Rémi :
Témoignages

Rémi : "À Gaylib, je soutiens Alain Juppé. C'est un compromis"


Rémi Guastalli est Parisien et centriste convaincu. Depuis plusieurs mois, il est aussi le président délégué de l’association Gaylib qui réunit des LGBT de droite et du centre-droit. Présentations.

Pour moi, le centre, c’est l’Europe. Je viens d’une famille à 0% française : mon père est Italien et ma mère est Portugaise. Et pour moi c’est une évidence. Je me sens fédéraliste plus que jamais. J’ai envie d’avancer et de dire qu’une frontière c’est quelque chose de vraiment désuet en Europe aujourd’hui.

Vous l’aurez compris, Rémi Guastalli a le cœur au centre de l’échiquier politique. A 26 ans, ce grand jeune homme a déjà sept ans d’activité partisane derrière lui : d’abord militant au sein des Jeunes Européens, il rentre au Nouveau Centre en 2009, participe à la campagne de François Bayrou en 2012, et rejoint le Parti radical au sein d’un mouvement créé la même année : l’Union des Démocrates et des Indépendants.

Certains amis ont toujours vu l’UDI comme une curiosité de ma part. J’ai évolué dans un milieu amical et scolaire plutôt à gauche, donc j’ai toujours été habitué à être le centriste un peu seul, et je me rends compte que je ne suis pas du tout seul au final.

« Quand on est pour la liberté, ça vaut pour le privé et le public »

Un choix curieux en effet quand on connaît l’hostilité historique de la droite et du centre-droit contre les minorités. Mais Rémi voit les choses différemment. Diplômé en sciences politiques et juridiques européennes, il mêle au libéralisme économique bien connu du centre-droit un libéralisme sociétal. « Car pour moi c’est tout à fait clair. Quand on est pour la liberté, ça rentre à la fois dans le privé et dans la vie publique. »

Lorsqu’il rejoint l’UDI, Rémi a d’ailleurs déjà croisé la route du seul mouvement politique qui défende à la fois une idéologie de droite et l’égalité des droits entre homos et hétéros. A l’époque, Gaylib est un satellite de l’UMP qui peine à se faire entendre auprès des cadres du parti, et qui ne fait pas vibrer l’âme centriste de Rémi. Mais en 2013, « c’est le point de rupture ». Face aux couleuvres de Nicolas Sarkozy et à l’impossibilité d’un mariage pour tous porté par la droite, Gaylib se détache de l’Union pour un mouvement populaire, et se rattache à l’UDI. Rémi prend aussitôt sa carte, rentre au Conseil d’administration en 2015, puis devient président délégué en début d’année 2016.

Aujourd’hui je pense qu’il n’y a aucun problème à être centriste, de centre-droite ou de droite et être une personne LGBT. A l’époque où a été fondée Gaylib en 2001, c’était encore un peu plus osé. C’est deux ans après le Pacs, après qu’une députée UDF a brandi la Bible en pleine Assemblée nationale [Christine Boutin, ndlr]. Donc je pense aussi que l’origine de Gaylib c’est assumer qu’on peut ne pas être issu d’une famille nucléaire, de ne pas suivre un dogme de vie particulier, et être toute de même une personne normale.

« On est homosexuel, on doit être de gauche. Cette automaticité m’exaspère »

Troquant le rouge de l’UMP pour le violet du centre, Gaylib continue d’avoir des liens épisodiques avec certains élus LR « car il n’y a rien à notre droite comme asso LGBT, et parce qu’ils nous font confiance pour notre expertise politique sur les sujets LGBT ». Rémi n’est pas peu fier d’affirmer que « la tête directrice de l’UDI est favorable au droit des personnes LGBT » puisque Jean-Christophe Lagarde, son président, Yves Jégo, son vice-président, et Chantal Jouanno, sa porte-parole, ont voté pour le mariage et l’adoption pour tous en 2013, à contre-courant des autres parlementaires de l’UDI.

“Etre LGBT et centriste ou de droite, c’est quelque chose. Mais venir d’un quartier populaire et être de droite, c’est pire encore. Alors venir d’un quartier populaire, être blanc, et être de droite… J’ai été très longtemps catégorisé comme le facho de service ! Mais moi je trouve que la gauche a fait beaucoup de mal dans ces quartiers, y compris dans le quartier du vingtième arrondissement d’où je viens” se défend Rémi quand on lui pose la sempiternelle question de savoir pourquoi il vote au centre alors qu’il est homo.

Je ne comprend pas pourquoi on doit être automatiquement de gauche. On est homosexuel, on doit être de gauche. On est issu d’une minorité visible, on doit être de gauche. Moi cette automaticité vraiment m’exaspère parce que tout n’est pas rose.

Si on donne à quelqu’un le droit d’exister pour son orientation sexuelle ou son identité, pourquoi on ne le laisserait pas exister pour ses opinions politiques ?

« Il y a en a marre que le PS utilise les sujets des LGBT comme des étendards de bonne conscience »

Bien qu’il reconnaisse que Christiane Taubira a « apporté une certaine poésie à la politique », Rémi est persuadé que le débat a été volontairement traîné par le gouvernement pour faire oublier d’autres sujets alors que « la France est un pays qui n’est profondément pas homophobe » :

Quand je vois la façon dont le Parti socialiste a traité les LGBT en 2013 puis en 2015 et encore en 2016, il y en a marre. Marre que le PS utilise les sujets des LGBT comme des étendards pour se donner bonne conscience mais qui en aucun cas ne va au fond des choses pour améliorer le quotidien des personnes lesbiennes, gays, bis et trans.

En tête, Rémi pense à la PMA pour toutes, qui n’a pas été votée malgré une large majorité socialiste favorable à son ouverture. Mais aussi aux difficultés d’adoption hors des familles déjà existantes. Et surtout, à la déjudiciarisation manquée du changement d’état civil pour les trans. Des revendications finalement similaires à toute association LGBT de l’Hexagone.

« Alain Juppé, c’est un choix de compromis »

Pourtant, l’ancrage politique de Gaylib et de ses adhérents ne convient pas à tous dans le paysage associatif, et surtout pas à la grande majorité des assos LGBT. En 2009, le char de Gaylib est pris pour cible par Act Up-Paris et les Panthères roses, et contraint de quitter le convoi. Direction la queue de cortège pour ne pas ralentir la Marche des fiertés. Sept ans plus tard, Rémi est toujours surpris de voir « l’intolérance envers Gaylib ou les personnes du centre. Nous sommes centristes, nous avons tourné la page de la période UMP pour fuir le conservatisme et la droitisation constante, nous avons écrit un autre chapitre. Et en rejoignant l’UDI, on a redonné du sens à Gaylib : gay et libéral. »

Fidèle aux consignes de la fédération centriste, Rémi soutient donc Alain Juppé, même s’il est conscient qu’il n’est pas le candidat le plus gay-friendly aux primaires de la droite. Surtout par rapport à une certaine Nathalie Kosciusko-Morizet, seule favorable à la procréation médicalement assistée pour les femmes célibataires et les couples lesbiens.

Naturellement j’ai hésité longtemps, comme beaucoup. Mais je pense que l’intérêt de la nation c’est de se réunir autour de quelqu’un avant de pouvoir conduire d’autres débats sur les personnes LGBT. Je sais qu’avec Nathalie on pourra aller beaucoup plus loin, mais avec Alain, c’est un choix de compromis. Je pense qu’il y a un devoir de consolidation et d’apaisement de la société française et qu’il est la bonne personne pour ça.

« Je suis sorti avec des anarchistes, des écologistes, des conservateurs… »

Alors que la victoire d’un Donald Trump renforce le spectre d’une victoire de Marine Le Pen en 2017, Rémi conteste toute explosion du vote frontiste chez les gays, et surtout, toute connexion entre le FN et Gaylib, soupçonnée depuis que l’un des cofondateur du mouvement a rejoint les rangs lepénistes.

Est-ce qu’au final les LGBT ne seraient pas des personnes comme les autres ? Qui voteraient aux extrêmes quand ils sont désespérés et vers les partis modérés voire progressistes quand ils ne le sont pas ?

Moi je suis sorti avec des anarchistes, avec des écologistes, avec des conservateurs… et aujourd’hui mon conjoint n’est pas encarté.  Mais j’ai toujours été interloqué par ces mecs qui mettaient « pas d’UMP, pas de FN » sur leur profil Grindr. Une fois j’ai demandé « Je suis à l’UDI, est-ce que ça marche ? » Je n’ai pas eu de réponse !

Le souvenir des « bons pères de familles poussant les barrières des manifestations avec leurs poussettes » et des élus de droite et du centre agités derrière les drapeaux de la Manif pour tous en tête; les élections présidentielles à l’horizon… On serait tenté de demander à Rémi s’il n’a jamais douté de son engagement.

Je pense que je n’ai jamais autant douté en politique. Mais pas sur mes convictions. C’est plutôt une anxiété sur « comment la France, l’Europe et le monde vont évoluer. » Est-ce que cela vient du fait que je prenne de l’âge ? Je pense que certaines choses vont de pire en pire… Je suis dans une véritable incertitude. Mais je suis ferme sur mes convictions : je suis libéral, je suis fédéraliste et je suis humaniste.

D’ailleurs, il rêve de voir un jour un député UDI ouvertement gay se présenter à l’Assemblée. Qui sait ?

 

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