Culture

"120 battements par minute" : Qu'en ont pensé les militants d'Act Up-Paris


L’un des fondateurs de la branche française d’Act Up a assisté à la projection de 120 battements par minute, récompensé hier soir du Grand Prix, de la Queer Palm et du Prix de la critique internationale au Festival de Cannes. Ce film constitue à ses yeux un « mode d’emploi » pour les futurs combats à mener.

« J’étais très ému« . C’est la première impression de Didier Lestrade, cofondateur d’Act Up-Paris, après avoir visionné 120 battements par minute au Festival de Cannes, samedi 20 mai. Une réaction « à chaud » recueillie par nos confrères du magazine Trois couleurs.

Celui qui fait partie du trio fondateur de cette association lancée en 1989, laquelle a fait de la lutte contre le sida son cheval de bataille – il est également le cofondateur de Têtu en 1995 -, est resté sans voix devant le dernier long-métrage de Robin Campillo. Il évoque même une « consécration » :

J’ai essayé de me retenir de chialer pendant le film parce que bon, je suis fort quand même [rires] et je connais le sujet. Mais c’est vrai que vers la fin, j’ai trouvé ça tellement incroyable que j’étais vraiment très ému. C’est quelque chose qu’il va falloir que je digère parce que c’est une énorme consécration mine de rien.

S’il a confié avoir été consulté par le réalisateur une fois que le scénario a été bouclé, il n’en demeure pas moins que le film l’a bouleversé, tant par sa justesse que par le jeu des acteurs. « Dans les moindres rôles, dans les figurants, dans les plus petits rôles, le casting est tellement incroyable que c’est vraiment très proche d’Act Up de cette époque-là, a salué Didier Lestrade. Act Up c’était quand même un groupe très conflictuel à l’intérieur. On voit bien les débats, les conflits des personnes, les jalousies et les confrontations entre les plus radicaux et les plus modérés« .

« Le milieu LGBT n’a plus cette cohésion »

Act Up-Paris, c’est l’histoire de militants usés par l’indifférence générale régnant autour de l’épidémie du sida qui continue, à l’aube des années 90, de tuer des milliers de personnes, des gays pour la plupart, et qui décident de se saisir du problème. Actions coups de poings, opérations de préventions clandestines… les activistes de l’association ont donné de leur personne et de leur voix pour éradiquer le virus. Si les productions cinématographiques retraçant la lutte contre le sida ne manquent pas, l’angle d’Act Up-Paris constitue un véritable salut pour ces militants à qui l’on doit beaucoup. « J’espère que ce film va réussir, lance Didier Lestrade. Je sais qu’il va marcher à l’étranger et pour moi, en tant que créateur d’Act Up, voir que cette histoire va être racontée à l’étranger, c’est une énorme satisfaction. C’est un moment de fierté que je n’aurai jamais pu imaginer dans ma vie« .

Aujourd’hui, le sida continue de tuer mais la situation n’est pas celle que l’on a pu connaître dans les années 80/90. « Le milieu LGBT n’a plus cette cohésion, analyse Didier Lestrade. Les gays sont devenus égoïstes à nouveau, comme ils l’étaient dans les années 80 avant le sida. Maintenant on est revenu à une vie comme avant« .

Pourtant, les combats à mener ne manquent pas : égalité des droits, lutte contre les discriminations… Aux yeux du fondateur d’Act Up-Paris, sans une véritable cohésion, les choses seront plus compliquées à défendre. 120 battements par minute s’inscrirait alors, aux yeux de Didier Lestrade, comme un nouveau souffle, une façon de montrer aux jeunes comment on parvient à ses fins. « C’est ça qui est intéressant dans ce film : je crois qu’il peut créer une émulation et dire qu’on n’a pas besoin de faire les même choses mais il qu’il y a tellement de choses qu’on peut faire encore avec les réseaux sociaux, avec la modernité de notre époque, que je crois que c’est un mode d’emploi de ce qui pourrait être fait pour aider les gens« .

Donné comme le grand favori du Festival de Cannes après avoir bouleversé la critique, 120 battements par minute n’a pas décroché la Palme d’or décernée à The Square, mais repart avec la deuxième plus prestigieuse récompense du festival, le Grand Prix. Le long-métrage décroche également la Queer Palm et le Prix de la critique internationale (Prix FIPRESCI).

À travers un communiqué publié hier soir, Act Up-Paris a félicité Robin Campillo ainsi que toute l’équipe du film, et salué cette occasion « de parler à nouveau de cette épidémie qui perdure encore ». Dénonçant les traitements à vie, les effets secondaires nocifs, la précarité et les discrimination, l’association conclut, brutale :

Le film retrace la période de l’hécatombe, depuis 20 ans et l’arrivée des antiprotéases, on ne fait que « gérer » l’épidémie. Il est enfin temps d’éradiquer ce virus qui pourrit nos vies.

 

Couverture : 120 battements par minute, de Robin Campillo – Capture d’écran YouTube

 

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« Make America Gay Again » : au sommaire du magazine TÊTU n°214

  • Hugues Fischer

    C’est assez original de titrer « qu’en ont pensé les militants d’Act Up-Paris pour finalement n’en faire parler qu’un seul même si, évidemment, la parole de Didier est incontournable.

  • jeanluc

    Didier ne perd pas de sa verve et de son esprit combatif, c est très bien. Cependant il faut rappeler que bien avant 89 et la creation d’Actup, d autres acteurs se sont mobilisés et ont mener le combat, notamment Aides ou David et Jonathan…. Aussi ce combat n etait pas le seul fait des gays , dailleurs ce qu on nomme aujourd hui la communauté LGTB n existait pas. C est je crois un erreur de communautariser le combat, car n oublions pas que le Sida a fait et fait beaucoup plus de victimes chez les heteros d afrique et d asie, et que nous devons rendre hommage aux femmes Africaines qui se sont saisi les premières sur leur continent du combat contre le VIH avec une determination tout aussi forte que les dits LGTB en France ou en europe.
    Ce film est bienvenu, et évitons la nostalgie propres aux anciens combattants.

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