Lysandre :
Témoignages

Lysandre : "Je suis YouTubeuse et bisexuelle. Whatever !"


Lysandre Nadeau est une YouTubeuse québécoise qui, du haut de ses 21 ans, ne craint de parler d’homosexualité ou de transidentité à ses 200.000 abonnés. Nous l’avons rencontrée lors de son passage à Paris.

14 heures, maillot de base-ball et crêpes au sucre. Tout à coup mon cher Paris semble vibrer au rythme québécois, dont l’accent pétillant résonne dans la voix de Lysandre Nadeau. « Parfois les gens d’ici me proposent même de leur parler en anglais » constate-t-elle, mi-vexée mi-amusée. Depuis quelques jours, Lysandre séjourne dans le 10ème arrondissement parisien. Elle a découvert la capitale sur le scooter de Norman Thavaud qui l’héberge, comme pour confirmer les fantasmes que nourrissent le quotidien des YouTubeurs. Il y a quelques jours, les deux pros du web ont même réalisé ensemble le dernier épisode de « Norman fait des vidéos ». Un petit monde cette communauté YouTube. Encore plus au Québec où Lysandre nous explique qu’ils ne sont qu’une trentaine. « Mais moi je fais partie des has been ! », car à seulement 21 ans, Lysandre Nadeau a déjà sept années de chaîne YouTube derrière-elle.

J’ai commencé fin 2009 alors que j’avais 14 ou 15 ans. Je vivais dans un village de 400 habitants donc j’avais absolument rien à foutre. Jamais. Et puis je ne suis pas une sportive. Je détestais jouer dehors. Donc j’ai juste commencé à jouer sur l’ordinateur de mon papa. Et puis j’ai décidé de me familiariser avec les logiciels de montage, à faire des vidéos pour le plaisir.

« C’est important de parler pour savoir que l’on n’est pas seuls »

De sa Gaspésie natale, Lysandre Nadeau migre vers Montréal afin de poursuivre son activité online tout en s’interdisant le moindre programme, car « si je fais des vidéos, c’est pour ne pas avoir de routine. Je veux que chaque jour soit une surprise. »

Lysandre Nadeau youtubeuse québécoise bisexuelle
Crédit photo PL Cloutier/YouTube

Candide ? Peut-être en partie, mais Lysandre est surtout une optimiste, qui derrière sa décontraction porte un regard très critique sur son travail. Celle qui n’est jamais satisfaite de ses propres vidéos est pourtant parvenue à imposer sa marque de fabrique derrière le crédo « Full love » (qu’elle nous avoue répéter à chaque vidéo depuis que Norman – encore lui ! – a écrit cette phrase sous l’un des clips de la Québécoise) : une chaîne YouTube fraîche et authentique, où Lysandre Nadeau aborde sans filtre les sujets qui la concernent, l’intriguent, l’absorbent.

J’ai l’impression que tout le monde vit le même genre de truc. Donc je n’ai pas le besoin de garder pour moi. Je suis vraiment ouverte à parler de n’importe quoi. C’est important, ça permet de savoir qu’on n’est pas seuls. Au début, il y a certains trucs que je n’aurais pas dits et notamment ce qui a trait à la sexualité. Maintenant je me rends compte, et surtout en voyant les commentaires, qu’on est tous pareils. Je suis rendue à un point où je peux dire n’importe quoi sur ma vie et je n’ai aucune gêne.

Son coming-out sur YouTube à 16 ans

Lysandre a 16 ans lorsqu’elle décide de faire son coming-out face à sa webcam en hommage à Marjorie Raymond, une adolescente de sa région qui s’est suicidée à cause des brimades dont elle était victime.

Or à l’époque, seule la mère de Lysandre sait qu’elle aime les filles :

La première fois que je l’ai annoncé à ma mère, c’était un peu une provocation. On avait une mauvaise relation quand j’étais plus jeune et je lui ai un peu dit comme « tu m’énerves, by the way j’ai une blonde. » Et puis finalement elle a été super. Quant à mon père, il l’a appris dans ma vidéo « Mes secrets ». C’était la première fois sur YouTube que je disais que j’avais déjà été avec une fille. Et quand je suis revenue de l’école ce jour-là, il y avait un bouquet de fleurs sur la table avec une lettre. C’était mon père et ma belle-mère qui me disaient qu’ils m’aiment, peu importe.

Lysandre Nadeau youtubeuse québécoise bisexuelle
Crédit photo Lysandre Nadeau/YouTube

Cette vidéo est la première d’une longue série où Lysandre aborde son homosexualité, puis plus tard sa bisexualité qu’elle découvre à l’âge de 19 ans, et qui la force à revoir ses a priori : « avant quand une fille me disait qu’elle était bi je pensais « t’es dans une phase ». Mais parce que j’ai déjà eu une relation avec une fille et avec un gars, je sais maintenant que c’est quelque chose de réel. » Pourtant, pas la moindre hostilité ne s’invite sous ses vidéos, « à part deux ou trois commentaires négatifs. Souvent ce sont des Français qui disent « Oh je suis jaloux de l’ouverture que vous avez au Québec » ». Pas même lorsque Lysandre aborde la question trans.

« Je veux comprendre, et je veux que les autres comprennent »

Une première fois avec Mélissa, male to female, qui suite au succès de la vidéo et après son intervention chirurgicale demande finalement à Lysandre de la retirer du web. Pas d’importance ! Ni une ni deux, Lysandre réitère l’expérience, et avec son naturel désarmant invite Zachary-David Dufour devant sa caméra.

Sans ambages, les deux jeunes gens abordent cette fois-ci l’angle female to male, retracent sans tabou le fil des opérations… Discussion difficile à imaginer chez nous.

Bien-sûr je ne lui aurais jamais demandé si je ne l’avais pas senti parfaitement à l’aise. Tout cela repose sur une pure curiosité de ma part, et je pense que je ne suis pas la seule à me demander comment ça marche. Je veux comprendre et je veux que les autres comprennent pour qu’on soit tous considérés comme quelqu’un de normal. Et Zachary est magnifique. Ça fait des années qu’il fait des conférences là-dessus. Je l’avais croisé dans un center shop quand j’avais à peu près 15 ans, avant qu’il y ait tout ce buzz autour des trans. Une copine m’avait dit « lui là, c’était une fille avant ». Je n’en revenais pas. Quelques années plus tard j’ai commencé à m’intéresser au sujet et j’ai eu la chance de le rencontrer, d’en parler ouvertement avec lui. Donc j’ai été chanceuse, je suis bien tombée.

Aujourd’hui Lysandre est suivie par plus de 200.000 abonnées, mais elle avoue ne pas se rendre compte de son succès, « parce qu’à un moment donné les chiffres ça devient juste des stats. Et puis il n’y a surement que cinq abonnés qui regardent vraiment tout’, tout’, tout’” pense-t-elle modestement. Si elle n’est pas non plus à l’aise avec le terme de « fan », elle ne tarit néanmoins pas d’éloge vis-à-vis de ses confrères. Son ami et YouTubeur PL Cloutier bien-sûr, mais aussi Gigi Gorgeous, « une de mes préférées que je ne me lasse pas de suivre. Très très girly. De longs cheveux blonds, des talons hauts. C’était un gars hétéro, il est devenu gay, puis femme hétéro, puis femme lesbienne. Elle a tout fait ! ». Et puis surtout son « nouveau coup de cœur depuis deux jours ! C’est un homo de 17 ans et il est HI-LA-RANT. Il s’appelle Trevor Moran et je suis comme en amour avec lui ! »

« Faire partie de la communauté LGBT ne me divise pas du reste »

Alors que la saison des Pride vient de s’achever, elle nous confie aussi être « très très fière » de son Premier ministre. « Je sais que ça peut faire débat, qu’il y en a qui pensent que Justin Trudeau fait juste le clown au lieu de travailler… Je sais pas. Moi je pense que si tu as de bonne valeurs, de bonnes intentions, tu ne peux pas nuire ». Puis, comme pour se justifier : « Je suis peut-être un peu naïve », ce qui compose aussi son charme. Car elle est à la fois parfaitement consciente des difficultés quotidiennes :

Faire partie de la communauté LGBT ne me divise pas du reste. Cela ne veut pas dire que je ne vais pas aller dans des bars hétéros, par exemple. Je peux faire partie des deux. Je ne veux pas nécessairement militer pour mes droits mais quand certains disent « si vous êtes comme les autres alors arrêtez de faire des parades » j’ai envie de leur rappeler qu’on a dû se battre pour certaines trucs. Ce n’est pas se différencier des autres. C’est célébrer une avancée.

Ses projets futurs ? « Jaser » avec une star de la pornographie afin de « donner une plateforme à des gens qu’on n’entend pas nécessairement ». Et dans un tout autre registre, rencontrer une personne séropositive pour en savoir davantage sur son quotidien. Pas la peine néanmoins de lui demander comment elle compte s’y prendre. C’est avec une nonchalance contagieuse qu’elle répondra gaiement : « Je laisse les choses couler. Whatever ! »

 

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Crédit photo couverture TÊTU

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