L'automne s'annonce chargé et joyeusement queer sur les scènes de théâtre. La preuve en dix propositions éclectiques, à voir partout en France.
- La chair est triste hélas
« Un jour, j’ai arrêté le sexe avec les hommes », a écrit Ovidie dans son essai La Chair est triste hélas, publié en 2023 dans la collection Fauteuse de trouble dirigée par Vanessa Springora. L'autrice et documentariste a adapté pour la théâtre ce texte puissant mêlant intime (sa grève du sexe) et politique (notamment sur le genre et l'aliénation des femmes par les hommes). Seule en scène, la comédienne au timbre magnétique, Anna Mouglalis, donne corps et voix aux mots de sa metteuse en scène, portant avec vigueur aussi bien ses réflexions féministes que l'humour qui apparaissait moins à la lecture du livre – toute la partie où Ovidie raconte avoir d'abord cessé de faire des fellations est savoureuse. Il en ressort un spectacle empli de punch-lines à la Despentes qui, face à ce constat que « les hommes hétéros baisent mal », pourrait, in fine, aisément être transformé en manifeste queer – même si Ovidie ne va jamais sur ce terrain pendant l'heure de représentation.
>> Jusqu'au 26 octobre au Théâtre de l'Atelier (Paris) et les les 28 et 29 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse (Lyon).
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- Voir clair avec Monique Wittig
Les Guérillères (1969) ; Le Corps lesbien (1973) ; La Pensée straight (1992)... En une poignée d’œuvres, la penseuse féministe française Monique Wittig (1935-2003) a porté haut les couleurs du lesbianisme politique radical. La comédienne Adèle Haenel a décidé de reprendre le flambeau à sa manière avec une création habilement titrée Voir clair avec Monique Wittig qu'elle va interpréter avec son collectif musical DameChevaliers. Son objectif ? Mettre « le feu au centre de la scène, le feu autour duquel on se réunit pour discuter, réfléchir et inventer un autre monde » (extrait de la note d'intention). L'un des spectacles les plus attendus de ce début de saison, dans lequel on entendra également des textes de Sarah Ahmed, Audre Lorde, Adrienne Rich et Elsa Dorlin.
>> Du 8 au 12 octobre aux Bouffes du nord (Paris) et le 25 novembre au Théâtre de la Croix-Rousse (Lyon).
- Vaslav
« Créature travestie à obédience genetienne » (pour Jean Genet), Vaslav, artiste de cabaret vu notamment chez Madame Arthur, s'essaye à l'exercice solo. Seul sur le plateau avec sa fascinante shruti box, instrument de musique indien lui servant de « guide-chant », de « bourdon », Olivier Normand (de son vrai nom) déroule un récital musical varié, entre Monteverdi, Bob Marley, Brigitte Fontaine ou encore un chant du Moyen Âge ; récital qu'il entrecoupe de prises de parole parfois légères, parfois politiques, parfois les deux. À Paris, le Théâtre du Rond-Point, ravi comme d'autres lieux institutionnels de s'encanailler avec la forme cabaret qui plaît à un public de plus en plus large, l’accueille pendant trois semaines dans sa petite salle, au plus près des spectatrices et spectateurs gentiment interpellé·es par l'hôte – tout est beaucoup plus poli que chez Madame Arthur ! Vaslav partira ensuite en tournée dans quelques villes françaises.
>> Jusqu'au 4 octobre au Théâtre du Rond-point (Paris), du 12 au 14 novembre à la Maison de la danse (Lyon), du 16 au 22 novembre à Cavaillon (plusieurs lieux avec la Garance), le 16 décembre à l’Étincelle (Rouen) et le 3 avril au Théâtre Monsigny (Boulogne-sur-mer).
- La Trilogie du Troisième Type
Depuis trois ans et son spectacle Le Premier sexe ou la grosse arnaque de la virilité, le comédien et auteur Mickaël Délis dégomme avec humour et émotion la masculinité à travers son regard d'homme gay. Il a aujourd'hui entre les mains une suite de trois seuls-en-scène à personnages qui forment ce qu'il a appelé "La Trilogie du Troisième Type" dans laquelle il balaie donc le genre (Le Premier sexe), mais aussi le pénis (La Fête du slip) et la semence des hommes (Les Paillettes de leur vie). Une réussite éclatante et intelligente, succès cet été dans le off du Festival d'Avignon, qu'il reprend jusqu'à la fin de l'année à Paris tout en tournant chacun des solos ici et là en France.
>> Jusqu'au 3 janvier 2026 à La Scala (Paris), Le Premier sexe le 9 octobre au Théâtre Jean Vilar (Suresnes), le 7 décembre au Théâtre Jean-Vilar (Vitry-sur-Seine)(la trilogie) puis en tournée en 2026 à Sarlat, La Roche-sur-Yon, Créteil, Chevilly-Larue, Gap, Lyon, Noisy-le-Grand, Saint-Chamond, La Réunion, Nantes...
- Cher Evan Hansen
Et Hoshi se lança dans la comédie musicale ! À partir du début du mois d’octobre sera donnée à Paris la version française de la comédie musicale Cher Evan Hansen dont l'autrice-compositrice engagée (son tube Amour censure, véritable hymne queer, en meilleur exemple) signe les paroles. L'œuvre culte, créée en 2015 à Broadway et passée au cinéma en 2021, abordent « le mal-être adolescent, l’anxiété sociale, l’isolement et l’impact des réseaux sociaux sur les jeunes », résume la production. Aux commandes, on retrouve l'efficace Olivier Solivérès qui, l'an dernier, a mis en scène avec brio le mythique film Le Cercle des poètes disparus (le spectacle tourne toujours). Un casting prometteur donc...
>> À partir du 3 octobre au Théâtre de la Madeleine.
- Swan Lake
Trente ans après sa création, la version masculine du Lac des cygnes revient à Paris. Créée en 1995, Swan Lake, relecture du chef-d’œuvre de Tchaïkovski par la chorégraphe anglais Matthew Bourne, conserve intacte la partition originelle du compositeur tout en la détournant vers une vision intensément homoérotique. Une recette qui a fait plusieurs fois le tour du monde et continue de nous hypnotiser. Bien loin des contes de fées traditionnels, cette version présente le récit d'un prince mélancolique, ignoré par sa mère depuis l’enfance, qui finit par tomber amoureux d’un cygne mâle, ou du moins, c’est ce qu’il croit… Envoûtant.
>> Du 9 au 26 octobre à la Seine Musicale (Boulogne-Billancourt).
- Et encore un peu de Despentes !
Cette saison, les deux spectacles de Virginie Despentes en tant de metteuse en scène et autrice continuent leur tournée. Woke, bouillonnant manifeste politique revendiquant fièrement l'anglicisme devenu un épouvantail du lobby réac, jouera à Montreuil, Angers et Orléans entre fin septembre et mi-octobre. Et Romancero Queer, pièce politique pleine d'humour qui prend pour sujet les coulisses d'une création théâtrale, sera visible à Lyon en mars 2026.
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Crédit photo : Karen Paulina Biswell