F. : « J’adore mon corps de mec, mais je me sens femme »
Sexo/Psycho

F. : « J’adore mon corps de mec, mais je me sens femme »


Notre vaillant reporter est reparti en immersion chez les « impudiques », témoins de notre époque qui acceptent de se livrer sans fausse pudeur. Aujourd’hui, rencontre avec F, jeune homme exubérant et aventurier, qui après s’être longtemps perdu, a commencé par s’inventer un entre-genre…

Je connais F. depuis de nombreuses années. J’avais l’image d’un jeune homme cherchant à renforcer sa « masculinité » par tous les moyens, foncièrement impudique et sexuellement très libéré. Quand pour cette série de portraits, j’ai souhaité qu’il me parle de sa vie intime, j’ai été surpris par la distorsion de la réalité qu’il renvoie. Je connaissais sa gentillesse absolue et sa fantaisie, mais c’est une personne encore plus complexe que j’ai re-découverte. Car sa plus belle création, c’est lui, et il défie toutes les définitions…

F. : Je me sens homme et je me sens femme en même temps. En fait, je rêve d’être la femme d’un homme, mais j’adore mon corps de mec. La balance est difficile, j’adore cultiver ma masculinité, mais j’ai besoin que même poilu, viril, avec une bite, en slip, mon homme me dévore des yeux comme une femme. C’est depuis toujours. Je suis né sans genre. Et je l’ai assumé vite. J’adore ça. Être tout et rien à la fois. Switcher. Je crois que je suis transgenre. J’aurais dû naître dans un corps de femme, mais je suis tellement heureux d’avoir une bite que je n’ai absolument pas envie de changer. Je ne conçois pas un changement de sexe, mais si mon homme me voit comme un garçon, notre couple ne marchera pas. J’ai besoin d’être femme, mais uniquement dans les yeux de mon amant. C’est un paradoxe délicat à mettre en place. Mon rêve, c’est d’être un dandy des années 50 au dessus de la ceinture, et la parfaite ménagère dans son tablier sous la ceinture.

J’ai toujours aimé les machos, j’adore faire plaisir, j’aime l’appartenance mutuelle, me dévouer au bonheur de mon homme autant qu’il veille à mon épanouissement personnel… Je cherche un chevalier protecteur.

Pour faire un couple, c’est vrai que ça devient compliqué. Je ne dis pas que je ne trouverai jamais l’amour. Je fais partie d’une microsphère fétichiste et « entre les genres ». L’archétype du garçon qui me permettra de m’épanouir dans mes deux entités, masculines et féminines, ça court pas les rues. Mais j’en ai rencontré, d’ailleurs ils sont souvent depuis longtemps en couple avec leur conjoint masculin… J’ai intégré ce milieu parce que c’était facile, et « populaire », mais ce milieu n’est en fait pas du tout le mien : je m’y amuse, j’y rencontre des gens formidables mais ce n’est pas le milieu fetish qui m’excite. C’est une communauté d’amis, sans aucun doute. Je prends ça comme le moyen d’expérimenter une autre facette de moi même, que j’adore en société, ça me donne de l’aplomb, de la confiance en moi et je me sens désiré… La seule chose triste là-dedans c’est qu’ils désirent au final quelque chose qui n’est pas moi.  Enfin, si c’est moi… C’est là que c’est compliqué… Je suis tout ça à la fois. Mais ma facette publique n’a rien à voir avec mon être dans l’intimité…

J’ai connu F. dans bien des situations où jamais je n’aurais imaginé qu’il cache cette dualité. Mais d’ailleurs, que savons nous les uns des autres, dans les échanges nocturnes ou virtuels ? Et que savons-nous de nous même qui soit immuable, d’ailleurs… Quelle force faut-il pour se remettre ainsi en cause, se réinventer, jouer des codes ? Une force de vie, sûrement…

F. : Dans les premiers temps de ma sexualité, j’étais dans un délire sordide de rapports de domination avec des mecs glauques, parfois bi, parfois gay, dans quelque chose de profondément humiliant. Mon regard sur moi-même était tellement négatif, je ne comprenais tellement plus qui j’étais et qui je voulais être, j’en venais à accepter les plans les plus sordides, avec les mecs les plus dangereux possible : violence, harcèlement, j’avais une volonté totale de destruction…  Je ne trouvais rien à quoi m’accrocher, j’évoluais dans des milieux qui ne comprenaient pas grand chose à qui j’étais. Et donc je ne me sentais pas à ma place.

Aujourd’hui ça a changé, je sais que j’aime les machos, mais je mets un point d’honneur à être sur un pied d’égalité. J’ai deux amants formidables en ce moment, ils sont gays, ont bien compris que moi aussi, mais ont compris avant tout que les accessoires, la lingerie, était un moyen d’exprimer une part de ma féminité sans empiéter sur ma masculinité. Comme si ils avaient découverts, sans jugement, le fait qu’on peut être simultanément un homme et une femme.

J’aimerais qu’un garçon m’aime pour mon côté féminin, et s’amuse de mon côté viril, aujourd’hui ça a plus souvent été l’inverse, les gens pensent que ma féminité, c’est un « trip » (c’est ce que j’ai essayé de me persuader pendant des années d’ailleurs), mais j’ai bien compris que ce n’étais pas le cas. Et plus je deviens masculin, plus j’ai envie d’extérioriser ma féminité.

Le plus dur finalement c’est de pouvoir trouver quelqu’un qui switche du rôle de macho à celui de compagnon autant que la facilité avec laquelle je switche de la femme aux petits soins vers le mec pur souche un peu potache. Je crois que je suis vraiment un « Gender Freak » : je n’aime pas le travestissement, mais donnez moi une petite culotte et je sautille dans la pièce comme la plus heureuse des ados en pleine crise de romantisme…

Je suis moi. J’espère juste que le fait de dire aux autres que je suis heureux les encouragera à explorer leurs propres sexualités. Je veux dire aux garçons maigrichons, je veux dire à la fille enveloppée, aux intellos, aux timides, aux bizarres, aux gens qui se sentent simplement différents, que parfois il suffit juste d’avoir confiance. Et tout va mieux…

Pourquoi ne pas se permettre d’être tout à la fois, tout et son contraire même, s’octroyer le droit d’être fluide, mouvant et finalement… libre. Peu importe ce qu’il restera, nous aurons été vrais. Au moment M.

Demain, peut-être que F choisira un chemin ou l’autre, mais ielle aura été, à chaque instant, en quête de sa vérité. À la recherche de son propre idéal.

 

Couverture : © David Goehring/Flickr

 

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