Témoignages

"Je me souviens de mon premier TÊTU…"


L’acte d’acheter un magazine gay, identifié comme tel par un-e buraliste, et – comme il le fût souvent – vendu parmi les magazines pornos a été une épreuve pour bon nombre de lecteurs de TÊTU. Mais aussi un acte d’affirmation personnel et parfois le moyen de faire (ou de préparer) son coming-out. Nous avons demandé à nos lecteurs de nous parler de leur « premier TÊTU ». Souvenirs, souvenirs…

 

Mathieu M.

J’avais 13 ou 14 ans et j’étais au collège de Suze-la-Rousse, un petit village en Provence, ma mère travaillait à l’école primaire juste à côté du collège. Je suis allé au tabac-presse un mercredi midi après ma journée de cours. J’ai regardé les magazines gays, et j’ai pris TÊTU. Mais au moment de payer, je suis devenu rouge de honte, alors j’ai dis au vendeur: « ce n’est pas pour moi, c’est pour mon père…! » Il y avait aussi un DVD porno. Le buraliste m’a répondu : Ah, d’accord, il est cool ton père ! Puis j’ai caché le magazine entre des livres et cahiers d’école dans ma chambre… J’ai 24 ans maintenant, et j’ai justement retrouvé ce magazine l’hiver dernier à noël dans ma chambre chez ma mère.

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Ludivine D.

J’ai 32 ans, je m’en souviens comme si c’était hier. J’ai acheté mon premier TÊTU à la maison de la presse d’Amiens, j’avais 16 ans, et la veille, j’avais embrassé, pour la première fois ma première petite copine. A l’époque, Axelle le Dauphin (du Pulp) y écrivait une chronique pas mal, la partie « têtu(e) » était assez conséquente, la section militantisme était super bien rédigée, et m’a permise, à moi, de devenir inclusive, d’apprendre de ce que je ne connaissais pas. Pas mal de dossiers photos sympa, des articles bien écrits, sur des artistes qui me faisaient rêver. Il y avait aussi des superbes photos de gars, que j’échangeais au bahut avec mes potes, contre des clopes, ou des infos sur les nanas que je reluquais. J’ai encore certains de mes numéros, parce que j’y étais super fidèle, pendant des années… En marge, j’achetais aussi la dixième muse, Lesbia étant réservé aux femmes un peu plus âgées..

Jérémy B.33865581

Début 2002, j’avais 17 ans et je l’ai acheté uniquement pour la couverture, où figurait un certain Lucas Kerr (mannequin semble-t-il). J’ai perdu 28 kilos en le posant sur le comptoir et en donnant mes 5€. Chaque achat ultérieur d’un TÊTU était un acte militant de (petite) visibilité, jusqu’à ce que je sois anesthésié par ma propre assurance, et du coup désintéressé d’un achat sans enjeu.

Michel Ohayon (médecin)

Mon premier TÊTU, on me l’a distribué lors d’une gay pride. Et quelques numéros plus tard (celui avec Keanu Reeves en couverture), j’étais interviewé avec mon mari dans le dossier « les bouseux du Nord Pas-de-Calais ». Au moins, la plus belle photo de l’histoire de notre couple. (Robin, le photographe, on aurait bien fait un accroc à notre absolue fidélité de l’époque rien que pour toi)… Nous avions été consternés du texte de l’interview, nous avions râlé, j’avais écrit pourquoi et, finalement, c’est ma lettre qui a servi de légende. Mon premier article dans TÊTU en tant que journaliste, c’était dans années 90. Il y en a eu bien d’autres (merci Luc Biecq), des ratés (celui sur le Maraviroc), des mieux réussis… Nostalgie…

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Adrien P

Mon 1er TÊTU c’était en 2004 j’avais 17 ans et je le laissais grand ouvert exprès sur mon bureau dans ma chambre pour que ma mère puisse le parcourir gaiement en toute décontraction…

Maxitetu-n1_5387577me D.

C’était le TÊTU numéro 1. Acheté au kiosque de la place Pigalle. J’avais 20 ans, je vivais à Paris avec mon premier copain. La vie était belle. Elle l’est toujours.

Thierry B.

Il se trouvait au milieu des revues pornos (un mec torse-nu, c’est porno pour les buralistes !) et la 1ere fois, ainsi que les suivantes, on me demandait si je voulais un sac, pour cacher cette revue « compromettante » à leurs yeux. Non merci, j’assume…

Christophe

Je me souviens de l’avoir acheté au Rally (Bar, tabac, presse) sur l’île de la Réunion, en 1998, j’avais 22 ans. J’étais effrayé de le prendre parmi les magazines pornographiques. Je l’ai lu sur place, malgré le regard de la vendeuse, mais elle ne m’a jamais rien dit. Alors, à chaque parution, je venais lire TÊTU, pas parce que je ne pouvais l’acheter, mais par peur que mes parents tombent dessus, parce que ma mère fouillait ma chambre. Et j’étais impressionné par tant d’articles, par les photos. Le magazine m’a réconcilié avec moi même, sur cette île un peu trop macho. J’avais besoin de témoignages, de savoir que je n’étais pas fou et que cette différence pouvait m’emmener loin. J’ai quitté l’île la même année pour Paris. Je suis issu d’une famille conservatrice et catholique, j’ai quatre sœurs. Inutile de vous dire que j’ai grandi avec des parents autoritaires, par le contrôle de soi, l’humiliation, les coups… Tout pour que je devienne l’homme viril qu’ils recherchaient en moi. Alors que moi je voulais juste être danseur classique. TÊTU magazine m’a alors ouvert l’esprit sur ce que je lisais à travers l’expérience des autres, mais aussi d’un point de vue culturel. Avec mes amis, ce n’était pas possible parce qu’ils ne comprenaient pas. Les étincelles m’envahissaient, j’étais bien parce-que j’avais TÊTU.

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Pierre

Je me souviens de mon premier TÊTU, j’avais de 12 et nous étions au supermarché avec ma mère. Nous sommes allés dans le rayon des journaux, et c’est là que j’ai vu le magazine, alors je lui ai demandé ce que c’était, parce que je ne comprenais pas. A la fin des courses, on est repassé dans ce rayon et elle m’en pris un. Une fois chez moi, j’ai dévoré le magazine qui était fort intéressant, avec ses rubriques passionnantes. C’était mon premier TÊTU.

Bryce

TÊTU est arrivé à un moment crucial de ma vie… Le moment où je sentais que je devais m’affirmer ou crever. M’affirmer en tant qu’être humain homo ou crever car impossible de continuer ainsi. Il nous arrive parfois d’arriver à la croisée des chemins et une décision, un choix s’impose. En 1998, j’avais 16 ans, j’étais lycéen et en totale perdition. Je ne connaissais pas d’autres homos, je ne savais pas où les trouver. C’est à ce moment là que TÊTU est arrivé dans ma vie. Un jour en rentrant du lycée, je traverse le bureau de tabac que tenait ma mère avec un grand rayon presse. Et c’est là que je l’ai vu « TÊTU », tout en haut du linéaire car c’était considéré comme une revue PORNO à l’époque. Je savais qu’il me fallait ce magazine. Je suis donc allé dans un autre endroit, loin de chez moi, pour l’acheter. Je l’ai gardé bien caché dans mon sac le temps du trajet retour. Puis une fois arrivé chez moi, j’ai couru dans ma chambre pour dévorer cette découverte. Bien entendu, personne ne devait savoir que je possédais ce magazine. Cela aurait été un outing assuré pour moi qui n’avait pas encore su prendre mon courage à 2 mains pour m’assumer à 100%. Je le cachais donc sous mon matelas, puis dans l’armoire entre 2 pulls que je ne mettais jamais… La lecture de TÊTU m’a permis de voir que d’autres personnes avaient les mêmes centres d’intérêts que moi. De voir que finalement je n’étais pas si différent que ça … Et enfin ça m’a permis de m’ouvrir et d’aller à la rencontre de la communauté gay. Et petit à petit, à force de lecture numéros après numéros, j’ai choisi de ne pas crever… J’ai choisi de vivre et de m’assumer à 200% – même à 300%. Après 9 mois de lecture de TÊTU, je faisais mon coming-out. Et vous savez quoi ? Ça s’est très bien passé. TÊTU m’a aidé à trouver mon chemin…  une vie qu’aujourd’hui j’adore plus que tout.

#tetumagazine #AliMahdavi #retouch #marinewoehl #stromae

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  • sebastien

    je me souviens que tetu etait visible a paris pour ceux qui voulaient l’acheter un mag papier doit parler des sujets importants sans oublierle divertissement, il doit aussi aider les artistes, les creatifs, ceux qui essayent aussi de faire des choses en province….il y a une reelle attente je pense.

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