Cette série photo célèbre l'alliance vibrante des identités queer et africaines
Culture

Cette série photo célèbre l'alliance vibrante des identités queer et africaines


Par ses portraits flamboyants, Mikael Owunna veut chambarder le mythe charrié par des siècles de politiques coloniales qui voudrait que cultures LGBTQ et africaines ne sont pas compatibles.

 

Mikael Owunna Limit(less)
Taib – Queer Ethiopian-Kenyan – Shot in Canada ©Mikael Owunna
Mikael Owunna Limit(less)
Netsie – Queer Ethiopian-Namibian ©Mikael Owunna
Mikael Owunna Limit(less)
Kaamila – Queer Somali – Shot in USA ©Mikael Owunna

 

« Je suis queer, Nigerian et Suédois et j’ai grandi aux États-Unis. » Aujourd’hui, Mikael Owunna n’hésite pas une seconde avant d’énoncer ces adjectifs les uns après les autres. Il a accepté ce métissage, malgré l’hostilité de sa famille qui s’éveille dès ses 15 ans, âge de son outing, contre ce premier qualificatif : queer. Les voyages au pays, deux fois par an, pour étouffer son homosexualité sont suivis d’une série d’exorcismes pendant les vacances de Noël, confie-t-il à nos confrères de Yagg; comme si une facette identitaire devait en chasser une autre.

« Il n’y a pas de lieux sûrs pour les LGBT Africains »

« Le mythe selon lequel être LGBTQ est anti-africain trouve ses racines dans la colonialisation », dénonce à TÊTU l’artiste qui cite en exemple les missionnaires religieux, les législations européennes, mais aussi les théories de Richard Burton qui, en voulant réduire les personnes africaines au statut animal, les réduisit par la même occasion aux seuls élans hétérosexuels alors pensés comme « naturels ». Cette fracture montée de toute pièce, renforcée par la dernière arrivée de pasteurs et imams conservateurs dans certaines communautés africaines, empoisonne les relations familiales comme la recherche identitaire. « Nous, les personnes LGBT de couleur, faisons face à un sérieux racisme à cause de cet héritage. Il n’y a pas de lieu sûr pour nous. »

« Je n’avais encore jamais vu de personne queer africaine »

Pendant une année, Mikael Owunna a vécu au sein d’un village aborigène de Taiwan, apprenant à des jeunes à se saisir de la photographie comme d’un outil au service de la fierté culturelle au sein des communautés marginalisées; un étage entier du National Taiwan Museum fut consacré à sa série « I am Atayal! ». En 2013, à la vue des portraits de lesbiennes sud-africaines capturées par Zanele Muholi, son nouveau sujet photo lui tombe dessus :

Je n’avais jamais vu la moindre représentation d’une personne queer africaine jusqu’à cet instant – j’étais tellement ému. Ça m’a donné envie de relier les points de ma propre expérience de diaspora.

Mikael Owunna s’est entretenu avec une quarantaine de personnes de son entourage concernée par cette intersectionnalité des luttes. Une idée a éclos dans la bouche de son amie Terna : pourquoi ne pas créer un genre de « tapisserie queer africaine » mettant en avant chaque personne dans plusieurs tenues et selon plusieurs postures ?

J’ai appris que pour beaucoup de personnes, la mode et le style vestimentaire étaient une manière de s’affirmer face à un monde qui cherche à nier leur existence.

 

Mikael Owunna Limit(less)
Tyler – Queer Kenyan-Somali – Shot in Canada ©Mikael Owunna
Mikael Owunna Limit(less)
Juliet – Queer Ugandan-Rwandan – Shot in Sweden ©Mikael Owunna
Mikael Owunna Limit(less)
Em – Trans Nigerian – Shot in USA ©Mikael Owunna
Mikael Owunna Limit(less)
Yahya – Queer Moroccan – Shot in USA ©Mikael Owunna

 

À travers sa série Limit(less), Mikael Owunna explore la manière dont ses modèles parviennent à vivre pleinement en tant qu’Africain·e·s et queer, en dépit des limites imposées par la société. Les couleurs, les poses, les tenues et leur emplacement – tout est destiné à exalter l’individu.

Je pense que beaucoup d’images de personnes LGBT africaines se focalisent sur la douleur. Mais nos histoires sont tellement plus que ça. Mon travail communique sur cette autre facette : l’amour-propre et la brillante expression de soi.

Pourtant, dans cette quête de l’auto-représentation qui utilise à la fois le shooting photo et l’entretien individuel, très peu d’étiquettes « lesbienne » et « gay » fleurissent. « J’ai simplement demandé à chaque personne comment elle s’identifiait et c’est intéressant de voir à quel point de plus en plus – en particulier les jeunes LGBT de couleurs – rejettent les étiquettes « gay » et « lesbienne » au profit du terme « queer », en particulier les Américains, les Canadiens, et des nombreux Européens anglophones. Ça reflète aussi un changement générationnel. »

 

Mikael Owunna Limit(less)
Odera – Queer Nigerian – Shot in USA ©Mikael Owunna
« J’aime me demander : quelle tenue va m’aider à débloquer une divinité qui vit à l’intérieur de moi ? »

 

Mikael Owunna Limit(less)
©Mikael Owunna
Terna est bisexuelle. Elle qualifie son style de « néo-musulman »; elle additionne couvre-chef, tuniques longues et leggings, à des cheveux courts, des lunettes noires sur le nez et des chapelets autour du cou. « Je pense que les gens ont du mal à me lire ».

 

Mikael Owunna Limit(less)
©Mikael Owunna
Wiilo a fui la guerre civile somalienne avec sa famille. Iel a grandi dans la banlieue de Toronto au Canada. Son style a été décrit par ses proches comme celui d’un vieil oncle Somalien, et iel aime à penser qu’iel est vêtue comme ses parents auraient pu l’être dans les années 70 et 80.
« Dire de quelque chose que c’est anti-africain c’est comme dire qu’un kaléidoscope ne peut avoir qu’une seule couleur. »

 

Mikael Owunna Limit(less)
Brian – Queer Rwandan – Shot in Canada ©Mikael Owunna
« Lorsque j’ai décidé d’accepter mon identité LGBTQ, j’ai inconsciemment renié mon identité africaine. Je me suis retrouvé à devenir ce que beaucoup appellent un “Bounty”. (…) Et un jour je me suis demandé pourquoi ne pas accepter et embrasser ces deux identités, juste pour essayer. Je ne me suis jamais senti aussi complet et confortable dans ma peau. »

 

« Ce fut difficile de porter ce projet tout seul. Mais j’ai appris à m’aimer, et à me considérer avec bien plus de tendresse », constate désormais l’artiste qui poursuit sa tournée mondiale en Europe. L’automne 2017 accueillera ses pérégrinations en Belgique, en France, au Royaume-Uni, au Portugal et en Suède. Si son projet vous intéresse, n’hésitez pas à entrer en contact avec lui à limitlessafricans@gmail.com.

 

Retrouvez le travail de Mikael Owunna sur son site officiel, le site de sa série Limit(less) ou sur son compte Instagram.

  • Helene Hazera

    Pourquoi les non conformistes de genre africains non anglophones devraient utiliser des concepts anglophones des universités américaines? Par exemple les gorrediggen du Sénégal (« homme-femme ») existent depuis toujours.Ici ce qu’on gagne en identité LGBT on le perd en américanisation.

  • Helene Hazera

    Pourquoi les non conformistes de genre africains non anglophones devraient utiliser des concepts anglophones des universités américaines? Par exemple les gorrediggen du Sénégal (« homme-femme ») existent depuis toujours.Ici ce qu’on gagne en identité LGBT on le perd en américanisation.

ads