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Tchétchénie : deux ONG déposent plainte pour crime contre l’humanité

Deux ONG ont déposé plainte pour "crime contre l'humanité" en Tchétchénie, où les homosexuels sont persécutés.

Ils sont accusé de "crimes contre l'humanité" dans une plainte de 97 pages. Cinq dirigeants proches du président Tchétchène Ramzan Kadyrov font l'objet de poursuites de la part du Centre Européen pour les Droits Humains et Constitutionnels (Allemagne) et du LGBT Network russe. La justice allemande devrait donc s'intéresser rapidement aux purges contre les gays qui ont lieu en Tchétchénie depuis 2017.

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Le Guardian fait état d'une plainte accusant l'armée tchétchène et l'appareil d'État d'arrestations arbitraire, de torture, d'abus sexuels et d'incitation au meurtre d'au moins 150 personnes en raison de leur orientation sexuelle, depuis février 2017. Si le procureur de Karlsruhe accepte la plainte, les dirigeants pourraient faire l'objet d'un mandat d'arrêt s'ils entrent en Allemagne.

Des persécutions déniées par le pouvoir

En avril 2017, Novaya Gazeta a attiré l'attention sur la persécution que subissent des hommes gays et des bis en Tchétchénie. Le journal russe indiquait qu'ils étaient emprisonnés dans des centres de détentions non-officiels. LGBT Network, la plus grosse organisation LGBTQI+ de Russie, a indiqué que ces hommes sont insultés, électrocutés et frappés avec des barres de fer. Le gouvernement Tchétchène a répondu qu'il n'y avait pas d'homosexuels en Tchétchénie et que ceux qui pourraient exister seraient rejetés par leur famille.

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En 2017, des activistes français ont tenté une action devant la Cour pénale internationale (CPI). Mais les poursuites ont été arrêtées alors que la Russie s'est retirée de la CPI. Avec cette plainte, le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains et LGBT Network espère que l'Allemagne pourra poursuivre les dirigeants. Le pays dispose en effet d'un principe de juridiction universelle pour les crimes contre l'humanité. Ce principe permet de poursuivre des faits indépendamment du lieu où ils ont été commis.

L'Allemagne doit prendre ses responsabilités

"Si aucune autre juridiction n'a ouvert d'enquête, l'Allemagne peut et doit prendre ses responsabilités, représentant à la fois l'Europe et la communauté internationale", pointe dans le Guardian Wolfgang Kaleck, fondateur du Centre européen pour les droits constitutionnels et humains. Deux personnes visées par la plainte sont déjà sur la liste noire de l'Union européenne. Parmi eux, Abuzayed Vismuradov, qui s'est rendu en Allemagne à plusieurs reprises ces dernières années. Il y avait notamment été hospitalisé après un accident de voiture.

Documenter la situation des personnes LGBTQI+

Des poursuites permettraient également d'aider des réfugiés qui demandent asile en Europe. "Dans des pays comme la Tchétchénie, où il y a une omerta sur l'identité sexuelle, il n'y a généralement que très peu d'information sur la situation de la communauté LGBTQI+, remarque Patrick Dörr, de the Lesbian and Gay Federation en Allemagne. N'importe quelle action juridique qui conduit à une meilleure information de la persécution de ces personnes peut faire une différence cruciale dans la demande d'asile." Car depuis 2017, seulement quelques gouvernements européens acceptent d'accueillir les réfugiés tchétchènes : la France, l'Allemagne, la Hollande et la Lituanie.

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Fin mars, Amnesty International a lancé une action urgente pour alerter sur la situation de deux personnes arrêtées en Russie et transférées en Tchétchénie. Elles sont "poursuivies uniquement pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression, notamment en lien avec leur orientation sexuelle et leur identité de genre réelles ou supposées", pointe Amnesty. Selon l'ONG de droits de l'homme, ils ont subi des mauvais traitements, si ce n'est des actes de torture.

 

Crédit photo : Capture d'écran Instagram / kadyrov.95reg


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