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"Pourquoi t'es hétéro ?" Une prof inverse les rôles contre les préjugés


Une enseignante d’université a demandé aux étudiants hétéros de répondre aux questions désobligeantes qui sont sans cesse posées aux homos. Alors, ça fait quoi de devoir se justifier ?

Pour prouver que l’homosexualité n’est pas un choix mais qu’elle est en revanche quotidiennement soumise aux discriminations, aux tentatives d’invisibilisation, et employée comme un prisme réducteur de l’identité, une enseignante d’université en Floride a soumis ses étudiants à un drôle d’exercice. Durant un cours, elle a projeté une série de « questions pour les hétérosexuels » à ses élèves :

Questions pour les hétérosexuels de cette classe :

– Quelle est la cause de votre hétérosexualité ?

– Quand avez-vous décidé d’être hétérosexuel ?

– Est-il possible que votre hétérosexualité ne soit qu’une phase que vous pourriez dépasser ?

– Pourquoi vous sentez-vous obligé d’exhiber votre hétérosexualité ? Ne pourriez-vous pas être simplement ce que vous êtes, et restez discret ?

– Pourquoi les hétérosexuels cherchent-ils à rallier les autres personnes à leur mode de vie ?

– Avez-vous déjà envisagé la thérapie pour transformer vos tendances hétérosexuelles ?

Une de ses étudiantes prénommée Elise a aussitôt partagé le questionnaire sur Twitter sous la légende : « Mon prof ne se fait emmerder par personne » (my professor isn’t taking anyone’s shit).

« Cette diapo était censée nous faire rire, mais elle nous a surtout fait réfléchir à ça : pourquoi est-ce que c’est drôle ? » a ensuite expliqué la jeune femme de 20 ans à Buzzfeed devant le succès inattendu de son post : plus de 35.000 like et 21.000 retweet en quelques jours. De quoi largement dépasser l’audience d’une salle de classe.

Une expérience qui date en réalité de 1972

Comme le soulève Biba (et contrairement à ce qu’indique le site d’informations virales), ces « questions pour les hétérosexuels » ne furent cependant pas inventées par la professeure en question, mais extraites du Questionnaire hétérosexuel rédigé en 1972 par le chercheur américain Martin Rochlin. Démonstration par l’absurde qui à l’époque déjà comptait mettre en lumière les questions et les présupposés injustes dont sont victimes les LGBT, principalement motivés par l’ignorance. Or quarante-cinq ans plus tard, une telle mise en perspective semble toujours nécessaire, en témoignent les quelques commentaires négatifs qui se glissent parmi les nombreux commentaires publiés sur Twitter, ou encore les contributions de certains internautes voulant compléter le questionnaire par les interrogations qu’ils rencontrent au jour le jour.

« As-tu au moins ESSAYÉ l’homosexualité ? Alors comment peux-tu en être sûr ? »

Des hétéros pris au dépourvu

En 2011, l’association Les durEs à queer s’était également penchée sur ce renversement de rôles. En menant un micro-trottoir, ils ont posé ces mêmes questions et quelques autres supplémentaires (Êtes-vous hétéro car vous craignez les personnes de même sexe ? N’est-il pas risqué pour une femme d’être hétéro et de risquer de tomber enceinte ? Les enfants sont-ils en sécurité avec des hétéros ? Etc.) à des passants, tout surpris de devoir tout à coup trouver une explication à leur orientation sexuelle ou à des raisonnements abscons.

Petit guide pratique de l’hétérosexualité

Cette initiative trouve aussi écho dans un article-concept publié par le média féministe Mademoizelle en juin 2013. Satiriquement tamponné par la « Brigade du Second Degré », l’écrit humoristique fonctionne comme un petit guide sur cette faune méconnue : les hétérosexuels.

« L’hétérosexualité, ce n’est pas forcément facile à comprendre (…) et il est difficile de démêler clichés et réalité » débute son auteur prénommé Au dessus des pâquerettes, avant de se glisser dans la peau d’un hétérophobe qui n’assume pas sa couleur. « Ces questions qu’on n’ose pas trop poser aux hétéros » s’attardent sur le sexe et l’amour sur un ton digne de Madame Gorafi, avant de conclure :

Ce soir tu te coucheras avec le sourire car ton ami hétéro n’aura plus aucun secret pour toi. Et cet ami, d’ailleurs, il n’est pas que ça, il est tout comme toi, et n’est pas défini par son orientation sexuelle.

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