La cour d'assises du Vaucluse, à Avignon, a retenu la circonstance aggravante d'homophobie dans le procès de deux guets-apens ayant ciblé en 2023 des gays, dont l'une des victimes est morte.
Six personnes sur le banc des accusés, cinq condamnations. Au terme d'une semaine d'audience, la cour d'assises du Vaucluse, à Avignon, a rendu son verdict ce lundi 8 juin dans le procès de deux guets-apens homophobes survenus dans la région en 2023, dont un mortel. Les deux principaux accusés, Aymène L. et Intissar A., respectivement âgés de 24 et 25 ans, ont été condamnés à 22 ans de prison pour meurtre avec circonstance aggravante liée à l’orientation sexuelle des victimes. Leurs deux petites amies, jugées pour complicité de vol, sont également reconnues coupables. Le cinquième prévenu, Malek E., 24 ans, écope de dix ans de réclusion criminelle pour extorsion et séquestration avec arme, tandis que le sixième est acquitté.
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Selon un mode opératoire tristement familier, la bande utilisait le site de rencontres Coco pour cibler des hommes gays afin de leur donner rendez-vous et de les dépouiller. Une phrase étudiée au procès, auquel ont assisté nos confrères du Parisien, résume cette logique prédatrice : “Ce soir, on va faire des sous”. Le 5 mars 2023, le coup crapuleux tourne au drame pour Mickaël Roussin, 30 ans, piégé chez lui à Sorgues, dans le nord d'Avignon. Pendant que l’un des agresseurs fouille les lieux à la recherche d'objets de valeur, l’autre maintient la victime immobilisée, un genou et un coussin appuyés sur son visage. En quelques minutes, le jeune homme succombe à une asphyxie. Un meurtre qui rappelle celui de Pierre-Olivier M., tué dans des circonstances similaires à Noisy-le-Grand en 1995 : ligoté à son domicile par ses agresseurs, ce cuisinier de 43 ans était mort étouffé sous l'oreiller utilisé pour le faire taire. À Avignon, quelques jours après le meurtre de Mickaël Roussin, la bande cible une seconde victime, qui elle s'en sort vivante.
L'homophobie retenue au procès
La question de la circonstance aggravante d'homophobie a été au cœur des débats devant la cour d'assises du Vaucluse. Si elle n’avait pas été retenue au cours de l’instruction, les débats d’audience ont assez facilement permis de la mettre au jour. “Avec les homos, c’est plus facile. Ils sont prêts à tout pour avoir des rapports sexuels. Ils font confiance”, s'est ainsi expliqué Intissar A., interrogé sur le choix de ses victimes, comme le rapporte La Provence.
De la même manière, la seconde victime a été ciblée en raison de son orientation sexuelle. Les jurés ont donc retenu la circonstance aggravante d’homophobie pour l’ensemble des faits. Une décision saluée par l’association Stop homophobie, qui salue “une étape importante”. L’association rappelle que cette reconnaissance est importante dans ces affaires qui “ne relèvent pas de faits isolés mais d’un phénomène identifié”, documenté notamment par têtu· et Mediapart : dans une enquête publiée en 2023, nous révélions ainsi qu’au moins un guet-apens homophobe est recensé chaque semaine en France.
Associée à plus de 20.000 affaires, la plateforme Coco a été fermée en 2024 sur décision judiciaire, avant de refaire surface récemment sous le nom de Cocoland, ce qui a suscité l'ouverture par le parquet de Paris d'une nouvelle procédure. Afin de lutter contre le fléau des guets-apens visant des hommes gays, la Délégation interministérielle chargée de la lutte contre la haine anti-LGBT (Dilcrah) a élaboré en mars un plan d'action avec quatre des plus grosses applications de rencontre en France, dont Grindr. Pour vous protéger, un principe de prudence demeure essentiel : lorsque vous faites une rencontre en ligne, privilégiez toujours, pour le premier rendez-vous, un lieu public et fréquenté.
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