Alors que Les Crevettes pailletées et sa suite viennent d'arriver en streaming sur Netflix, retour avec Cédric Le Gallo, initiateur et co-réalisateur de ces comédies gays, et l'acteur Geoffrey Couët, sur l'histoire étonnante de ces deux films, et d'un succès phénomène que personne n'avait vu venir.
Si la fin des années 1970 avait accouché de La Cage aux folles avec ses clichés d'époque, les comédies mettant en scène des personnages LGBT+ restent des exceptions notables dans le paysage cinématographique français. On se souvient des grands succès publics de Gazon Maudit (1995) et de Pédale douce (1996), voire du charme certain de Pourquoi pas moi en 1998 (à découvrir d’urgence si vous êtes passé à côté !), mais il faudra attendre vingt ans pour qu'un nouveau projet voie le jour et connaisse un grand succès. Pourtant, sur le papier, rien ne prédestinait Les Crevettes pailletées à devenir un phénomène de société. Mais un jeune homme y croyait, tout simplement parce que c’était son histoire…
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En 2017, Cédric Le Gallo est journaliste pour l'émission people de TF1 50 minutes inside, mais rêve de devenir réalisateur et de raconter l'histoire de son club gay de water-polo, les Shiny Shrimps. Assez rapidement, il rencontre des producteurs qui croient en son projet de comédie mêlant portrait de groupe en mode road movie gay façon Priscilla folle du désert et sport collectif dans le contexte des Gay Games en Croatie. Mais c'est quand Universal se montre intéressé par la distribution du film que tout s'emballe et que l'aventure commence. "C'était un coup de cœur qui dépassait l'entendement, se souvient Cédric Le Gallo, et je me rends compte, maintenant que c'est mon métier, que le projet n'avait pas de sens. En termes de risques financiers, ça ne rentrait dans aucune case."
Succès populaire et une de L'Équipe
Le budget de trois millions d'euros est néanmoins vite bouclé, de jeunes acteurs presque inconnus sont recrutés, et le tournage peut commencer avec quelques talents identifiés : Nicolas Gob, déjà star de séries télés, incarne l’entraîneur hétéro condamné à coacher cette équipe plus flamboyante hors de l'eau, et Alban Lenoir, jeune acteur en vue, prête sa silhouette musclée au chef de troupe, Jean. Geoffrey Couët, qui vient de tourner dans Théo et Hugo dans le même bateau, de Ducastel et Martineau, ne s'attendait pas à incarner Xavier, l'un des personnages les plus marquants : "Il a une forme de vulgarité qui m'a fait super peur au début mais j'y suis allé à fond en me disant qu'on avait vraiment besoin de grandes folles et de personnages exubérants. Ce sont eux qui ont fait avancer les choses dans l'histoire des luttes. Et du coup, ç'a été une vraie prise de conscience et je pense que ça m'a rendu plus affirmé aussi dans la vie."
"C'était exactement le film que j'avais envie de voir et qui m’aurait aidé dans ma construction."
Le tournage est sportif, dans tous les sens du terme, entre scènes de piscine, Gay Games et chansons chorégraphiées… mais, le résultat en mains, Cédric Le Gallo reste optimiste : "J'étais persuadé que ça allait marcher parce que c'était exactement le film que j'avais envie de voir et qui m'aurait aidé dans ma construction : des héros positifs qui montrent que la vie peut être super cool quand on est gay." L’instinct du réalisateur se confirme : avant-première monstre au Grand Rex en mai 2019, une presse conquise (à l’exception notable de têtu·, qui estime alors que le film est caricatural et vulgaire !) et, finalement, un score incroyable de 600.000 entrées en salles !
Mais c’est la Une historique de L'Équipe, affichant un baiser entre le réalisateur et un de ses collègues Crevettes de la vraie vie sous le titre "Embrassez qui vous voudrez", qui donne à la comédie un rôle sociétal en portant un sacré coup projecteur sur le sujet de l'homophobie dans le sport. "Tout d’un coup, se souvient Le Gallo, le film devenait autre chose qu'un sujet de cinéma, les tabous tombaient. Cette Une a atterri au siège d'Universal à Hollywood et ils nous ont appelés pour nous demander si la suite était écrite ! Même si je faisais des blagues sur le tournage, en disant qu'on garderait telle ou telle idée saugrenue pour le 2, je ne m'attendais pas à ce que ça aille si vite, et ce n'est pas tous les jours qu'on nous déroule le tapis rouge pour écrire un film LGBT !"
La Revanche des Crevettes pailletées
L'équipe relève le défi, écrit un second opus assez éloigné du premier, une comédie d'aventures en Russie (mais tournée en Ukraine) qui fait la part belle à une vision plus politique et sociétale de l'homophobie tout en conservant les personnages et l'humour qui ont fait son succès. Malgré une sortie en salles bousculée en avril 2022, La Revanche des Crevettes pailletées séduit à nouveau la presse (y compris têtu· cette fois !) et le public, sans renouveler les exploits du premier avec un score tout de même honorable de près de 150.000 entrées. "C'était une période terrible, explique le réalisateur, on avait une fenêtre de tir réduite alors que moi, je pensais qu'il fallait sortir l'hiver… Il faisait 26°, on sortait d’un confinement et la Russie venait d’attaquer l’Ukraine !"
"J'aimerais bien pouvoir creuser le quotidien des Crevettes…"
Cédric Le Gallo se réjouit de voir ses deux premiers films débarquer sur Netflix, "disponibles comme dans une bibliothèque", mais est-ce que cela clôt définitivement le chapitre Crevettes pailletées ? Pas vraiment, à en croire le réalisateur : "Les deux films se concentrent sur le collectif, sur des événements sportifs, mais j'aimerais bien pouvoir creuser le quotidien des Crevettes, en savoir plus sur leur vie professionnelle et personnelle, je pense qu'il y a un gros potentiel pour une série, j'ai des pistes, des idée, mais rien n’est encore développé…"
Geoffrey Couët, qui a depuis réalisé des documentaires, des podcasts de création sonore (son Pacte du Pigeon est absolument hilarant) et qui jouera dans le prochain film de Baya Kasmi, est tout à fait prêt à remettre ses shorts à paillettes : "J'adorerais retrouver les Crevettes ! D'abord parce que ce qui me reste, malgré les tournages difficiles, c'est vraiment l'amitié, de vraies rencontres, quelque chose de très intense et un grand sentiment de fierté. Je serais vraiment très curieux de voir leur évolution, leur place dans le monde aujourd'hui…"
En attendant de replonger, un jour peut-être, dans la piscine des Crevettes, Cédric Le Gallo travaille à l'écriture d'une série télé et à la mise en chantier de son prochain long-métrage qui évoquera encore l'homosexualité et le sport : "C'est un huis clos sur le coming out d'un joueur de foot. C'est toujours problématique puisqu'aujourd'hui encore, aucun footballeur en activité dans un club de haut niveau n’a fait son coming out. Il y aura aussi de l’humour mais la forme sera très différente de celle des Crevettes. J’espère pouvoir tourner début 2025."
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Crédit photo : Thibault Grabherr / Universal Studios