Interview de Sugar Pills, le groupe parisien qui chante l’amour et la jeunesse queer

Après un premier EP très réussi, à la fois électro, pop/rock et mélancolique, Sugar Pills a présenté son premier clip en exclusivité sur TÊTU le 26 février, avec le très sexy « Baby Love ». Camila, la voix et leadeuse du groupe, se confie sur ses chansons d’amour queer. Interview.

TÊTU : Comment est né Sugar Pills ?

Camila : Sugar Pills, c’est cinq amis qui se connaissent depuis très longtemps. Plus jeunes, on trainait toujours ensemble. Puis au collège, on a décidé de monter un groupe de musique : je chante, Thomasine est à la guitare, Valentin à la batterie, et Jefferson s’occupe du synthé depuis qu’on a commencé à faire des sons plus électros. Récemment, nous avons été rejoints par Ilario qui joue de la basse, mais il connaissait et suivait le groupe depuis le début. J’écris aussi les paroles et les mélodies. Souvent, j’enregistre une ébauche chez moi, que l’on retravaille ensuite tous ensemble. Chacun apporte sa touche.

C’est lorsqu’on avait 14-15 ans que l’on a vraiment trouvé notre identité, lors d’un voyage dans le sud de la France. Tous les soirs, on avait un rituel : on se réunissait pour débriefer de la journée, en écoutant « Sugar Pill » de The Japanese House en boucle. C’est de là qu’est venu le nom du groupe.

Votre premier grand aboutissement, c’est votre EP « Pools », sorti en novembre 2018. Comment a-t-il été créé ?

« Pools » se compose de quatre chansons. Certaines étaient écrites depuis déjà trois-quatre ans, d’autres sont arrivées plus tard. On a regroupé le meilleur de ce qu’on a produit, ce dont on est le plus fier.e.s. On a enregistré l’EP chez Poptons Studio, où l’on répète depuis longtemps. Pour le nom, on a choisi « Pools » car cela nous rappelle le bleu d’une piscine. Nous avons un jeu entre nous : c’est un peu bête, mais quand on écoute de la musique, on aime bien trouver à quelle couleur le son nous fait penser. Et nos chansons nous évoquent plutôt le bleu, parce que cette couleur est associée à la mélancolie, à nos yeux.

Quels sont les autres thèmes récurrents de l’EP ?

Notre EP a un vrai truc parisien, même si l’on peut croire qu’il parle de piscines. Il décrit notre ville, mais dans un contexte : comment on y vit et ce qu’on y fait. Ça parle beaucoup de nous, en fait. Il part d’un endroit pour nous emmener à un autre, comme une promenade, à la fois dans Paris et dans les sentiments. On parle aussi d’amour, bien sûr ! Mais d’amours totalement différentes. Dans « Baby Love » c’est léger et pop, alors que « Music For Trains » parle de rupture.

Ilario et Valentin @sugar_pills-band.

Quand on vous écoute, on pense un peu à Joy Division. Quelles sont vos influences musicales ?

On aime bien Joy Division ! Nous écoutons beaucoup de choses, mais nos influences de base sont le shoegaze (sous-genre musical du rock alternatif, NDLR), avec des groupes comme Slowdive. On adore leurs sons pop/rock, tordus et planants. Mais également The Cure, The Smith… On écoute aussi pas mal de musique française, et de la techno. Sur « Pools », on a pas mal retouché la batterie avec des boîtes à rythme par exemple.

Je pense que les jeunes comme nous vont voir plus de concerts de techno que de rock (les membres du groupe ont entre 18 et 19 ans, NDLR). C’est pourquoi on ne s’entoure pas de groupes de rock lors de nos concerts, mais plutôt de rappeurs ou de DJ set. Ils font nos premières parties ou partagent l’affiche avec nous lors de festivals. On se nourrit de tout.

« Nous côtoyons le monde queer quotidiennement, ça fait partie intégrante de nous. »

Vous avez réalisé un clip très gay et sexy avec « Baby Love ». Est-ce que cela reflète l’identité du groupe ?

Notre groupe présente tout un panel de sexualités. Certain.e.s membres sont gays ou bisexuel.le.s; et je ne fais que des chansons pour des femmes, car j’écris sur mes histoires d’amour. Mais nos musiques ont une vocation universelle, j’espère que tout le monde peut se reconnaitre dedans. Le clip de « Baby Love » reflète l’identité du groupe car nous côtoyons le monde queer quotidiennement, cela fait partie intégrante de nous. Nous allons bientôt sortir une nouvelle chanson, en français cette fois, sur l’amour entre femmes, appelée « Jeanne et moi ». On assume.

Pour nous, la mise en avant de nos identités est une revendication politique liée à la sous-représentation des mouvements queer en musique, surtout dans le rock, et un combat pour chacun.e de nous (LGBT ou pas). Mais c’est aussi une revendication artistique : on est hyper fier.e.s d’appartenir à cette communauté, et de la représenter dans nos clips. Ce mouvement symbolise tout ce qu’on affectionne en tant qu’artistes : la liberté, la transgression…

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En parlant de votre clip, « Baby Love » casse les codes du genre et montre une jeunesse queer libérée. Qu’est-ce que vous avez voulu raconter ?

Le clip est un hommage à l’esthétique des films de Paul Morrissey, et à celle des vieux pornos gays. C’est beau et kitch. C’est principalement une vidéo d’ambiance, peu narrative, et tournée dans des endroits avec et sans identité (Pigalle, l’appartement d’amis…). On a voulu raconter l’histoire de la traversé de la nuit par deux hommes, symboles de la communauté queer. La vidéo fonctionne comme des minis scènes de théâtre : slips et boas dans la salle de bain, boule disco et chaînes dans le club… où l’on suit l’évolution des deux protagonistes, tantôt proches ou moins proches, et de leur amitié sensuelle, presque ambiguë.

Le clip est tourné en partie dans le 18e arrondissement de Paris, et vous avez aussi une chanson qui s’appelle « Pigalle ». C’est un quartier cher à vos yeux ?

On s’est tous rencontrés là-bas. C’est chez nous, et notre musique parle de nous. Et esthétiquement, c’est un super endroit, avec ses néons, ses sex-shops et sa vie nocturne.

Thomasine, Camila, Valentin et Jefferson @sugar_pills_band

Pourquoi l’enregistrement de votre premier EP a pris autant de temps ?

On a commencé très jeunes, et il était important de mûrir en tant qu’individus et en tant que groupe avant de trouver notre identité musicale, visuelle, et scénique. On voulait « tester » notre musique devant un public, avoir des retours, nous faire connaitre, et fidéliser les personnes qui nous suivent en sortant plusieurs chansons et maquettes sur YouTube.

Après avoir longtemps travaillé en studio, comment se passe la scène ?

Nous aimons les beaux concerts, alors on n’en fait pas beaucoup, seulement tous les deux-trois mois. Quand on choisit une date, on invite tous nos amis, on veut que ce soit complet. Il faut que ce soit une nouvelle expérience à chaque fois, alors on revoit toute la scénographie. On travaille beaucoup là-dessus en ce moment. En live, on fait les musiques de l’EP, et des plus anciennes que le public aime bien. On adore l’esthétique techno, sombre mais très vivante, libérée sexuellement et artistiquement… On a fait la release party dans une cave taguée, il y avait beaucoup de monde !

Quoi de prévu pour la suite ?

D’autres clips vont sortir. On va bientôt tourner « Music For Trains », qui devrait sortir fin avril. L’idée est d’investir un lieu abandonné en province pour notre vidéo, de style industriel, mais on ne peut pas en dire plus pour l’instant. Notre premier single en français, « Jeanne et moi », est en train d’être masterisé. Il sortira au printemps, accompagné d’un clip réalisé par Malou, qui a déjà fait « Baby Love ».

En ce qui concerne les concerts, on annoncera bientôt une surprise qui aura lieu fin avril, sûrement une autre en juin; et on partira faire quelques dates en Europe de l’Est, notamment au festival « Wave Vienna », en Autriche. On va également bientôt proposer des choses très diversifiées car on est en train de monter un collectif avec des amis, « AFTRSCHOOL RECORDS », pour organiser des concerts / expos. On a cette volonté constante de faire évoluer notre musique et de mélanger les genres et les supports.

« Pools » le premier EP de Sugar Pills est disponible sur toutes les plateformes de streaming. Concerts bientôt annoncés sur leur Instagram @sugar_pills_band.

Crédit photo : Instagram @sugar_pills_band.

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