interviewEmmanuel Grégoire : "Nous doublerons les subventions de Paris aux associations LGBT"

Par Nicolas Scheffer le 20/02/2026
Emmanuel Gregoire, candidat socialiste paris par Audoin Desforges

Candidat de la gauche unie (hors LFI) pour les élections municipales 2026 à Paris, les 15 et 22 mars, Emmanuel Grégoire annonce à têtu· son programme concernant les sujets LGBT. Le socialiste élimine la possibilité d'une alliance avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon.

Photographie : Audoin Deforges pour têtu·

Il ne fait pas partie du "club des homosexuels" qui défraie cette semaine la chronique politique parisienne, mais il compte bien battre Rachida Dati aux élections municipales dans la capitale. Emmanuel Grégoire, allié de longue date de la communauté LGBT, est la tête de liste de l'union de la gauche qui rassemble des socialistes aux communistes en passant par les écologistes et même le mouvement de Raphaël Glucksmann. Le socialiste de 48 ans, ancien premier adjoint (2018-2024) de la maire sortante, Anne Hidalgo, revendique un bilan positif de la municipalité sur les sujets LGBTQI+ et promet de passer la vitesse supérieure.

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Votre rivale zemmouriste, Sarah Knafo, ignore le prix de l’abonnement au passe Navigo ; vous connaissez celui d’une pinte au Cox, dans le Marais ?

Emmanuel Grégoire : J’y suis allé récemment, mais cette fois-ci on m’a offert ma bière. Je dirais 7 ou 8 euros [réponse : 7,50 euros, ndlr].

De nombreux établissements LGBT se plaignent de leurs difficultés financières et de problèmes avec la police. Comment comptez-vous empêcher qu'ils continuent à disparaître ?

Ces lieux sont indispensables à Paris. Comme pour tous les lieux de fête, nous devons faire face à des injonctions contradictoires : un soutien total à la fête et, parfois, des insatisfactions des riverains. L’autre menace, ce sont les prix de l’immobilier : nous sommes intervenus à plusieurs occasions, par exemple pour sauver le Tango. Je suis fier de notre action pour ce lieu si symbolique. Nous aurons besoin, par notre action foncière, de renforcer le soutien de la Ville au Marais, qui offre une forme de sécurité communautaire. Mais on peut aussi se féliciter que des lieux LGBT essaiment dans tout Paris. Nous mettrons en place dans tous les arrondissements un référent LGBT+ que les établissements pourront solliciter afin que l’administration intervienne rapidement.

Soutiendrez-vous de la même manière le secteur associatif LGBT, souvent en difficulté financière ?

Les associations sont en difficulté financière en raison de l’inflation des besoins d’un côté, et de l’autre d’un désengagement d’institutions comme la région Île-de-France, mécontente l’an dernier de l’affiche de l’Inter LGBT pour la Pride. On ne peut pas revendiquer à la fois la liberté associative et un contrôle politique restrictif. Je suis du côté de la liberté, y compris lorsque les associations ne sont pas tendres. Je vous annonce que nous doublerons les subventions de la municipalité aux associations LGBTQI+, qui passeront d’environ 380.000 euros actuellement à 760.000 euros.

Le projet de Centre d’archives LGBT avance à une vitesse de sénateur. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pour que ce projet que vous aviez lancé en 2019 ne se soit toujours pas concrétisé ?

Bonne nouvelle, le Centre d’archives LGBT de Paris ouvrira au premier semestre 2027 ! Jean-Luc Romero-Michel [l’actuel adjoint en charge des discriminations, qui porte aujourd’hui le dossier, ndlr] a beaucoup fait pour accompagner le collectif porteur du projet. Ce sont des personnes qui cultivent une indépendance revendiquée envers les institutions ; après quelques incompréhensions, nous avons trouvé nos bases de travail. Nous avons désormais un lieu de 600 m2, et 300.000 euros de subventions pour rénover les locaux. Il s’agit maintenant de stabiliser le financement du fonctionnement de ce centre d’archivage. Nous nous sommes engagés à hauteur de 100.000 euros, et nous monterons en puissance pour arriver à un budget annuel autour de 200.000 euros.

Paris se pose en modèle mondial de la lutte contre le VIH. Comment le devenir également sur le sujet de la réduction des risques liés au chemsex ?

Notre priorité est simple : sauver des vies. Paris a été la première ville de France à se doter d’un plan spécifique, en 2021. Nous engagerons une nouvelle étape pour les trois prochaines années, plus ambitieuse et plus coordonnée. Je veux mieux articuler la prévention, la réduction des risques, la santé mentale, les services de secours, les forces de l’ordre et les professionnels de santé, notamment autour de la médiation en santé. Le chemsex n’est pas qu’une question de stupéfiants mais relève d’un enjeu de santé publique, de santé mentale, d’isolement, de vulnérabilité sociale… Nous devons donc agir à tous les niveaux, sans stigmatisation, pour garantir un accès aux soins rapide et sans jugement. Sur ce sujet comme les autres, nous choisirons toujours l’efficacité sanitaire et la protection des personnes. 

Quel bilan faites-vous des salles de consommation à moindre risque, aussi appelées Haltes soins addiction ?

Tous les rapports affirment que ce n’est pas une solution miracle mais essentielle dans notre arsenal pour la réduction des risques. Je veux dénoncer la posture démagogique de Rachida Dati, qui les dénonce en accusant la ville alors qu’il ne s’agit pas de structures municipales. Ces structures dépendent de l’État qui, dans son budget, a décidé de prolonger l’expérimentation. Si l’État voulait en créer plus à Paris, je le soutiendrais car elles permettent de réduire les risques et de stabiliser la consommation de produits stupéfiants. Je veux aussi avoir une pensée pour les travailleurs sociaux, qui font un travail nécessaire. Nous devons les soutenir, et non les stigmatiser comme le fait la droite.

Êtes-vous favorable, comme la sénatrice Anne Souyris, ancienne adjointe municipale à la Santé, à la dépénalisation de l’usage des drogues ?

Concernant l'usage de drogues, je suis convaincu de l’inefficacité profonde du système de prohibition et de l’efficacité de la prévention. Vu son incurie dans la lutte contre le narcotrafic et les niveaux de consommation, l’État devrait laisser la parole aux scientifiques et organiser un débat apaisé sur le sujet, loin des caricatures.

Le maire de Paris peut-il aider à la lutte contre les guets-apens homophobes ?

La sécurité de toutes et tous est un impératif partagé. Sur ce sujet, je souhaite convoquer et travailler avec les plateformes de rencontre, où se préparent l’essentiel des agressions physiques. Je souhaiterais que les plateformes et les associations puissent trouver des manières de prévenir ce risque. Ensuite, il faut soutenir toutes les poursuites judiciaires. On a encore du mal à quantifier la violence inouïe de ces agressions, avec des indicateurs qui ne traduisent pas suffisamment la gravité d’un certain nombre d’agressions, mises sur le même plan que d’autres phénomènes qui n’ont rien à voir. La lutte contre des agressions de rue sera l’une des missions des brigades de nuit de la police municipale, avec une présence renforcée autour des lieux festifs, où nous devons également travailler sur l’éclairage public pour limiter les zones anxiogènes.

Vous avez été le premier signataire d’une tribune portée par têtu· par laquelle des responsables politiques s'engagent à faciliter le changement d’état civil pour les personnes trans. Ce sera une évolution engagée dans les 100 premiers jours de votre mandat ? 

Je ne peux pas m’engager à ce qu’on ait effectué la modification dans les 100 jours, mais je m’en saisirai dès le début de mon mandat pour que cela aboutisse au plus vite. Je m’appuie sur la jurisprudence de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Le ministre de l’Intérieur devrait en prendre acte, afin que la facilitation de la modification de l’état civil soit possible sans modification législative. C’est un symbole de notre bienveillance vis-à-vis des diversités. Dans tous les pays où la vague brune arrive, c’est toujours par les plus minoritaires des minorités que les droits sont attaqués.

La conseillère de Paris écologiste Alice Coffin a fait publiquement part de son mécontentement de ne pas être sur votre liste. Pourquoi n'y figure-t-elle pas ?

J’ai beaucoup de sympathie pour Alice Coffin, qui est élue du même arrondissement que moi. Pendant des mois, elle a fait part de son souhait de ne pas être candidate. Lorsque nous avons fusionné nos listes avec les écologistes, elle avait fait la demande d’être présente avec eux, mais trop tardivement. Mais notre liste est composée de nombreuses personnalités féministes, un combat que nous portons collectivement. 

Alice Coffin pense que c'est son profil d’activiste qui dérange…

Nous avons toujours eu sur nos listes des activistes, qui apportent énormément. Nous faisons partie d’un collectif qui n’est pas une somme d’individualités. Je regrette la façon dont cela s’est passé car si elle avait fait savoir plus tôt son intention d’être de nouveau candidate, elle aurait pu l’être.

Paris est régulièrement la vitrine des difficultés d’accueil des personnes migrantes. Comment améliorer la situation ?

Il faut régulariser des centaines de milliers de personnes, par humanité et par pragmatisme. Il faut dénoncer le mensonge sur le prétendu grand remplacement. Je suis favorable à une régularisation massive parce que ces migrants sont déjà là, qu’ils souhaitent travailler et que, pour des raisons démographiques, notre modèle social déséquilibré va s’effondrer. L’immigration concourt de façon structurelle au fonctionnement de nos grandes villes, et en particulier de Paris. 

Pointée du doigt après la mort, le 14 février à Lyon, de Quentin Deranque, un militant identitaire, La France insoumise dénonce une “diabolisation”. Porte-t-elle à vos yeux une forme de responsabilité dans les causes de cette violence ?

Un déchaînement de violence de cette nature sort ses auteurs de l’arc républicain. Rien ne justifie une telle violence. Dans le débat public, on assiste à une montée en tension de la confrontation instrumentalisée, et ce climat m’inquiète profondément. Les politiques ont une responsabilité immense, par leurs paroles et par leurs actes ! Faire de l’outrance une méthode est à l’opposé de la conception que je me fais de la politique. Ce climat, par ses provocations et ses méthodes trumpistes, Rachida Dati l’alimente également.

Qu’en est-il du parti de Jean-Luc Mélenchon ?

Quand Jean-Luc Mélenchon écrit un texte sur moi me qualifiant “d’infâme”, je considère qu’on sort du registre de la confrontation politique saine. De même pour Sophia Chikirou, la candidate de LFI aux municipales à Paris, avec ses propos outranciers réguliers. À force de théoriser le conflit permanent, la guerre arrive en conséquence. Je suis très mal à l’aise avec ce registre rhétorique et, peut-être, idéologique.

L'union de la gauche peut-elle encore comprendre La France insoumise ?

Je partage l’aspiration à l’unité d’une grande part du peuple de gauche. Mais la lecture communautaire et les méthodes des élus de La France insoumise me sont insupportables, et rendent impossible l’union avec eux. Le populisme qu’ils nourrissent est une forme réinventée de la lutte des classes qui ne s’appuie plus sur un rapport de forces économiques, mais sur une confrontation communautaire. C’est un danger immense. Je le combattrai toujours, car il est aux antipodes de mes convictions et de mes valeurs. 

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