La pratique du chemsex peut amener à développer des comportements qui nous échappent, voire à des conduites addictives. Pour en garder la maîtrise, et identifier au besoin les signes d'une consommation problématique, il importe d'abord d'en tenir un suivi. Dans le cadre du mois Avril Utile, voici quelques outils pratiques pour contrôler vos usages.
Illustration : Laurier The Fox pour tetu·
Tout adepte des paradis artificiels devrait garder en tête cette maxime : le savoir, c'est le pouvoir. Le chemsex ne fait pas exception, c'est pourquoi la réduction des risques repose sur trois piliers :
- - Connaître ses produits : effets attendus, dosages, interactions proscrites…
- - Tester ses produits pour prévenir les surdoses et les interactions dangereuses.
- - Suivre sa consommation
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Le risque, sans suivi de sa consommation, c’est de verser sans même s’en apercevoir dans l’addiction, qui affecte tant la santé mentale et physique que la vie sociale, amoureuse, professionnelle, financière. Afin de garder la maîtrise de sa consommation, les professionnels de la santé mentale et les acteurs communautaires ont développé des outils qui permettent, en toute autonomie, de penser la place qu’occupe le chemsex dans votre vie, tant en termes d’usage de drogue que de sexualité.
L'éphéméride de mon chemsex
Le principe de l’éphéméride est simple : en début de mois, notez dans un agenda les jours où vous prévoyez un plan ou bien le nombre de plans que vous anticipez, ce que vous pensez consommer, avec qui, durant combien de temps… "L’éphéméride n’a pas vocation à être montré, comme un moyen de vérification ou de contrôle, précise Fred Bladou, sexothérapeute et professionnel de l’addictologie, qui l’utilise avec la plupart des usagers chemsexeurs qu’il accompagne. C’est un outil pour tenter de mieux gérer sa consommation, de réduire les risques, la fréquence, les quantités consommées…"
Dans un deuxième temps, l’éphéméride permet en effet de se fixer des objectifs/limites de consommation. Là encore, c’est vous qui tenez le manche : l’idée n’est pas de se jurer chaque début de mois une abstinence hors de portée, rappelle Fred Bladou, "mais de déterminer des objectifs atteignables et très clairs pour les usagers eux-mêmes".
Au passage, pensez à noter aussi les autres activités que vous avez envie de faire, afin de ne pas les évacuer de votre emploi du temps, ainsi que vos rendez-vous qui aideront à structurer votre temps. "L’éphéméride est aussi un outil pour faire autre chose, pour changer ses habitudes, pour s’interroger intimement sur ses envies, pour renouer avec les potes non consommateurs, pour faire du sport, aller au cinéma", énumère Fred Bladou.
À partir de vos objectifs, remplacez des phases de consommation par d’autres activités qui peuvent procurer du plaisir : sport, dîner entre amis, expo, travaux manuels, etc. C’est un élément essentiel : on ne substitue pas la consommation par l’ennui. Vous pouvez également intégrer une case pour votre bilan financier : quelles sont les économies ou les dépenses réalisées à ce jour ?
Loin de toute injonction, vous visualisez votre consommation et votre capacité à faire évoluer vos habitudes de manière positive. Vous pourrez en tirer une vraie satisfaction ou envisager d’autres accompagnements.
Le journal de ma consommation
Il s’agit ici d’évaluer plus précisément chaque session afin de suivre votre consommation et vos pratiques, de mesurer leurs effets et d’évaluer votre bien-être.
Vous pouvez ainsi noter dans votre journal (une feuille-type est disponible en fin d’article) :
- - La date de la session, son heure de début et son heure de fin, si elle était prévue dans vos objectifs.
- - Les produits consommés, à quelle dose, sous quelle forme, à quelles heures, si vous avez fait des mélanges, etc.
- - Le contexte de la session, le recrutement d’éventuels partenaires (applis, connaissances…), la prévention sexuelle utilisée ou non par vous et vos partenaires, etc.
- - Les effets de la session, positifs (sur l’envie, le plaisir, la confiance, le lien avec l’autre…) et négatifs (angoisse, parano, vomissements, perte de connaissance, blessures, perte de plaisir sexuel ou d’interactions positives…). Posez-vous la question : "Est-ce que je tire quelque chose de positif de ce plan où est-ce que j’aurais mieux fait de faire autre chose ?" Il ne s’agit pas de culpabiliser mais simplement de regarder en face sa consommation.
- - Le consentement et la sécurité : avant de commencer, avez-vous pu poser des limites, un arrêt possible à tout moment, une vérification régulière du consentement au fil de la consommation, le respect de votre choix de prévention sexuelle…
- - Ce que vous auriez pu faire mieux ou différemment. Après le plan, et hors d’une descente potentiellement violente, notez vos remarques, par exemple : "espacer les prises de G", "ne pas mélanger G + alcool", "ne pas consommer en solo", "ne pas accepter d’injection proposée par un inconnu", "j’ai raté ma Prep…".
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Repérer les situations à risque et les signes d'une addiction
Parfois, même lorsqu’on a l’impression de "gérer", on ne gère plus rien du tout. C’est pourquoi il est important de connaître les signes annonciateurs d’une addiction, afin de pouvoir chercher de l’aide. À cet effet, le SPOT Paris de l'association Aides et le Checkpoint Paris ont lancé le ChemTest, un outil inédit d’auto-évaluation pour les personnes qui pratiquent le chemsex et souhaitent mieux comprendre leurs usages. Celui-ci propose un espace de réflexion personnelle qui permet d’identifier les situations de vulnérabilité, d’envisager des pratiques plus sûres et de repérer d’éventuels signaux d’alerte. Chaque parcours aboutit à un retour personnalisé, accompagné de conseils et de ressources accessibles en ligne ou auprès de structures de soutien.
Au-delà de ce test en ligne, vous pouvez apprendre à repérer les signes objectifs d’un usage problématique :
- - Sur votre santé physique et mentale :
- > Vous éprouvez des besoins irrépressibles de consommer
- > Votre consommation entraîne des effets délétères sur votre santé
- > Vous vous sentez anxieux et/ou dépressif
- > Vous avez des fréquemment des IST
- > Vous consommez par injection (slam)
- - Sur votre vie sociale, affective et sexuelle :
- > Vous n’avez plus ou presque plus de liens en dehors du chemsex
- > Vous ne voyez plus votre famille et/ou vos proches qui ne pratiquent pas le chemsex
- > Vous n’avez plus ou presque plus d’activités en dehors du chemsex
- > Vous n’avez plus de relations sexuelles sans produits
- - Sur votre vie professionnelle et financière :
- > Votre consommation vous met en difficulté au travail
- > Vous êtes régulièrement en arrêt maladie
- > Vous vous endettez pour consommer
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Vous vous reconnaissez dans ces situations, vous avez des doutes ou des questions ? Ne restez pas seul : des solutions d'aide, d'entraide et d'accompagnement médicales, psychologiques et communautaires existent, y compris anonymes et gratuites.
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