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Drag"Aujourd'hui, le drag, c'est tellement plus que juste les queens !" : On a parlé culture drag et de Taylor Swift avec Trinity the Tuck

Par Florian Ques le 10/08/2020
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Covid ou pas, Trinity the Tuck ne chôme pas. L'ex-concurrente du RuPaul's Drag Race lance sur la plateforme Twitch Love for the Arts, une compétition de drag-queens qui tranche avec le show de son mentor.

C'est la reine du Botox (c'est elle qui le dit) mais Trinity the Tuck, de son vrai nom Ryan Taylor, a horreur de l'inertie. Entre deux web-séries et un clip pour Taylor Swift, la grande gagnante ex-æquo avec Monét X Change de la quatrième édition du Drag Race All Stars aime l'aventure.

En dépit du confinement toujours conseillé aux États-Unis, elle inaugure Love for the Arts, une nouvelle compétition entièrement digitale qu'elle anime et produit. Elle est diffusée sur la plateforme Twitch à raison d'un épisode inédit par semaine. Chaque mardi, les artistes drag en lice devront relever différents challenges. À la clé, 5 000 dollars. Un show que la drag-queen originaire d'Alabama veut plus inclusif que celui de son mentor. Ça méritait bien une rencontre avec TÊTU.

La pandémie de Covid-19 a eu un impact sur plusieurs aspects de la culture LGBT+, y compris le milieu du drag. Comment l'as-tu vécu personnellement ?

Trinity the Tuck: Je suis tellement habituée à voyager et à m'occuper. C'est ça qui a été le plus dur pour moi : ne pas être aussi occupée qu'avant le Coronavirus. J'essaie de travailler sur des projets depuis chez moi, c'est comme ça que l'idée de ce concours est née.

Love for the Arts vient de démarrer sur Twitch. Comment as-tu développé ce projet ?

C'est très important pour moi, grâce à ma plateforme de parole, de donner à la communauté dont je viens. Les performeurs débutants n'ont pas encore cette chance, donc c'est primordial de les soutenir et de les aider à s'améliorer et à gagner en visibilité. Voire, même, de gagner de l'argent ! Durant la pandémie, plusieurs de mes amis qui font du drag ont lancé des shows en streaming sur Twitch et m'ont dit que c'était super simple. Quand j'ai décidé que je voulais faire ce concours, je me suis dit que j'allais passer par Twitch car soyons honnête, je n'y connais pas grand-chose en technologie. Puis Twitch m'a contactée. On a discuté ensemble et ils ont dit qu'ils voulaient m'aider à mettre le projet sur pieds.

Sur quels critères te bases-tu pour juger une queen ?

Tout d'abord, il n'y a pas que des queens ! Il avait un drag-king qui faisait partie du casting mais il a malheureusement dû se retirer de la compétition pour des raisons personnelles. Il y a aussi des artistes drag non-binaires. Aujourd'hui, le drag, c'est tellement plus que juste des queens ! Ce concours est ouvert à tous types d'artistes drag.

"J'adore Drag Race mais les compétitions télé sont avant tout de la télé-réalité. La compétition en elle-même est secondaire."

Pour ce qui est d'être juge, je suis une personne très juste. Quand je suis dans une compétition, je veux qu'elle soit fair-play. Je veux gagner dans les règles. Donc quand je juge, je le fais de la même manière. Je cherche un artiste qui soit créatif et qui sorte de sa zone de confort. Je cherche un artiste qui sait se débrouiller avec les moyens du bord parce qu'aujourd'hui, on opère tous avec un budget. Il y a eu des propositions géniales dans le premier épisode : une des candidates a construit une ville entière pour son runway simplement avec du papier. C'était spectaculaire !

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Crédit photo : Twitch

Participer à RuPaul's Drag Race, c'est la meilleure école pour apprendre à présenter ce genre de compétition, non ?

Je pense clairement que participer à Drag Race et voir cette autre facette de la télévision m'a aidée d'un point de vue production afin de faire un programme plus divertissant. On essaie de trouver différentes idées pour rendre la compétition plus vivante. Entre les épreuves, je fais un petit moment d'acting pour rendre le tout moins monotone. J'adore Drag Race mais les compétitions télé sont avant tout de la télé-réalité. La compétition en elle-même est secondaire. Ici, on n'a pas le temps de vraiment découvrir les candidats en profondeur. On se base en grande partie sur ce qu'ils produisent. Ils font toutes leurs tenues, filment leurs challenges et les éditent même ensuite.

"Je ne pense pas que la communauté drag soit négative. Oui, il y aura toujours des gens qui ne sont pas gentils avec toi. Mais dans l'ensemble, c'est une communauté qui te tire vers le haut."

Quel conseil donnerais-tu à une drag-queen qui aimerait participer à RuPaul's Drag Race ?

Je pense qu'il faut avant tout comprendre dans quoi tu te lances. C'est beaucoup à gérer. On te propulse dans un tout autre monde où il n'y a pas que des fans de drag, mais des fans de télé. La télé-réalité, c'est un monde à part. C'est une belle opportunité car tu voyageras grâce à elle, mais c'est évidemment quelque chose pour lequel tu dois te préparer psychologiquement. Mais surtout, sois toi-même. Parfois, certaines queens de l'émission essaient presque de s'inventer elles-mêmes pour se créer une storyline. Mais les plus grandes artistes du Drag Race sont celles qui sont restées elles-mêmes.

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L'inclusion des femmes cis et trans dans RuPaul's Drag Race est sujette à débat. Quel est ton avis sur la question ?

Love for the Arts est ouvert aux femmes cis et trans, je suis totalement pour un concours qui soit totalement inclusif. Si tu fais une émission qui met en lumière les gens de notre communauté, alors ça doit être une opportunité égale pour tout le monde. Je pense que Drag Race est en train d'y arriver. Je ne sais évidemment pas ce qui se passe dans les coulisses. Je ne connais pas leurs critères pour les castings mais je suis certaine qu'ils sont stratégiques dans leur façon de faire les choses. Pour le moment, je suis focalisée sur Love for the Arts parce que c'est quelque chose que je peux contrôler. Et si on peut faire avancer les choses de notre côté pour la communauté, alors ça fait déjà la différence !

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Comment décrirais-tu la communauté drag ? Est-ce aussi compétitif que dans l'émission ?

Il y a clairement un esprit de compétition, d'autant plus que le drag est de plus en plus mainstream. N'importe qui peut devenir drag-queen. C'est plus compétitif mais c'est bien ! Ça te pousse à travailler plus intensément. Mais en soi, je ne pense pas que la communauté drag soit négative. Oui, il y aura toujours des gens qui ne sont pas gentils avec toi. Mais dans l'ensemble, de mon expérience du moins, c'est une communauté qui te tire vers le haut.

L'an dernier, tu as collaboré avec Taylor Swift pour le clip de "You Need to Calm Down". Quel souvenir gardes-tu de cette expérience ?

Oh mon Dieu ! Je ne dirais pas que j'étais une grande fan de Taylor Swift par le passé. J'aimais bien sa musique mais je ne savais pas grand-chose sur elle. Après avoir travaillé avec elle, je suis un grand fan de sa personne. Elle était vraiment aux petits soins de tout le monde. Elle nous a placés dans des suites d'hôtel magnifiques, on se faisait conduire par des limousines. Et en plus de ça, elle est venue dans notre coin dressing pendant deux heures durant le tournage juste pour discuter et traîner avec nous. J'ai pu performer aux VMA [Video Music Awards, ndlr] grâce à elle. C'était une superbe expérience !

Une fois la crise sanitaire passée, quels projets as-tu dans les cartons ?

J'espère d'abord pouvoir voyager à nouveau car voir du monde me manque. L'un des aspects que je préfère dans le drag, c'est pouvoir être sur scène et interagir avec un public LGBT+. Ça me manque terriblement. On a des performeurs venus du monde entier dans Love for the Arts et j'espère pouvoir aller dans leurs villes leur rendre visite et me produire avec eux. Ça serait génial !

Crédit photo : Trinity the Tuck via Instagram