Culture

"Moonlight", le film gay le plus attendu de l'année, sacré aux Golden Globes


Hier, la Hollywood Foreign Press Association récompensait les meilleurs films, séries télévisées, et professionnels du cinéma de l’année 2016 lors de la 74ème cérémonie des Golden Globes.

Le tout Hollywood était présent, de même que la presse, pour distinguer les meilleurs prestations du cinéma et de la télévision sous une rivière de champagne et d’habits de gala à Beverly Hills.

Être homo dans le Miami des années 1980

L’un des grands gagnants de la 74ème cérémonie des Golden Globes est le drame Moonlight réalisé par Barry Jenkins à partir de la pièce de théâtre In Moonlight Black Boys Look Blue. Trois acteurs partagent l’affiche pour incarner l’enfance, l’adolescence, et la vie adulte de Chiron, jeune homme gay afro-américain vivant dans un quartier difficile de Miami, en pleine guerre contre la drogue. Le film aborde à la fois les inégalités sociales, l’homophobie et les violences scolaires. Aux Golden Globes, il a reçu le prix du meilleur film dramatique. La veille, Moonlight a également été sacré meilleur film de l’année par la National Society of Film Critics, une association américaine qui organisait samedi sa 49ème cérémonie de remise des prix. Moonlight sortira dans les salles françaises le 1er février 2017.

Attirés par les paillettes d’Hollywood

Sept nominations, sept récompenses. Le plébiscite de La La Land, au cinéma dès le 25 janvier, est sans appel. La comédie musicale représentant la ballade amoureuse entre une aspirante comédienne et un musicien de jazz dans les rues de Los Angeles a raflé le prix de la meilleure comédie, du meilleur scénario, et des meilleures musiques et chansons originales. Son réalisateur Damien Chazelle, déjà récompensé de trois Oscars et d’un Golden Globes pour son précédent long-métrage, Whiplash, est également sacré meilleur metteur en scène. Les deux acteurs principaux, Emma Stone et Ryan Gosling, remportent chacun les distinctions de meilleure actrice et meilleur acteur de comédie. Ce dernier se serait pourtant presque fait voler la vedette en montant sur la scène pour recevoir son prix : au fond de la salle, Ryan Reynolds et son voisin de table, Andrew Garfield, ont au même instant échangé un rapide baiser sous l’applaudissement des convives. On en ignore encore la raison.

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Une Française couronnée à Los Angeles

Autre récompense remarquable, celle d’Isabelle Huppert. Seule Française en lice de la compétition, la comédienne de 63 ans a été sacrée meilleure actrice dans un film dramatique. Un prix qui récompense sa prestation dans Elle où Michèle, son personnage, entretient un jeu malsain et masochiste avec l’homme qui l’a violée. En recevant son trophée, Isabelle Huppert a remercié Paul Verhoeven, le réalisateur du film, de l’avoir « laissée être qui elle est », ainsi que le jury, de lui avoir « permis de gagner dans un film français dirigé par un réalisateur néerlandais, ici aux Etats-Unis ». Isabelle Huppert n’a pas manqué de lancer une petite pique contre Donald Trump, en précisant qu’il ne fallait pas s’attendre « à ce que le cinéma dresse des murs et des frontières ». Elle récolte le prix du meilleur film en langue étrangère.

Meryl Streep (encore et toujours) contre Donald Trump

Nomination quelque peu à part, le prix Cecil B. DeMille Award – du nom d’un réalisateur américain – récompense un artiste pour l’ensemble de sa carrière. Cette année, c’est Meryl Streep qui recevait cette distinction honorifique, et profitait de son discours pour livrer elle aussi une tribune anti-Trump avant l’investiture du milliardaire :

Mais qui sommes-nous, et qu’est-ce que Hollywood, en fait ? C’est juste une bande de gens venus d’ailleurs. Je suis née et j’ai grandi et j’ai été éduquée dans les écoles publiques du New Jersey. Viola [Davis] est née dans la cabane d’un métayer de Caroline du Sud, avant d’aller à Central Falls, Rhode Island ; Sarah Paulson est née en Floride, élevée par une mère célibataire à Brooklyn. Sarah Jessica Parker vient d’une famille de sept ou huit enfants de l’Ohio. Amy Adams est née à Vicence, en Italie. Et Natalie Portman est née à Jérusalem. Où sont leurs actes de naissance ? Et la belle Ruth Negga est née à Addis-Abeba, en Ethiopie, et a grandi à Londres – non, en Irlande je crois, et elle est nommée ici pour son rôle d’une fille d’une petite ville de Virginie. Ryan Gosling, comme tous les gens les plus sympas, est Canadien, et Dev Patel est né au Kenya, a grandi à Londres, et le voici jouant un Indien élevé en Tasmanie. Hollywood est vraiment rempli d’étrangers. Et si on ne les renvoie pas tous, il n’y aura plus rien à regarder à part du foot et des arts martiaux mixtes (MMA), qui n’ont rien à voir avec l’Art. (traduction Télérama)

L’actrice aux trois Oscars qui s’était déjà grimée en Donald a poursuivi en dénonçant l’un des pire dérapages de Trump, cette prestation publique lors d’un meeting en Caroline du Sud retranscrite à la télévision national, où il imite un journaliste – travaillant aujourd’hui au New York Times – atteint d’une maladie congénitale réduisant sa mobilité :

Cet instinct pour humilier, quand c’est posé par quelqu’un de la sphère publique, par quelqu’un d’aussi puissant, cela s’infiltre dans la vie de tout un chacun, parce que cela donne la permission aux autres gens de faire la même chose. L’irrespect entraîne l’irrespect, la violence incite à la violence. Et quand le puissant utilise sa position pour intimider les autres, nous sommes tous perdants.

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