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Entre traque policière et actes de torture, l’Égypte se vautre dans l’homophobie d’État

Le Caire, Egypte

REPORTAGE. En Égypte, les homosexuel·les et les personnes trans sont pourchassé·es par le régime d’al-Sissi, et risquent la prison et la torture. Dix ans après la révolution, la jeune génération tente d’abattre le mur de la peur. Et revendique son identité queer sur les réseaux sociaux.

Un soir de mai 2017, vers 21 heures, lorsque l’air saturé par la chaleur précoce du printemps égyptien se radoucit quelque peu, la vie d’Hassan* bascule dans l’horreur. Ce jeune homme de 26 ans a quitté Embabeh, banlieue populaire du nord du Caire, où il réside avec sa mère, pour rejoindre le centre-ville de la capitale. Un petit périple à bord d’un microbus porté cahin-caha par le zahma – les célèbres bouchons de la mégalopole égyptienne – l’a conduit place Tahrir. C’est là que l’homme avec lequel il tchatte depuis deux jours sur Grindr lui a donné rendez-vous.

Hassan patiente, son portable à la main, lorsqu’un passant l’interpelle pour lui demander son chemin. C’est le signal : six molosses, en réalité des policiers en civil, fondent sur lui et l’accusent d’avoir dissimulé une bombe dans une poubelle. Hassan n’a pas le temps d’objecter. Il est escorté de force vers le Mogamma, mastodonte de béton accolé à la place Tahrir, où sont centralisés de nombreux services de l’Administration égyptienne. Hassan vient d’atterrir dans les locaux de la police des mœurs. “Pas de retour en arrière pour ceux qui entrent ici”, lui annonce un officier. Près de quatre ans plus tard, Hassan ne s’est toujours pas extirpé de ce cauchemar.

Harcèlement policier

Cette nuit-là, il assiste, impuissant, à l’élaboration des preuves qui permettront ensuite de l’inculper pour “débauche”, en vertu d’une loi anti-prostitution importée du droit français durant l’ère coloniale, et toujours en vigueur. L’officier déverrouille son téléphone pour y rédiger des conversations fictives, place des préservatifs et du lubrifiant dans ses affaires. Le piège est en train de se refermer sur lui.

Au petit matin, Hassan est transféré vers un premier commissariat. Dès son arrivée, un policier tente de le tabasser. “Je ne veux pas qu’il ait des marques de coups devant le procureur”, l’interrompt un officier. Envoyé dans un autre poste du centre-ville, il demeure parqué quatre jours dans une cellule surpeuplée. “Pédé”, “salope”, “déviant” ; les insultes pleuvent. Vient enfin l’espoir d’une délivrance : l’audition devant le procureur. “Je m’attendais à ce qu’il m’écoute et soit impartial. Au lieu de ça, j’avais en face de moi un homme extrêmement violent, qui hurlait et me mettait la pression pour que j’avoue me prostituer sur Grindr”, se souvient Hassan. Terrorisé, privé de son droit d’être accompagné par un avocat, il cède. Et signe, sans même pouvoir la lire, une déclaration à charge qui le renvoie un mois et demi en cellule....


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