Depuis décembre 2025, une centaine de cas de dermatophilose ont été recensés en Europe, principalement chez des hommes ayant une sexualité gay ou bi. De quoi réveiller le souvenir de l'épidémie de mpox de 2022. D'autant que les deux maladies ont hérité de surnoms peu rassurants : "variole du singe" pour la première, "gale de boue" pour la nouvelle. Mais pas de panique, on vous explique.
Son nom n'aide pas à garder son calme. La dermatophilose, parfois appelée "gale de boue" dans le monde vétérinaire, est pourtant une infection bactérienne et non une gale, qui est une maladie parasitaire. Habituellement observée chez les animaux, elle peut être transmise à l'humain lors de contacts avec ceux-ci : plusieurs cas ont ainsi été décrits chez des agriculteurs.
Depuis la fin de l'année 2025, toutefois, près d'une centaine de cas ont été identifiés chez des hommes gays et bisexuels en Europe, suggérant une transmission entre humains. Selon un rapport publié ce mercredi 17 juin par le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), la plupart des personnes concernées avaient fréquenté des saunas dans les jours précédant l'apparition des symptômes. De quoi rappeler le scénario qui avait précédé l'épidémie de "monkeypox" ("variole du singe", rebaptisée mpox) qui avait touché les hommes gays et bi durant l'été 2022… Mais la comparaison s'arrête rapidement : il s'agit d'une infection bénigne, facilement traitable et dont la diffusion reste limitée à ce stade. Explications.
Qu’est-ce que la dermatophilose ?
La dermatophilose est une infection bactérienne cutanée due à la bactérie Dermatophilus congolensis. Elle est bien connue des vétérinaires car elle touche principalement les animaux, en particulier les bovins ou les chevaux exposés à des environnements humides. "Quelques cas de transmission de l’animal à l’humain, à la suite d’un contact identifié, avaient été décrits mais aucune contamination interhumaine n’avait jusque-là été mise en évidence", explique le Dr Maxime Bonjour, qui a identifié fin 2025 les premiers cas à Lyon, où il coordonne le CeGIDD de l’hôpital de la Croix-Rousse.
Les données recueillies en Espagne et en France, où 40 cas ont été recensés dans huit villes, suggèrent désormais une transmission entre humains. "La plupart des hommes concernés ont rapporté avoir fréquenté des saunas et y avoir eu des rapports sexuels", reprend le médecin de santé publique, qui précise aussitôt : "Ce n’est pas une maladie de sauna." Des cas ont en effet été observés chez des personnes n’ayant pas fréquenté ce type d'établissements, qui constituent surtout un environnement favorable en raison des contacts rapprochés et de l’humidité. L’ECDC rapporte également plusieurs cas en Norvège liés à la pratique d’arts martiaux, un autre contexte générant des contacts étroits.
La dermatophilose est-elle une IST ?
La transmission entre humains semblant se faire par contact étroit, cela inclut les relations sexuelles. En revanche, la dermatophilose ne semble pas se transmettre par les fluides sexuels mais par contact direct avec la peau. "On parle d’une pathologie dermatologique sexuellement transmissible par le contact peau à peau", précise le Dr Bonjour. Le préservatif ne constitue donc pas un moyen de prévention efficace contre cette infection. L’ECDC précise que la transmission via des surfaces contaminées, par exemple lors du partage de serviettes ou de linge, reste possible mais n’a pas été démontrée à ce jour.
Quels sont les symptômes de la maladie ?
Bénigne, la dermatophilose provoque des lésions cutanées pouvant ressembler à celles d’autres affections dermatologiques : croûtes, pustules ou papules. Celles-ci apparaissent généralement quelques jours après le contact et se situent le plus souvent au niveau du pubis, des testicules, de la verge ou de la région anale. Des lésions peuvent également être observées autour de la bouche, sur le torse, les bras, les fesses ou à l’intérieur des cuisses.
Ces lésions peuvent démanger, mais sont peu ou pas douloureuses et ne semblent pas laisser de cicatrices. "On ne recense pas de cas grave, ni même de passage aux urgences", souligne Maxime Bonjour. Dans les cas observés jusqu’à présent, la maladie ne s’accompagne généralement pas de symptômes généraux importants.
À ce stade, aucune forme plus sévère n’a été observée chez les personnes vivant avec le VIH sous traitement. Les chercheurs manquent toutefois encore de données concernant les personnes fortement immunodéprimées.
Comment soigne-t-on la dermatophilose ?
La dermatophilose se traite facilement. "Cette bactérie répond très bien aux antibiotiques comme l’amoxicilline", indique Maxime Bonjour. Dans certains cas, des traitements locaux peuvent même suffire. "Un de nos patients ne voulait pas d'antibiotiques et a uniquement bénéficié de soins antiseptiques locaux : les lésions ont elles aussi régressé", rapporte le médecin. L’ECDC mentionne également plusieurs cas de guérison spontanée.
Que faire en cas de symptômes ?
En cas d’apparition de boutons inhabituels, Maxime Bonjour recommande de consulter rapidement dans un CeGIDD ou un centre de santé sexuelle. Des prélèvements permettront de vérifier qu’il s’agit bien de Dermatophilus congolensis et non d’une autre affection cutanée ou d’une infection sexuellement transmissible (IST) nécessitant une prise en charge différente.
Comment prévenir l’infection ?
La prévention repose avant tout sur des mesures d’hygiène simples : éviter les contacts rapprochés avec des personnes présentant des lésions cutanées suspectes, ne pas partager serviettes ou linge de toilette, et se laver régulièrement les mains ainsi que les zones concernées à l’eau et au savon. Pour Maxime Bonjour, la situation ne justifie ni mesures exceptionnelles ni changements majeurs de comportement : "Il ne faut pas avoir peur d’aller à la piscine ou dans les saunas, à condition de respecter les règles d’hygiène habituelles."
Faut-il s'inquiéter d’une épidémie de dermatophilose ?
Pour Maxime Bonjour, la réponse est clairement non. "Nous ne sommes pas face à un scénario comparable à celui du mpox de 2022. Il s’agit d’une infection cutanée bénigne, facilement traitable et sans cas grave identifié à ce stade, rassure-t-il. Nous ne faisons pas non plus face à des pics épidémiques importants qui feraient craindre un emballement comparable à celui observé lors de l’épidémie de mpox."
Autrement dit, si cette infection mérite d’être surveillée et mieux documentée, les données disponibles ne suggèrent ni une forte gravité clinique ni une dynamique de transmission comparable à celle observée lors de l’épidémie de mpox de 2022. À ce stade, la dermatophilose apparaît davantage comme une infection émergente à surveiller que comme une nouvelle urgence sanitaire.
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