Le festival In&Out à Nice : porter plus haut le cinéma queer
Culture

Le festival In&Out à Nice : porter plus haut le cinéma queer


À l’aube de sa décennie d’existence, In&Out arrête son regard sur meilleur du cinéma queer actuel depuis la Côte d’Azur. Mise au point avec l’instigateur du projet : Benoît Arnulf.

Un titre, « Dissidence », qui promet une programmation subversive et incisive. Une affiche qui nous replonge dans l’atmosphère sombre du difficile Salò ou les 120 jours de Sodome sorti de l’imagination de Pier Paolo Pasolini pour dénoncer le régime fasciste.

Pasolini c’est la personne qui m’a donné le plus de réponses et qui m’a le plus aidé à réfléchir l’époque actuelle – ce qui est assez paradoxal puisqu’il a été assassiné en 1975, quelques mois avant la sortie de ce film.

À l’œuvre de la figure tutélaire, Benoît Arnulf, le fondateur des Rencontres Cinématographiques In&Out et de l’association Les Ouvreurs qui l’organise, a emprunté le poing levé d’un résistant qui est parvenu à s’affranchir de son rôle de geôlier, pour annoncer la 9ème édition du festival du film gay et lesbien de Nice.

Cette année, comme les précédentes, Benoît est allé piocher quelques pépites dans les festivals LGBT européens : Queer Lisboa, Pink Screens de Bruxelles, palmarès des Teddy Awards à la Berlinale… D’abord modèles, ces instances du cinéma international collaborent maintenant avec In&Out pour assurer la circulation de ces œuvres dont la grande majorité ne sortira pas en salles.

De plus en plus de films gays et lesbiens sont repérés. Des films comme Moonlight ou La vie d’Adèle qui ont reçu l’oscar, la palme d’or, n’ont plus besoin de festivals comme le nôtre. Quels types de films on va défendre ? Les artistes et les cinématographies moins visibles. Nos spectateurs savent qu’ils vont pouvoir découvrir des films qu’ils n’ont pas l’habitude de voir.

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Center of my world

Voguing, luttes sociales et romances homos

Dès ce soir, In&Out passera donc de la fiction (Rara, Les Initiés, Center of my world, Closet Monster…) mais aussi des court-métrages et des documentaires « qui sont importants pour nos thématiques parce qu’ils parlent le plus justement et laisse la parole aux témoignages. » Le festival s’ouvre ainsi sur les pas de danse de quatre jeunes gays, lesbiens et trans suivis pendant quatre années sur la scène « vogue » new-yorkaise et afro-américaine dans l’incroyable Kiki récompensé au festival Chéries-Chéris. Viennent aussi Les Intrigues de Sylvia Couski qui captent le bouillonnement politique des années 1970, et l’impertinence des Gazolines dont Marie France, invitée d’honneur, a partagé la liberté de ton et la frivolité. Ou les écrits de James Baldwin, mis en images par Raoul Peck dans I am not your negro. « Mais on est pas tourné vers l’arrière », et In&Out diffusera aussi des merveilles de la nouvelle scène, comme The Beach House du réalisateur libanais Roy Dib, interdit de diffusion dans son propre pays car l’homosexualité y est prohibée. Au total, une vingtaine de films seront projetés dans plusieurs salles niçoises, entre autres DJ set, expositions, dépistage et conférences sur le cinéma et la militance (voir la programmation).

C’est parler à la communauté LGBT de la communauté LGBT : qu’est-ce qu’on est devenus ? Est-ce qu’il y a encore moyen de résister ? Résister à quoi ? Comment on protège notre liberté ?

La 9ème édition d’In&Out rendra enfin un hommage posthume à Miss Koka à travers un film éponyme où l’artiste transformiste se confiait sur sa mère. Son créateur, Philippe Frédière, a enpailleté la scène niçoise pendant plusieurs décennies, entre plusieurs animations en croisières gays; ses obsèques ont rempli la cathédrale de Nice et son parvis en février dernier.

Philippe a facilité l’entrée de nombreux homosexuels dans la vie gay par le biais de l’humour. On allait un peu fébriles, en se demandant ce qui allait nous arriver dans ces bars ou dans ces boîtes, et on finissait pliés de rire devant un spectacle de transformistes. Son existence même permettait de dire qu’il était militant : rendre visible et être simple.

Curieux.se.s, cinéphiles, militant.e.s, réalisateur.rice.s, acteur.rice.s et chercheur.se.s réuni.e.s pour porter plus haut le cinéma queer, car comme le souligne Benoît, « la dissidence c’est pas vraiment la résistance, c’est pas vraiment la révolte. C’est faire un pas de côté et proposer quelque chose de différent. »

 

 

Rencontres cinématographiques In&Out

9ème festival du film gay & lesbien de Nice

Du 25 au 30 avril 2017 à Nice et du 2 au 3 mai 2017 à Beaulieu-sur-Mer.

Plus d’information ici.

In&Out Nice Benoît Arnulf festival du film gay et lesbien

 

Couverture : Closet Monster

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