Jim Hutton : Le grand amour secret de Freddie Mercury
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Jim Hutton : Le grand amour secret de Freddie Mercury


Si aujourd’hui, tout fait de lui une icône gay absolue, ce n’était pas vraiment le cas de son vivant. Malgré le travestissement du clip I want to break free, l’über-mensch de ses concerts, sa moustache so gay, Freddie est resté au placard. Comme son amour pour Jim. Des photos récemment révélées de leur intimité laissent à penser que les belles histoires n’ont pas besoin des projecteurs pour refléter la lumière.

Bohemian Rhapsody

Il faut se replacer dans le contexte : les relations sexuelles entre homosexuels de plus de 21 ans n’ont été décriminalisées au Royaume-Uni qu’en 1967. Grandir dans la honte et le secret marque au fer rouge, mais l’on n’échappe pas à ses sentiments…

Selon Tim Rice, son parolier sur l’album solo Barcelona, Freddie Mercury avait glissé un message dans l’introduction de la chanson Bohemian Rhapsody, sortie en octobre 1975, et dont il s’est écoulé 2,5 millions de disques pour la seule Angleterre. «Maman, je viens de tuer un homme, j’ai mis un pistolet contre sa tête. J’ai appuyé sur la détente, maintenant, il est mort.» Ces paroles ne seraient ni plus ni moins que le coming-out du chanteur.

Il expliquait dans une interview au Daily Mail :

Quand il chante « Je viens de tuer un homme », il veut dire qu’il a tué l’ancien Freddie, son ancienne image. Il explique que lui, que son ancienne personnalité hétérosexuelle est morte. Il a détruit l’homme qu’il essayait d’être et maintenant, c’est bien lui qui essaie de vivre avec le nouveau Freddie.

Pourtant, en 1986, la biographe du chanteur de Queen, Lesley-Ann Jones, qui avait pressenti cette confession, avait soumis l’hypothèse au chanteur. Il avait éclaté de rire, puis, après un silence, lâché : « Ce n’est pas encore le moment !« …

Il l’assumera pourtant en privé, auprès de sa compagne Mary Austin, avec qui il reste cinq ans dans les années 70, puis progressivement, avec la libération des mœurs auprès de ses amis et collègues, puis de club en club, de bouches en bouches, d’amants en amants…
Il est ironique de noter qu’après avoir si longtemps tenté de cacher son orientation sexuelle, il soit devenu la caricature visuelle du gay moustachu des années 80, qui n’aurait dénoté ni dans l’univers de Tom of Finland, ni dans les groupes plus assumés comme Village People ou Franky Goes to Hollywood.

Freddie commence à fréquenter le coiffeur irlandais Jim Hutton au milieu des années 1980, mais le début est difficile pour le chanteur. Il tente plusieurs fois des approches dans un club, à chaque fois infructueuses. Jim ne sais pas vraiment qui est ce « Freddie Quelque chose », comme il l’appellera… Il n’est pas encore l’énorme star qu’il est en train de devenir. Ce n’est que lorsque les deux hommes se « croisent » une troisième fois au même endroit (environ deux ans après la première tentative) que la persévérance de Mercury paye.

«Freddie était mince, pas le genre d’homme que je trouvais attrayant», écrira Jim dans Mercury and me, ses mémoires. Mais,«quand il avait envie de sexe, il n’y avait pas moyen de l’arrêter», dira-t-il aussi. Le genre de livre que font les amants secrets pour maintenir leurs histoires d’amour dans la lumière.

Jim emménage à Garden Lodge avec Freddie environ deux ans après leur rencontre, et restera avec lui jusqu’à la mort de l’artiste en 1991. Leur amour durera 7 ans.

Jim est le fils d’un boulanger irlandais catholique et le septième de 10 enfants, élevé en HLM, et qui a quitté l’école dès ses 16 ans. Pourtant, il dit ne pas avoir été impressionné par Freddie, qui a généré plus de 1 milliard de livres sterling… Il sera le coiffeur de la star, bien sûr. Mais aussi son jardinier, et surtout son infirmier, vers la fin. Freddie n’était pas du genre star prétentieuse. Il donnait tout à son public, puis rentrait à la maison, s’asseyait devant la télévision, et menait une vie de couple normale. Malgré ce que l’on pourrait penser, Jim assure que Freddie n’a jamais eu de comportement de diva en privé :

« Nous n’avons jamais discuté de tout ce qui s’était passé avant notre rencontre. Pas des copines précédentes, ni de l’enfance, de rien ».

Et les drogues? «Il ne prenait pas de cocaïne tous les soirs», avouait Jim…

Mais il se contredit vite. Freddie avait tout de la « Drama Queen », et pas que sur scène. Leur relation était mouvementée, comme il l’a raconté au journal Evening Standard :

« Je lui faisais souvent les gros yeux. Mais nous nous sommes surtout donné de l’amour. On ne se battait pas, c’était juste des combats verbaux. Il se vengeait parfois par le silence – la dernière fois ça a duré plus d’une semaine. La nuit avant la Saint-Valentin, nous avons eu une grosse dispute – je ne sais même plus pourquoi – et il s’est tu. Je lui ai offert trois douzaines de roses «blue moon». Je les lui ai amenées au lit où il était avec une tasse de thé et deux donughts – un pour lui et un pour son chat, Delilah. Il a juste grogné… Freddie était sensible, timide, il avait de terribles sautes d’humeur, et il voulait que ça se passe comme il l’entendait… Je suis plutôt calme et je n’ai pas beaucoup de personnalité… sauf après quelques bières. »

Cette tempérance aura certainement raison de lui dans la bataille finale qui l’opposera à Mary, l’ex-petite amie devenue assistante très personnelle de Freddie…

Who wants to live forever ?

Jim et Freddie vivent des jours heureux, se fiancent, en parlent à la presse… Ils partent en “lune de miel” au Japon… Juste avant, Freddie avait fait un test VIH, par précaution….

Alors que des rumeurs courent déjà sur son compte dans la presse, les résultats – positifs – arrivent dans les rédactions en avril 1987. Harcelé, même à leur retour à l’aéroport, Freddie nie, il a le VIH mais pas encore le sida… A cette époque, les effets sont dévastateurs, la maladie gagne très vite le chanteur. Il fait sa dernière apparition publique aux Brit Awards le 18 février 1990, visiblement très atteint.

Freddie annonce assez vite à Jim qu’il a le sida, mais les deux n’en reparleront jamais. Même au sein du couple, cette maladie reste tabou. «C’était sa croix et il voulait la porter comme il l’avait choisi, sans m’en faire porter la charge. Si le sujet survenait à la télé, on éteignait ». En plus de la maladie, Mercury est meurtri du stigmate qui est attaché au sida.

Jim est à son tour testé positif au VIH en 1990, mais choisit de ne pas le dire à son amant.

« Il avait déjà assez à faire… A l’annonce du résultat, je suis juste allé dans le jardin, et j’ai commencé à tout désherber comme une folle ».

Freddy Mercury tourne, très aminci, la vidéo de These Are the Days of Our Lives en mai 1991. La séance est laborieuse, il ne peux plus travailler qu’une heure d’affilée… En Juin 1991, il se retire dans son château de Kensington. Il perd la vue, et décide ne plus prendre son traitement AZT, seulement des médicaments contre la douleur….

Le 22 novembre 1991, Mercury invite le manager de Queen, Jim Beach, à sa maison de Kensington pour discuter d’une déclaration publique sur sa situation. Le lendemain, l’annonce suivante était faite à la presse internationale :

« Suite à l’énorme pression de la presse au cours des deux dernières semaines, je souhaite confirmer que j’ai été testé positif au VIH et que j’ai le sida. Je me suis bien gardé de partager cette information privée jusqu’à ce jour, pour protéger la vie de ceux qui m’entouraient. Cependant, le temps est venu pour mes amis et fans du monde entier de connaître la vérité et j’espère que tout le monde se joindra à moi, à mes médecins et au monde entier dans la lutte contre cette terrible maladie. Ma vie privée a toujours été très spéciale pour moi et je suis connu pour mon manque d’interview. Comprenez donc que cette règle se poursuivra. »

Freddie Mercury décède le lendemain même de cette annonce, le 24 novembre 1991, à l’âge de 45 ans.

Dans son livre, Jim écrit sur la détérioration de l’état de santé de la star, la fin de leurs relations sexuelles, la souffrance dans le regard, puis l’agonie… Durant toute la maladie, l’amant fidèle reste aux côtés de Freddie pour l’aider.

Pourtant lors des funérailles, Jim est méprisé. C’est Mary, l’ex-femme, qui hérite de la majeure partie de la fortune de Freddie, et qui refuse une place de choix à Jim, dans la première voiture du cortège. Le soir, il rentre chez eux, seul.

«J’ai ramassé toutes les vidéos et les tous CD de Freddie, je les ai joués cinq heures par jour pendant une semaine, et j’ai pleuré… »

Après la mort de Freddie, Mary, extrêmement jalouse, expulse Jim de Garden Lodge…  Freddie avait laissé 500,000 livres à Jim, tout comme à son cuisinier et à son assistant personnel.

Il retournera finalement en Irlande, auprès de ses frères et sœurs, essayant tant bien que mal de survivre avec des souvenirs aussi poignants. Il retombera amoureux, mais les conséquences du VIH sur sa sexualité et sa santé globale se feront sentir.

Jim Hutton est décédé en 2010 d’un cancer du foie, à 61 ans.

 

Leur histoire est racontée dans ce documentaire de 2016. Ils vivent ainsi pour toujours…

 

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