PHOTOS. Les nus fascinants de Thibault Gaëtan Dubroca

Ce jeune peintre et photographe marseillais signe des nus masculins sexuels ou poétiques. Il publie une partie de son travail sur Instagram malgré la censure du réseau social.

Thibault Gaëtan Dubroca est un jeune photographe de 28 ans. Il vit et travaille à Marseille. Ses nus masculins photographiés en pleine nature ou dans des espaces de désolation alimentent un compte instagram poétique et fascinant. Rencontre avec un photographe du désir et du délabrement.

Retrouvez quelques images de son travail à la fin de l’article 

D’ou viens-tu ?

Thibault Gaëtan Dubroca: Je suis né à Marseille et j’ai grandi dans dans une banlieue pavillonnaire du sud de la France. J’ai fait des études de stylisme et de photographie à Paris où j’ai vécu pendant sept ans avant de retrouver le soleil et les espaces vastes du sud. J’avais passé une équivalence pour rentrer aux beaux arts de Marseille mais j’y suis resté qu’un an.

Quelles sont tes influences photographiques ?

Des gens comme Nan Goldin, Robert Mapplethorpe, Peter Hujar, Wolfgang Tillmans, Antoine d’Agata, entre autres. Et la photographie de mode.

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Qualifierais-tu ton travail de queer ?

Disons que je ne m’encombre pas des diktats limitants insufflés par la société cis-hétéronormative.  Peut être qu’une partie de ma recherche est queer sans pour autant que j’en fasse mon fer de lance. Le moteur de ma production n’est pas éminemment politique. Pour le moment j’ai l’impression d’explorer en parallèle pas mal de pistes différentes.

Le qualifierais-tu d’érotique ?

Il y a une charge érotique importante dans une bonne partie des images que je fabrique, mais tout mon travail ne l’est pas.

« Mes modèles sont parfois des amis, des amants, des connaissances… »

Comment recrutes-tu tes modèles ?

Sans systématisme. Certains sont des amis, des amants, des connaissances… Parfois je propose à un inconnu repéré sur les réseaux sociaux de le photographier quand il y a chez lui quelque chose, dans sa plastique ou son attitude, qui m’intrigue ou me fascine. Parfois ce sont eux qui prennent contact avec moi car ils sont sensibles à mon travail.

Dans certaines images, on voit tes modèles en train de faire l’amour. Est-ce mis en scène ou parviens-tu à te faire oublier pendant qu’ils baisent ?

Ce sont des scènes de vie plutôt documentaires, je dirais. Sans laisser de côté l’esthétique. En plus des corps il y a des lumières, des décors singuliers qui me donnent envie ou non de dégainer mon appareil. Mais sans pour autant me faire oublier, je crois. C’est un moment de partage comme un autre avec ceux qui acceptent de se prêter au jeu.

Tu ne photographies que des corps masculins. Qu’est-ce qui te fascine chez eux ?

Ca n’a pas toujours été le cas, mais dernièrement oui. Mon désir me conduit instinctivement vers eux et je suis plus entouré d’hommes de manière générale. Pourtant il y a aussi des femmes et de personnes non-binaires que j’aimerais photographier mais qui ne le savent pas.

« On vit dans une société qui joue avec les codes sexuels pour vendre n’importe quoi mais qui, paradoxalement, est pudibonde, hyper moralisante et rigide sur la question de la sexualité. »

As-tu l’impression de vivre une période intéressante pour photographier des corps masculins ?

Il y a du bon comme du mauvais dans toute époque. Aujourd’hui avec les réseaux sociaux, le développement de la pornographie, on voit des hommes nus beaucoup plus facilement qu’avant. Certaines personnes prennent plaisir à se montrer et utilisent leur image de manière professionnelle et rentable, parfois pour flatter leur égo. Et puis, il y a ceux qui, comme moi, se foutent d’être habillés ou pas du moment que c’est bien fait.

Certains associent nudité à vulgarité. C’est ce qui se passe également avec la censure sur les réseaux sociaux, où par exemple le téton féminin est inévitablement associé à un caractère sexuel. On vit dans une société qui joue avec les codes sexuels pour vendre n’importe quoi mais qui, paradoxalement, est pudibonde, hyper moralisante et rigide sur la question de la sexualité.

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Tu vis comment la censure de la nudité sur instagram ?

Je la subis, je m’y contrains… Et je m’en accommode puisque j’y reste. L’an dernier, j’ai dû me recréer un nouveau compte car Instagram avait supprimé l’ancien.

Tu fais également de la peinture. Est-ce qu’une forme d’art prend le dessus sur l’autre ?

Je me remets de plus en plus à la peinture. J’ai l’impression d’être plus libre pour construire des images à travers ce médium. Mais j’envisage ces deux pratiques de manière complémentaire. Mes photographies servent de matériel de création pour mes peintures. Dernièrement je me suis mis à faire des collages à partir de plusieurs photos pour recréer des scènes. Pour l’instant ça prends des formes aléatoires. Le climat et les saisons influent aussi sur mes activités. L’hiver, je peins non-stop. Et à la belle saison j’ai tendance à plus vagabonder et faire des photos.

Des casses, des carcasses de voitures, des structures métalliques, des toits d’immeubles… Les corps que tu représentes sont souvent confrontés à l’urbanité ou à des espaces de désolation. Qu’est-ce qui te fascine dans ces lieux ?

Oui, ces éléments de décor occupent une place particulière dans ma recherche. J’aime l’esthétique des espaces sans qualité propre et des objets du XXème siècle. C’est un mélange de fausse nostalgie de l’époque mêlée à l’esthétique des lignes. En matière de design industriel, j’ai tendance à préférer cette époque à ce qui se fait actuellement. Je trouve les voitures qui remplissent nos rues aujourd’hui sacrément laides. Photographier ces objets en décomposition, c’est sorte de « memento mori » contemporain (une formule latine qui signifie « souviens-toi que tu vas mourir » et qui en art désigne souvent des natures mortes, parfois appelées « vanités », ndr) . C’est aussi un état des lieux de notre propension commune à occuper l’espace et négliger notre environnement au profit du progrès et de la croissance.

À part sur ton site est Instagram où peut-on voir tes oeuvres ?

Lors d’expositions occasionnelles. Et bientôt dans de petits lieux LGBTQIA+ à Paris. Lorsque j’expose je communique via mes comptes Instagram et Facebook. Et puis, il y a beaucoup d’images qu’on ne peut voir nulle part. Elles attendent une nouvelle édition papier. Notamment les images plus intimes qui prendront à mon sens toute leur valeur dans un beau livre objet plutôt que sur des écrans.

Comment vis-tu le confinement personnellement et artistiquement ?

Personnellement, je le vis bien, j’ai la chance d’habiter un appartement pas trop exigu et d’avoir une terrasse et un toit au soleil. J’essaie de mettre à profit cette solitude en faisant ce que je n’arrive pas à prendre le temps de faire en temps normal. Je m’impose une discipline quotidienne pour ne pas déprimer. Je fais des exercices de respiration, du yoga, du sport. J’écoute de la musique, je danse. J’écoute des conférences ou je regarde des documentaires en travaillant pour avoir un semblant de compagnie et m’éveiller à des thématiques éclectiques.

Retrouvez les œuvres de Thibault Gaëtan Dubroca sur son compte Instagram.

Crédits photos : Thibault Gaëtan Dubroca


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