Abo

coming out"Noir, pilier, gay", Jérémy Clamy-Edroux revient sur son coming out

Par Florian Ques le 25/06/2021
Jeremy Clamy-Edroux évolue comme pilier dans l'équipe de rugby de Rouen

INTERVIEW. Jérémy Clamy-Edroux est l'un des six athlètes en activité qui ont accepté de participer au documentaire Faut qu'on parle sur l'homosexualité dans le sport. Le rugbyman rouennais y a fait son coming out. TÊTU est allé à sa rencontre pour revenir sur cette grande étape.

>> TÊTU spécial Fiertés avec Hoshi, Guillaume Cizeron, Rose Walls & Ouissem Belgacem <<

Le week-end dernier, Canal+ diffusait Faut qu'on parle, un documentaire qui fera date sur l'homosexualité dans le sport. Pour la première fois en France, le film présente en effet les témoignages d'athlètes gays et lesbiennes en activité qui parlent du sujet face caméra. Pour cinq d'entre eux, c'est même leur coming out médiatique. Jérémy Clamy-Edroux est de ceux-là : à l'âge de 30 ans, le rugbyman évoluant en Pro D2 évoque pour la première fois ouvertement son homosexualité. Un grand pas pour ce pilier du club de Rouen, qu'il ne regrette absolument pas. Rencontre avec le nouveau visage assumé de la communauté LGBTQI+ dans le monde du rugby.

Qu'est-ce qui t'a poussé à prendre la parole dans ce documentaire ?

Jérémy Clamy-Edroux : Ce sont Lyes et Arnaud [les deux journalistes auteurs du documentaire, ndlr] qui m'ont motivé ! Dès qu'ils m'ont appelé, j'ai dit oui. J'ai fait mon coming out, mais plus pour les autres que pour moi, pour libérer la parole et donner des exemples. Je n'ai pas eu de modèles pour ma part, sauf peut-être un joueur gallois qui avait fait son coming out en fin de carrière. Et j'en ai aussi profité pour faire passer un message à mon père car je n'avais pas eu le courage de lui dire jusqu'ici que j'étais gay. Il l'a très bien pris, donc je suis soulagé.

"Depuis que je l'ai dit, je me sens beaucoup mieux."

Tu as dû avoir de nombreux retours de ton entourage ou d'inconnus, après la diffusion ?

J'ai eu pas mal de messages de soutien, de remerciement, d'encouragement. Des mecs qui se sont dévoilés et qui me partageaient leurs histoires. Ils me disaient que ça leur faisait plaisir de voir des exemples alors qu'ils n'en avaient pas eu à l'époque. Depuis que je l'ai dit, je me sens beaucoup mieux. Au début, j'étais stressé par la réaction de mon père mais c'était finalement un stress inutile car ça s'est très bien passé. Il faut maintenant attendre le début du championnat pour voir comment cela va être accepté dans les autres stades, mais je pense que ça va aller. On a un public intelligent et ouvert, et la différence est beaucoup mieux acceptée au rugby qu'ailleurs.

LIRE AUSSI >> Jérémy Stravius, Céline Dumerc… Qui sont les athlètes qui ont fait leur coming out sur Canal+

As-tu reçu des messages de sportifs qui t'ont félicité ?

J'ai reçu beaucoup de messages de sportifs, pro comme amateurs. Je n'ai eu que du positif. Les personnes négatives n'ont pas pris le temps de m'écrire et c'est très bien comme ça [rires]. Mais le message qui m'a le plus surpris, c'est celui d'un gars avec qui j'avais travaillé. Il m'a félicité et m'a dit que ça l'avait inspiré à faire aussi son coming out. J'ai vu sa page Facebook où il a partagé une photo de lui avec son copain. C'était à mon tour de le féliciter, je suis très content pour lui.

jérémy clamy-edroux

Et tu as peut-être des messages de mecs qui sont venus se glisser dans tes DM… 

J'ai eu quelques messages de gars qui m'ont clairement dit qu'ils étaient dispo si je cherchais du sérieux [rires]. Je n'ai pas forcément donné suite mais ça m'a fait plaisir. C'est un bonus ! Je ne lance aucun appel mais c'est vrai que mon cœur est toujours à prendre, et j'espère qu'il sera pris un jour.

"Dans mon équipe, les mecs n'ont aucun problème avec moi par rapport à mon homosexualité."

Tu avais parlé de faire ce coming out médiatique à tes coéquipiers ?

Quand j'ai accepté de participer au documentaire, on a informé le club. Au début, j'ai dit aux gars de l'équipe que c'était un doc sur les gars qui jouaient dans le club depuis plusieurs années. Mais vu que c'était Canal+ et qu'ils revenaient très régulièrement, ils se doutaient que quelque chose se tramait. C'est là que je leur ai dit, en précisant qu'il fallait que ça reste secret. Dans mon équipe, les mecs n'ont aucun problème avec moi par rapport à mon homosexualité. Ils me respectent, je les respecte.

Étaient-ils au courant de ton homosexualité depuis longtemps ?

Oui, je ne me suis jamais caché. Je m'assume depuis l'âge de 16 ans, quand je jouais encore à Massy. En revenant à Rouen, qui est mon club de cœur, j'étais déjà out. Là, je l'ai dit devant la France entière à la télé mais avant ça, je ne m'en cachais pas. Et ça n'a jamais été un souci.

Te rappelles-tu du premier coming out que tu as fait ?

Je me rappelle bien, j'étais au collège et je disais encore que j'étais bi à l'époque. Beaucoup ont réagi en me disant qu'ils s'en doutaient mais qu'ils m'acceptaient comme j'étais. Pour le coup, j'ai eu beaucoup de chance, je n'ai jamais eu de mauvaise remarque.

"Je suis noir, je suis pilier, je suis gay. Je cumule !"

Ça casse un peu l'idée reçue qu'un athlète gay sera forcément rejeté…

C'est ça ! En plus, je suis noir, je suis pilier, je suis gay. Je cumule [rires] ! On est très loin des clichés.

Le rugby est un sport identifié comme très viril, de contact en plus… on pourrait se dire qu'être gay dans ce sport-là serait moins bien perçu que dans le football. Et pourtant, c'est dans le foot qu'il y a encore beaucoup d'homophobie. Comment expliques-tu cette différence ?

Je ne sais pas pourquoi c'est tellement tabou dans le foot. Ça reste quand même le sport le plus populaire du monde. Il y a des actions sur le racisme, c'est vrai. Mais ce n'est pas tout ! Il y a aussi l'homophobie, la transphobie, la grossophobie… Il y a tellement de causes à défendre. Le foot rassemble tellement de gens que s'ils commencent à vraiment agir, il y aura forcément un impact. Pour l'instant, à part la Journée contre l'homophobie, il n'y a rien de significatif. Et c'est dommage.

LIRE AUSSI >> Ouissem Belgacem dans TÊTU : « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour devenir hétéro »

jérémy clamy-edroux

On prête souvent au rugby une culture basée sur la taquinerie, sur le bizutage… des méthodes qui peuvent vite dériver sur de l'homophobie. C'est le cas de ton expérience ?

Il y a eu très peu de moments comme ça. Le peu de fois où il y a eu des mecs qui ont essayé de me taquiner par rapport à ça, je leur suis tout de suite rentré dedans. Après, la chance que j'ai par rapport à d'autres, c'est mon gabarit et mon caractère. Je ne me laisse pas marcher dessus. Je suis un mec très calme et discret, mais j'ai aussi ma grande gueule. Si tu me manques de respect, tu seras bien reçu. Il ne faut pas se laisser faire.

Dans l'ensemble, dirais-tu que la culture rugby est ouverte sur les questions LGBTQI+ ?

Au rugby, on a la chance que la Ligue de rugby soit en avance par rapport aux autres parce qu'elle a déjà commencé à entreprendre pas mal d'actions. Le thème, c'est "plaquer l'homophobie". Ils vont dans tous les clubs professionnels pour libérer la parole sur ce sujet. Il faut que ça continue ! Depuis le documentaire, j'ai reçu le soutien de la Ligue nationale de rugby et aussi de la Fédération française de rugby. C'est génial de se sentir soutenu par les administrations de son sport.

Et Grindr qui sponsorise le Biarritz olympique, on en pense quoi ?

C'est cool parce que ça fait évoluer les choses ! La première appli de rencontre gay qui devient sponsor d'un club de rugby français au pays basque, c'est très bien. Certes, ça reste un accord commercial mais il y a quand même un symbole pour la communauté.

Te sens-tu proche de la communauté LGBTQI+, et plus particulièrement de la communauté gay ?

Je ne me sens pas forcément proche ou inclus parce que je ne fréquente pas les milieux gays. Je suis souvent en compétition mais j'aimerais bien participer à des Marches des fiertés, notamment à l'étranger, parce que j'adore les événements populaires et faire la fête. Là, je vais défendre davantage la cause car je deviens involontairement un porte-parole. Pour le moment, je le vis bien. Si je peux aider, c'est le principal !

Te rappelles-tu de ta première Marche des fiertés ?

La première que j'ai faite, c'était à Paris. J'ai habité là-bas de 16 à 22 ans. C'est un gros événement dont je garde un très bon souvenir.

LIRE AUSSI >> Rendez-vous, parcours, orga, météo : ce qu’il faut savoir avant la Pride de Paris 2021

En participant à ce docu, quel était le scénario idéal pour toi une fois sa diffusion passée ?

Être accepté par mon père et ça, c'est fait. Puis me libérer encore plus dans le rugby. Mon gros problème, c'est que je manque de confiance en moi. C'est mon gros frein et j'espère que ce documentaire va m'aider à me libérer davantage pour tout casser sur le terrain [rires].

LIRE AUSSI >> « On ne devrait pas avoir à faire de coming out » : Guillaume Cizeron est dans TÊTU

Crédits photos : Canal+