de 70.000 personnes ont été condamnées en Allemagne pour « délit d’homosexualité » depuis 1945. Cette loi a été définitivement abrogée en 1994.

Solidarité et reconnaissance

Mais il aura fallu attendre 2017 pour que l’Allemagne fasse passer une loi permettant la réhabilitation des victimes de ce texte. Elle ne s’adressait au départ qu’aux hommes ayant été condamnés sur la base de ce texte. La mesure prise par le ministère de la Justice le 13 mars dernier élargit désormais la réhabilitation et l’indemnisation aux victimes qui n’ont pas été condamnées. Une victoire pour de nombreux hommes, qui pourront désormais demander à être reconnus comme victimes, et dédommagés financièrement.

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Selon la ministre de la Justice, l’État doit désormais répondre de ces actes. « En tant qu’État de droit nous sommes responsables. Une réparation est désormais possible pour ceux qui ont été persécutés mais qui n’ont pas été condamnés », écrit-elle dans un tweet publié le 13 mars.

Le militant LGBT+ Wolfgang Lauinger a été persécuté par les nazis en raison de son orientation sexuelle. Il avait fait une demande de réhabilitation auprès de l’État allemand, comme le rapporte le site d’information allemand « Queer« . Placé en détention provisoire par les forces de l’ordre de la République Fédérale Allemande (RFA) dans les années 1950, il n’a jamais été condamné par la justice. Raison pour laquelle sa demande a été rejetée en 2017. Il est décédé peu après et n’aura jamais été reconnu comme victime par l’État allemand.

Dédommagement financier

Outre une réhabilitation, les victimes peuvent prétendre à une indemnisation financière à hauteur de 500 euros si une enquête à été ouverte à leur encontre. Les hommes qui ont été placés en détention provisoire peuvent toucher 1.500 euros par année de privation de libertés.

Selon le ministère de la Justice, une indemnisation financière pourra désormais être prévue pour les victimes qui, dans le contexte de cette époque, ont subi « des effets exceptionnellement négatifs ». Comprendre, sur leur vie professionnelle, sur leur santé ou sur leur situation économique, sans qu’il y ait eu nécessairement de poursuites spécifiques au pénal.

En deux ans, 133 personnes ont demandé à être réhabilitées par le gouvernement, qui leur a versé au total 433.500 euros.

Crédit photo : Hannibal Hanschke/DPA/AFP.

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