C’est une petite révolution dans la prévention du VIH. Depuis février 2026, l’Apretude, première PrEP injectable disponible en France, est remboursé par la Sécurité sociale. Une injection de cabotégravir tous les deux mois, qui vient compléter l’arsenal des protections contre le virus. Qui est concerné ? Comment se la faire prescrire ? On vous explique.
Illustration : Call Me George(s)
Qui est concerné ?
Traitement préventif contre l’infection au VIH, la PrEP s’adresse aux personnes séronégatives exposées au virus. La Haute Autorité de santé ne réserve pas sa version injectable à des publics spécifiques, mais la recommande comme alternative lorsque la PrEP en comprimés n’est pas adaptée. Elle s’adresse notamment aux personnes : – qui ont des difficultés à suivre un traitement quotidien : pratiquants du chemsex, usager·es de drogues, travailleur·euses du sexe, migrant·es, personnes stigmatisées qui devraient cacher leurs comprimés de PrEP ; – à qui la PrEP orale est déconseillée en raison de fragilités rénales ou osseuses ; – qui ont un trouble de l’absorption de la PrEP orale, par exemple après une chirurgie digestive ; – qui ont du mal à avaler des comprimés. "Il s’agit de trouver la meilleure option pour chacun, afin d’élargir le plus possible la couverture de la PrEP", explique Valérie Grange, directrice des affaires publiques de Viiv Healthcare, le laboratoire qui a conçu l’Apretude.
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Y a-t-il des contre-indications ?
Il existe peu de contre-indications médicales. L’Apretude ne peut toutefois pas être prescrit aux personnes séropositives ou dont le statut VIH est inconnu, ni en cas d’hypersensibilité connue au traitement. Il est également incompatible avec certains médicaments contre la tuberculose (rifampicine, rifapentine) et plusieurs antiépileptiques (carbamazépine, oxcarbazépine, phénytoïne, phénobarbital). Enfin, l’injection intramusculaire est déconseillée aux personnes sous anticoagulants à dose curative, en raison du risque d’hématome ou d’hémorragie, ainsi qu’aux personnes portant des prothèses fessières.
La PrEP injectable est-elle aussi efficace que la PrEP orale ?
Oui. Lorsqu’elles sont utilisées correctement, les deux assurent la même protection contre le VIH. En pratique, la PrEP injectable se révèle même plus efficace que la version orale, car elle évite les oublis possibles avec un traitement quotidien. Attention toutefois : la protection n’est complète qu’à partir de sept jours après la première injection. Et la PrEP, qu’elle soit orale ou inectable, ne protège pas contre les autres infections sexuellement transmissibles, ni contre l’hépatite B (contre laquelle il existe un vaccin) .
Comment se passe la prescription ? Quel est le suivi ?
Tout médecin expérimenté dans la prise en charge du VIH, généraliste ou spécialiste, peut prescrire l’Apretude. Avant de commencer le traitement, un bilan sanguin poussé est nécessaire afin d’écarter toute infection par le VIH, même récente, car il existe un risque de développer une résistance à certains traitements contre le VIH en cas d’injection chez une personne infectée. On dépiste également d’éventuelles IST, et on vérifie les fonctions rénale et hépatique. Dans la plupart des cas, les injections peuvent commencer immédiatement. Chez certaines personnes, notamment en cas d’antécédents allergiques, une phase orale préalable peut être proposée afin de vérifier la tolérance au traitement. Le protocole débute ensuite par deux injections à un mois d’intervalle, avant de passer à une injection toutes les huit semaines. Un suivi biologique régulier reste nécessaire pendant toute la durée du traitement, d’abord tous les deux mois, puis tous les quatre mois. Enfin, l’arrêt de l’Apretude doit être discuté avec son médecin, le cabotégravir pouvant persister à trèsfaible dose dans l’organisme pendant près d’un an.
Ça fait mal ?
Cette nouvelle PrEP est administrée par injection intramusculaire, dans le muscle fessier. Ça fait donc mal comme un vaccin dans la fesse : même si l’aiguille est assez grosse, la piqûre est généralement très supportable. Une douleur peut ensuite apparaître au point d’injection pendant un ou deux jours. "Les études montrent que ces douleurs disparaissent avec le temps et la répétition", rassure Valérie Grange. L’Apretude est globalement bien toléré, malgré quelques effets indésirables bénins et passagers, comme des maux de tête ou un peu de fièvre.
Combien ça coûte ?
L’Apretude est pris en charge à 100 % pour les bénéficiaires de la Sécurité sociale, de la complémentaire santé solidaire (CSS) et de l’aide médicale de l’État (AME). En revanche, le test de charge virale du VIH nécessaire avant la prescription n’est remboursé qu’à 65 %, sauf pour les bénéficiaires de l’AME. Les mutuelles prennent généralement le reste en charge, et ce test ne coûte rien dans les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD), ainsi que dans les centres de santé associatifs comme le Spot, Checkpoint ou Le Griffon. Mais pour l’association Aides, cette exigence reste une barrière d’accès pour des publics déjà éloignés du soin. "Nous avons bon espoir que cette obligation soit levée en Europe grâce aux études à grande échelle du traitement, comme c’est déjà le cas aux États-Unis", souligne Valérie Grange. Une éventuelle réévaluation ne devrait toutefois pas intervenir avant au moins deux ans.
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