Mariela Castro, fille de Cuba et militante LGBT
Opinions et débats

Mariela Castro, fille de Cuba et militante LGBT


Mariela Castro, la fille du président cubain Raul Castro, était de passage à Paris avec son mari, le photographe Paolo Titolo.

Celui-ci présente une exposition à la Maison Européenne de la Photographie (MEP) consacrée à la vie des trans cubaines, à retrouver dès lundi sur TÊTU. En exclusivité pour notre magazine, nous avons rencontré Mariela et Paolo ; elle, militante des droits LGBT depuis sa jeunesse, et lui, photographe engagé.

TÊTU | Paolo, vous semblez avoir découvert les questions LGBT par le biais de Mariela qui est à la tête du CENESEX (Centre National d’Education Sexuelle). Est-ce bien le cas ?

Paolo Titolo – Oui. On ne peut jamais mener un combat aussi intéressant et qui demande autant de temps sans le soutien de la famille.

Mariela Castro – Mes enfants ont connu mon engagement depuis le plus jeune âge. Au fur et à mesure que je suis parvenue à faire des recherches, j’ai créé un dialogue à la maison sur ces questions. Quand je préparais un débat ou une conférence, mes enfants venaient m’aider à faire des dessins. Paolo aussi s’occupait du Power Point de la conférence. Jusqu’au moment où j’ai proposé à Paolo d’adhérer à la cause par le biais de son travail artistique.

Vous avez organisé la plus grande marche contre l’homophobie de l’histoire de Cuba en mai 2016.

Oui, et l’an prochain ce sera le dixième anniversaire donc on espère que toutes les activités auront un nombre de participants important. Nous organisons cette Marche autour de la Journée mondiale contre l’homophobie, les activités ont lieu à la Havane mais aussi dans tout le pays.

Quelles sont les réactions des gens ?

Beaucoup de gens disent que c’est juste et d’autres trouvent ça bizarre… Il y a des collègues du Centre qui vont recueillir les opinions des gens. Certains disent encore « On préfère qu’ils restent à leur place et nous à la nôtre ». Mais je crois qu’il y a de plus en plus d’acceptation.

Pourquoi la question du mariage pour tous n’est-elle pas encore réglée alors que vous militez ardemment depuis de nombreuses années, y compris auprès de votre père ?

Le Parti a pris la température à l’Assemblée nationale. Ils attendent toujours qu’il y ait un maximum d’avis favorables. Je pense que le moment est presque venu : il y a beaucoup d’opinions pour. Nous ferons une révision de la Constitution en 2018.

Comment sont perçues les personnes trans ? Jusqu’à présent nous avons plutôt parlé des gays et des lesbiennes…

Paolo – En tant que communauté, les femmes trans restent marginalisées, les gens les regardent encore comme un phénomène de cirque. Quand j’ai commencé à travailler sur Cuba en 1994 j’ai fait des photos dans un show de travesties. Aujourd’hui, plusieurs personnes qui le souhaitent ont pu se faire opérer grâce à la politique qui a été mise en place à Cuba.

Les personnes peuvent-elles changer leurs papiers d’identité ? Ce n’est pas le cas en France.

Non. Mais dans les années 90 quand j’ai connu Cuba, il y avait très peu d’espace pour exprimer l’identité trans. Aujourd’hui elles prennent le bus et peuvent travailler. Il y a peu de crimes transphobes à Cuba, pour deux raisons : l’ouverture des Cubains et le travail du CENESEX. Un travail qui a pour objectif la lutte pour les droits des minorités sexuelles. Quand on travaille pour les droits des gays on le fait aussi pour les trans et aussi pour les femmes. A la différence d’autres pays, comme le CENESEX s’occupe des trans, la société les identifie à la communauté LGBT.

Pouvez-vous nous parler de votre thèse sur les droits des trans, Mariela ?

Mariela – Je l’ai validée il y a deux ans. Je voulais faire mon doctorat autour de l’éducation mais finalement dans la sociologie j’ai trouvé tous les outils pour pouvoir donner un socle théorique à la cause trans. J’ai travaillé sur une stratégie d’intégration sociale des trans dans onze domaines différents de la société cubaine. Le secteur où les trans sont le mieux acceptées ici, c’est dans le domaine de la santé.

Vous ne parlez en revanche pas du tout des hommes trans. Pourquoi ?

Paolo – Il y en avait trop peu pour pouvoir les inclure dans un travail photo… Je ne sais pas pourquoi.

Mariela – Je n’en connais que quatre qui se sont rapprochés du Centre.

Mariela Castro

Dans vos photos, Paolo, vous avez choisi de montrer des personnes qui en sont à des étapes différentes de leur transition, ou qui choisissent d’être opérées ou pas.

Paolo – Le rôle social de la photo, c’est de communiquer et de transmettre des valeurs esthétiques pour une communauté marginalisée. Montrer leur univers quotidien. On voit souvent leurs corps nus car ils expriment la fierté qu’elles ressentent dans ce processus de transformation corporelle.

J’ai entendu dire que Mariela vous avait encouragé à vous inspirer de Rembrandt et du Caravage…

A la base je voulais faire un travail beaucoup plus provoquant. Je voulais les entourer de cadres travaillés dorés comme si c’était le portrait de reines ou de princesses. Surtout pour donner un produit esthétique total et montrer la beauté des personnes trans. Je voulais montrer qu’elles n’étaient pas déguisées, dans leur quotidien, avec leur garde-robe, leurs outils quotidiens. Finalement mon travail je crois exprime cette fierté.

Mariela – Quand j’ai demandé à mon mari un soutien photographique, je lui ai demandé que ce soit dans cet esprit, cette beauté, cette lumière. Comme il s’agissait d’un portrait de reine, même si c’était la personne la plus humble du monde, la postière, la laitière, je trouve que le résultat ressemble à ce que j’imaginais.

Ont-elles vu les photos ?

Paolo – Oui ! Nous avons fait une très grande exposition à la Havane pendant les journées de lutte contre l’homophobie. Elles étaient toutes là, l’expérience était magnifique car elles se retrouvaient intégrées. Le seul souci que j’avais c’était leur opinion d’elles sur la photo. Elles se sont senties devenir les protagonistes d’un événement artistique.

Mariela, racontez-nous votre rencontre avec Christiane Taubira.

Mariela – C’était pendant la visite de François Hollande à Cuba l’année dernière. J’avais été invitée à un déjeuner officiel et j’ai été placée à côté de Christiane Taubira. J’ai adoré la rencontrer. Je lui ai demandé comment s’étaient passés les débats à l’Assemblée sur le mariage pour tous. A Cuba on avait été impactés par les réactions anti mariage pour tous, je les ai trouvées absurdes. Christiane m’a avoué qu’elle n’avait jamais imaginé qu’elle entendrait des choses aussi terribles, elle ne s’attendait pas à ce que certains députés puissent exprimer des choses publiquement qui soient aussi terribles.

 

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Crédit photo couverture Yann Pedler

  • Nicolas Pirone

    C’est bien de le savoir : du moment qu’on le brosse dans le sens du poil (et qu’on encense Tatie Christiane), « Têtu » est prêt à cirer les pompes de n’importe quelle dictature. Les milliers de victimes du castrisme (parmi lesquelles des prêtres, des opposants politiques, des homosexuels, comme le poète Reinaldo Arenas) « Têtu » s’assied dessus -et trouve ça bon….
    Après tout, que tonton Fidel et papa Raul aient joué les tortionnaires, ça n’émeut pas Mariela, alors pourquoi « Têtu » devrait s’émouvoir ?
    Prévenez-nous quand même quand « Têtu » fera de la pub au neveu d’Amin Dada ou au petit frère de Kim Jung-Hun (on a compris qu’avec vous, il suffit de se faire passer pour gay-friendly !….)

    • benji

      Vous n’avez pas compris, nous sommes en 2016. Cuba a fait des concessions. Cuba s’ouvre ! Ceci dit, je vous rejoins pour dire que l’interview est assez complaisante.

      • Nicolas Pirone

        C’est bien ce que je disais : il suffirait que la Corée du Nord autorise une gay pride à Pyongyang pour que « Têtu » lui décerne le statut de pays ouvert qui fait des concessions. Quand on est capable de penser comme ça, ça fout les jetons.

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