Photographie : Sept années de
Culture

Photographie : Sept années de "vagabondage au masculin" par Sean Patrick Watters


Dès aujourd’hui, l’artiste américain Sean Patrick Watters expose à Paris soixante-douze photographies tirées de son « Vagabondage au masculin ». En voici un avant-goût…

Sean Patrick Watters vagabondage au masculin
Julian Smokes ©Sean Patrick Watters

 

Un thème d’exposition promesse de promenades, entre les corps, les visages, les rues, les parcours de vie… Les rues sont celles du quartier d’Harlem à New York, où celui qui est né dans le Kentucky à la fin des années 60 a élu domicile. Les corps et les visages, ceux d’hommes rencontrés au hasard et à qui il a demandé de poser après avoir écouté leurs histoires.

Avant un shooting, j’ai besoin de discuter avec les gens. De leurs buts, de ce qui les énervent, de ce qui les motivent. Je les questionne sur leur famille, leurs histoires d’amour, sur ce qu’ils font dans la vie. Quand tu interroges les gens de cette façon, ils en disent bien plus que ce que tu veux savoir. Tu rentres dans leur tête.

Sean Patrick Watters vagabondage au masculin
Harlem ©Sean Patrick Watters

 

Sean Patrick Watters a quitté sa carrière de danseur pour se consacrer à la photographie, après une tournée de plusieurs mois durant laquelle il a sillonné les États-Unis. De la danse, il a gardé dans son art l’amour du corps, délesté de ses artifices et de sa théâtralité. Ses photographies, prises à la lumière naturelle qui se déverse depuis la fenêtre de son appartement new-yorkais, jouent de pudeur et de sensualité. Privilège pour le noir et blanc, qui pare d’un clair-obscur velouté l’épiderme et les émotions de ses modèles. Des compositions chiadées, poétiques, authentiques réunies ce week-end dans l’exposition « I have a tale to tell » (« j’ai une histoire à raconter »).

Souvent, on est nu avec quelqu’un d’autre, ou après un entraînement de sport. Mais être nu devant un autre homme, surtout si tu n’es pas gay, ça peut rendre très mal à l’aise. Je voulais capturer cet inconfort, je voulais que mes modèles m’expliquent pourquoi ils n’étaient pas à l’aise. C’est souvent comme ça qu’ils commencent à se dévoiler.

Sean Patrick Watters vagabondage au masculin
Nightengale ©Sean Patrick Watters

 

Un appartement donnant sur l’Empire State Building, vidé de ses meubles mais pas de son propriétaire, un ami de l’artiste qui pose nu devant la flèche du gratte-ciel. Tel est le premier cliché de Sean Patrick Harris exposé à Paris à la demande de René-Julien Praz qui rassemble chaque année les œuvres de centaines d’artistes au bénéfice de la lutte contre le sida lors des soirées Art is Hope. « Vu le nombre de mails qu’il m’avait envoyé, j’ai presque cru à une sorte de pervers ! » confie en riant Sean Patrick Watters, qui accepta volontiers l’invitation ; au début des années 1990, il a aidé le mari d’une amie, séropositif, dans les gestes du quotidien.

Quatre ans plus tard, ses œuvres servent de nouveau la lutte contre le sida sous la direction de René-Julien Praz, architecte de cette exposition. Le bénéfice des ventes permettra au fonds de dotation LINK de financer les programmes « SPOT » de l’association AIDES : des espaces communautaires de santé sexuelle inspirés du modèle anglosaxon, réunissant infirmières, médecins, accompagnateurs, etc.

Sean Patrick Watters vagabondage au masculin
Nick and Borris ©Sean Patrick Watters

 

Sur les murs blanc de la fondation EDF trônent ainsi soixante-douze tirages uniques capturés entre 2010 et 2017, et autant d’anecdotes que le commissaire comme l’artiste aiment à raconter. Un père de famille à la musculature d’Apollon, un couple de voisins posant sur les marches de l’immeuble qui les abrite tous les trois, un jeune de bonne famille qui multiplie tatouages et bijoux gothiques, un homme qui refusa de poser jusqu’à ce que son ami accepte de se glisser nu au pied de la photographie, un doigt d’honneur capturé en 2011 mais réactualisé en un clin d’œil au président américain grâce au titre « Trump you! », un papillon posé sur une main durant la Gay Pride new-yorkaise de 2014 et qui rappela à Sean Patrick sa propre mère, un jeune homme de 19 ans photographié à Paris, les bras croisés et une cigarette entre les doigts…

J’ai besoin de cette vulnérabilité que l’on dégage lorsque l’on est nu.

Sean Patrick Watters vagabondage au masculin
Stijn’s Hands ©Sean Patrick Watters

 

Plusieurs de ses modèles – dont beaucoup sont Parisiens – sont depuis devenus de célèbres mannequins. Le nom de Sean Patrick Watters, qui signe aussi les shootings de mode des plus grands magazines, renforce sa place dans l’univers des galeries. Cette automne, l’artiste exposera à Los Angeles sous un titre qui rend hommage aux vocalises de Judy Garland et, si la rumeur dit vrai, à la genèse du drapeau arc-en-ciel inventé par Gilbert Baker : « Over the rainbow ».

 

I have a tale to tell, photography by Sean Patrick Watters

Exposition-vente au bénéfice de LINK (fonds de dotation contre le sida) pour AIDES

Espace de la Fondation EDF, 6 rue Récamier 75007

Du vendredi 21 au dimanche 23 avril 2017 / Entrée libre de 12h à 19h

 

Retrouvez le travail de Sean Patrick Watters sur son site officiel. Le catalogue de l’exposition est consultable ici.

 

Couverture : ASJ ©Sean Patrick Watters

  • Daniel PETIT

    Tout d’abord bravo à TÊTU d’avoir remis debout le magazine ! J’adore les images cultires ( ex port folio ) . Il manque une application widget dur Androïd !
    Ici la première photo me parle de part la culture du corps masculin et la culture par le livre et de la fumée qui s’en échappe de plaisir comme pour une cigarette sans conséquences néfastes pour la santé mais en ressortir instruit et ça se voit !

    • yves Bourel

      Je vous le dis franchement : Têtu pas plus que Garçon magazine n’ont d’avenir tant qu’il ne couperont pas avec la pub, les modes, les égos, le culte du corps et une esthétique puérile, une légereté de ton qui confine au babillage…. Retrouvez l’esprit de Gai pied, construisez autour de la connaissance, de la culture, de l’art, de l’histoire du monde homosexuel , ce qui permettrait aux nouvelles générations de se construire solidement. A bien des égards et contrairement aux apparences, j’ai le sentiment d’une régression de la communauté gay même si nos droits se sont élargis. J’ai 61 ans et j’ai tj vécu librement. Mes histoires adolescentes (ou plutôt mon histoire d’amour) me semble à cent lieux de ce que j’ai pu lire dans les livres récents d’Edouard Louis (Pour en finir avec Eddy Bellegueule) ou de Philippe Besson (Arrêtes avec tes mensonges). Pour finir, je vous livre cette pensée de Daniel Guérin que les jeunes et moins jeunes gays seraient bien inspirés de méditer.
      « L’émancipation récente, la commercialisation de l’homosexualité, la poursuite superficielle du plaisir pour le plaisir ont engendré toute une génération d’éphèbes gay, foncièrement apolitiques, raffolant des gadgets stimulants, frivoles, inconsistants, inaptes à toute réflexion profonde, incultes, tout juste bons pour une drague au jour le jour, pourris par une presse spécialisée et la multiplicité des lieux de rencontre… En un mot à cent lieux de toute lutte des classes, même si leur bourse est dégarnie. »

      • Daniel

        il y a une certaine vérité dans ce que vous dites mais comment faire marche arrière dans une société complètement à côté de la plaque ? Les gens aujourd’hui sont entourés de faussaires et de paillettes , si je puisse dire mais la réalité est bien autre chose , c’est certain et c’est la loi du loup qui mange le loup donc nous sommes dans une vie faite de moutons dont je suis obligé de suivre la même directive , à moins de devenir anarchiste mais pourquoi pas après tout !?…

  • Pouic Pouic

    remettre le magazine sur pied c’est une chose,quid des abonnés qui se sont fait avoir?

  • Pouic Pouic

    remettre le magazine sur pied c’est une chose,quid des abonnés qui se sont fait avoir?

ads