édito12 vœux queers pour une bonne année 2024

Par têtu· le 01/01/2024
Sydney Gay and Lesbian Mardi Gras Parade in Sydney on February 25, 2023.

Adieu 2023, il est venu le temps des vœux pour une bonne année 2024 ! Et parce qu'il est toujours permis d'être optimiste, têtu· forme douze souhaits pour une année plus douce, et donc plus queer.

Un·e PM queer

L'année politique 2024 promet de démarrer sur les chapeaux de roue, en particulier pour l'exécutif. Et si Élisabeth Borne est une grande habituée des rumeurs incessantes sur son remplacement à Matignon, cette fois-ci pourrait être la bonne. Après l'adoption par 49-3 de la réforme très contestée des retraites, la deuxième Première ministre de l'histoire de la Ve République a fini l'année 2023 avec une nouvelle crise politique, ouverte par l'adoption de la loi immigration avec le soutien de l'extrême droite. Emmanuel Macron aura sans doute besoin de sang neuf pour terminer son dernier mandat… L'an dernier, têtu· formait le vœu de sorties du placard au gouvernement, exaucé par Olivier Dussopt puis par Sarah El Haïry qui ont complété le club des ministres out avec Franck Riester, Clément Beaune et Gabriel Attal. Alors cette année, soyons fous, imaginons carrément un·e chef·fe du gouvernement LGBT ! Attention, ce vœu de principe ne vaut soutien pour aucun des ministres gays actuels.

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La fin de Trump

2024 est une année présidentielle outre-Atlantique. Et voilà qu'une deuxième vague Trump se profile à l'horizon, alors que la première n'a pas fini de produire ses effets : libération dans les États conservateurs d'une parole politique LGBTphobe, qui donne lieu concrètement à de multiples lois anti-LGBT, et reculs du droit à l'avortement permis par une Cour suprême remaniée par l'ancien président… Pourtant, et malgré son départ catastrophique marqué par l'invasion violente du Capitole, Donald Trump a encore toutes ses chances, selon les sondages, de revenir à la Maison-Blanche. Un rêve pour le lobby réac international, un cauchemar pour les femmes et les minorités. Encore lui faut-il rester éligible, or 2024 est aussi une année judiciaire pour Donald Trump…

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La GPA pour toustes

C'est l'objet d'un gros dossier dans le magazine têtu· de l'hiver : il est temps d'ouvrir un débat éclairé sur la légalisation en France de la gestation pour autrui (GPA). Cette technique de procréation assistée ne présente pas de problèmes moraux supplémentaires par rapport à l’adoption et à la PMA. Et la crainte d’une "marchandisation du corps des femmes" a été résolue par de nombreux pays. Bref, une GPA éthique est possible, à nous d'en créer les conditions… ce qui nécessitera une bonne dose de courage politique.

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Des chars à la Pride

C'est pas qu'on s'est ennuyé, à la Pride 2023 sans chars, mais un peu quand même. Il n'y a qu'à lire vos commentaires suscités par notre article concernant la rumeur – démentie – d'une annulation de l'édition 2024 dans la capitale pour cause de JO de Paris : "Cool, on va pouvoir à nouveau s'ennuyer dans un cortège sans chars !", "En même temps si elle doit être sans âme comme celle de 2023 il vaut sans doute mieux l'annuler…", "On veut surtout le retour des chars", etc. Le vœu semble donc être assez largement partagé : rendez-nous les chars, et l'alliance fête-luttes qui a toujours défini nos marches des Fiertés !

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Une médaille d'or queer aux JO

Pour les Jeux olympiques de Paris, cet été, notre vœu tient en une phrase : plus loin, plus haut, plus queer !

Des chants homophiles dans les stades

Les supporters de football manquent décidément d'imagination. Depuis des années qu'on leur explique la portée homophobe de bien des chants entonnés dans les stades, le phénomène se reproduit de match en match, "pédés" et "enculés" semblant être deux indémodables dans la bouche de tout crétin qui se respecte. Les sanctions insuffisantes et l'incapacité de la justice à se saisir du phénomène poussent à trouver nous-mêmes la solution : pourquoi ne pas réécrire lesdits chants ? Simplissime, en remplaçant "enculés" par "enfoirés" ou "pédés" par "bébés", ou pourquoi pas "dadais"… De là à écrire des hymnes homophiles, il n'y a qu'un pas : à vos claviers !

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Des coming out au cinéma

Muriel Robin a eu raison de mettre les pieds dans le plat cette année : si l'on regrette régulièrement, à juste titre, le manque de représentation gay dans le football de haut niveau (cf. nos vœux pour 2023), le haut du panier dans le cinéma n'est guère plus avancé. "Citez-moi au monde un acteur ou une actrice qui a fait une grande carrière quand il est homosexuel, il n'y en a pas", avait défié l'humoriste, ajoutant connaître ces "acteurs homos français qui se taisent, sinon on ne leur mettra plus jamais une femme dans les bras". Et la comédienne lesbienne de conclure : "Cela veut dire que quand on est homosexuelle, on n'est pas désirable, on n'est pas pénétrable". Si la nouvelle génération d'acteurs et actrices compte plusieurs noms out, le travail reste à faire pour les stars les plus installées.

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Des dons pour la PMA

Depuis deux ans que la procréation médicalement assistée (PMA) est ouverte aux femmes célibataires et aux couples de femmes, le problème est récurrent : faute de dons de spermatozoïdes et ovocytes en nombre suffisant face à une demande en hausse, les délais d'attente s'allongent sans cesse. Selon la dernière communication de l’Agence de biomédecine, le 14 décembre, le délai moyen pour une PMA avec don de spermatozoïdes s'est allongé à 15,8 mois au premier semestre 2023, contre 14,4 mois au second semestre 2022. Pour une PMA avec don d’ovocytes, il est passé de 23 à 23,8 mois entre le second semestre 2022 et le premier semestre 2023. Depuis le mois d'octobre jusqu'à janvier 2024, l'Agence a lancé une campagne grand public destinée à recruter rapidement et massivement de nouveaux donneurs de gamètes, sous le mot d'ordre : #FaitesDesParents !

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Le changement de genre à l'état civil

Cela fait déjà plusieurs années que têtu· le réclame, en chœur avec les associations concernées : la France s'honorerait à permettre enfin le changement d'état civil sur simple déclaration à l'état civil. Pour obtenir un changement de prénom à l'heure actuelle, il faut se rendre à la mairie et encore justifier auprès d’un officier d’état civil de "l’intérêt légitime" de la démarche. Cette année, l'Espagne a voté une loi de simplification, rejoignant le Danemark. Et en France c'est pour quand ?

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Foucault au Panthéon

2024, c'est l'année Foucault ! Après Proust en 2022 puis Cocteau, Wittig et Colette en 2023, cette année marque les 30 ans de la disparition du philosophe, parmi les plus importants de la deuxième moitié du XXe siècle. Ouvertement gay, il apporta son soutien à la presse communautaire dès la création de Gai Pied, fondé par Jean Le Bitoux en 1979, et défendit l'idée d'un mode de vie gay interrogeant les normes, le pouvoir et le désir. Parmi ses principales œuvres, Histoire de la folie à l'âge classique (1964), Surveiller et punir (1975) et Histoire de la sexualité (1976). Après sa mort du sida en 1994, son compagnon Daniel Defert crée l'association Aides, qui fête cette année ses 40 ans et joue aux côtés d'Act Up un rôle central dans la lutte contre le VIH. Daniel Defert, lui, nous a quittés cette année. Un philosophe majeur et un grand militant de la lutte contre le sida : le Panthéon pourrait leur faire de la place pour deux…

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Un duo Lil Nas X-Troye Sivan

C'est en assistant cette année au virage cul assumé du twink blond que l'idée est née, comme une évidence : à quand un duo avec le power bottom revendiqué du rap américain ? Si Lil Nas X s'est fait plus discret en 2023, le jeune homme en a encore sous la pédale, et Troye Sivan a déjà parlé de lui, dans une interview au Guardian, se disant "si inspiré par la façon dont il n'avait pas du tout peur de prendre de la place"… Dans l'un de ses clips, par exemple ?

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La disparition du site Coco

On vous en a parlé plusieurs fois, notamment au printemps dans notre dossier sur les guets-apens homophobes : le site Coco, repaire de mecs désireux de rencontres discrètes, est abonné à la rubrique faits divers des journaux, son nom revenant dans de nombreux dossiers d'agressions visant des hommes gays. Cette année, un amendement visant à bannir des réseaux sociaux les auteurs de pièges tendus sur internet a échoué à l'Assemblée, puis l'appel de SOS homophobie pour que des mesures soient prises, éventuellement d'interdiction, est resté sans réponse du gouvernement… En 2024 peut-être ?

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Crédit photo : Saeed Khan / AFP