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Mélodie Lauret : « Je parle d’amour donc je parle d’homosexualité »

Nouveau nom de la chanson française, Mélodie Lauret vient de sortir son tout premier EP, "23h38". TÊTU a rencontré cette artiste dont l'univers queer, poétique et féministe, risque de faire parler.

Mélodie Lauret, c'est une voix envoûtante et des textes bruts. Son EP, "23h28", sorti le 29 novembre dernier, nous entrouvre les portes d'un univers mélancolique qui mêle variété française à la chanson urbaine. Une petite perle sans aucun artifice, dont cette artiste ouvertement lesbienne, à la fois chanteuse et comédienne, vient nous raconter les coulisses.

Tu viens de sortir ton tout premier EP. Comment tu te sens ? 

Bien ! J'avais peur d'avoir fait quelque chose de tellement personnel que ça ne puisse pas parler à d'autres gens. C'est toujours très nouveau tout ça pour moi donc chaque mot a de l'importance. C'est toujours hyper flatteur de voir des gens que je ne connais pas qui sont touchés par ce que je fais. Et puis les réactions sont chouettes dans plusieurs médias, donc ça va !

Tu as commencé au théâtre. Comment s’est fait le lien vers la musique ? C’était naturel ? 

Avec le théâtre ce qui me plaisait vraiment c’était d’être sur scène. Très vite avec des cours, j’ai vraiment cherché le plus de moyens possibles d’exploiter la scène et mes émotions. Donc j’ai fait un peu de comédie musicale, j’ai fait des concerts dans mon lycée. Au début, je voyais plus la musique comme quelque chose d’intime car j’en faisais seule dans ma chambre et c’était pas quelque chose que je partageais beaucoup. Vers mes 15 ans, j’ai créé un groupe de musique et là je me suis rendu compte que ça me plaisait beaucoup. Suite à notre séparation, j’ai commencé à écrire et composer mes propres chansons. Et là ça a été le déclic. 

Ta manière d'écrire est très instantanée. Où puises-tu ton inspiration ?

Je cherche vraiment dans mon quotidien et mes émotions. Très souvent ce sont des choses très immédiates et très spontanées. Il peut se passer des semaines où je n’écris rien et d’autres où je peux composer une vingtaine de chansons. C’est vraiment une histoire d’émotions, de mon rapport aux gens. Et souvent quand il ne se passe rien, j’ai une phrase qui tourne dans ma tête et je sais que cette phrase là va me donner quelque chose.

Il y a très peu de chansons où je reviens dessus après coup. Celles que j’ai le plus réussies c’est vraiment celles que j’ai écrites en deux secondes. Typiquement, “23h28” a été écrite en cinq minutes. J’avais la phrase "23h28 il est trop tôt pour qu’on se quitte" et à partir de là tout a été fluide. 

 

Comment est-ce que tu définirais ton univers musical ? 

C’est assez compliqué. Je trouve qu’on a tendance à mettre des mots qui restreignent beaucoup les choses et j'ai surtout l’impression que lorsqu’on chante en français, il y a un truc où on appartient à la seule catégorie de “chanson française”. Sauf que ça englobe un peu tout et n’importe quoi. Du coup, j’ai toujours du mal à définir ce que je fais. Je sais juste que je prône au maximum l’authenticité et le fait d’avoir quelque chose de brut qui touche directement les émotions. 

Au lieu de chanter, tu parles parfois dans tes chansons. Pourquoi ?

Il y a des textes où j’ai envie d’être plus bavarde comme “Elles avaient quinze ans” où je me place un peu comme une conteuse., alors qu’il y a d’autres productions où il y a moins de mots mais qui laissent une plus grande place à la musique. Et puis, le fait de parler touche plus intimement les gens, j’ai l’impression. Alors que quand tu chantes, il y a une distance qui s’installe car la musique est là pour couvrir les silences. 

C'est parce que tu aimes les silences que tu parles beaucoup de la nuit dans ce disque ?

La nuit un moment que je trouve hyper intéressant et plein de paradoxes. Il y a effectivement quelque chose de très calme car il n’y a plus cette effervescence de la journée et tout ce qu’on a vécu dans le jour redescend... Mais on cogite, et les idées viennent plus facilement à ce moment là. La nuit a aussi une dimension hyper intime. Le jour on voit les gens qu’on doit voir et la nuit on voit les gens qu’on veut voir. 

Les gens qu'on aime en définitive. Et tu chantes beaucoup l'amour. Comment as-tu trouvé la manière d'en parler ?

J'essaie de le chanter de la manière la plus sincère qu’il soit. C’est un sujet tellement universel mais pourtant chaque histoire d’amour, chaque rencontre sera différente pour tout le monde. On peut donc très bien parler d’amour de la même manière, on ne parlera jamais de la même chose.. Il m’est arrivé d’avoir envie d’écrire LA chanson d’amour, genre “La Vie en rose” d'Edith Piaf. Mais je me suis dit qu’en fait ça ne marchait pas car je ne le vivais pas et par conséquent, ça n’allait pas être honnête. 

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Dans le clip de "23h28", tu mets en scène un amour lesbien, comme tu le fais dans le texte de la chanson "elles avaient quinze ans". C’est important de montrer ton identité queer ? 

Je ne me suis jamais dit que j’écrivais une chanson lesbienne, j’ai juste écrit une chanson à moi avec des choses qui m’appartiennent. Donc oui, je suis une personne lesbienne donc à partir de ce moment là, évidemment que je ne vais pas mettre un mec avec moi dans le clip. Mais j’ai juste envie qu’on se dise que c’est une chanson d’amour et que c’est quelque chose de normal. 

Est-ce que tu as eu peur de l’assumer en tant que jeune artiste dans le milieu de la musique ? 

J’y ai pas tellement réfléchi… Il y a des gens qui m’ont dit qu’en parlant de meufs, j’excluais des gens. Mais moi je me suis dit que j’étais exclue de la vie alors... Tout est tellement hétéronormé et cisnormé que je ne peux écouter aucune chanson d’amour, voire aucun film… Du coup, j’ai même pas pensé à avoir peur. C’est un "risque" que je veux prendre car j’existe comme ça et je n’ai pas envie de la cacher. 

Plusieurs chanteuses ont récemment parlé publiquement (et musicalement) de leur homosexualité, comme Pomme ou Hoshi. Qu'en penses-tu ?

Je suis hyper fière de voir des artistes comme Pomme ou Hoshi prendre la parole sur les sujets LGBT+. Mais j’ai choisi de prendre une voie moins directe. Je parle d’amour donc je parle d’homosexualité mais je ne parle pas d’homosexualité parce que je parle d’amour. J’ai plutôt voulu banaliser les relations homosexuelles, plus que revendiquer quelque chose. Pour autant, je ne perds jamais de vue la cause, et je sais qu'en tant qu'artiste femme, lesbienne et gender fluid, j'ai un rôle à jouer, car on a jamais assez de représentations. 

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La cause LGBT, mais aussi la cause féministe, que tu revendiques. Quelle est ta définition de ce mot ? 

Ce mot j’ai l’impression qu’il englobe tout et rien à la fois. Pour moi le féminisme doit être intersectionnel et si on se revendique féministe il faut qu’on puisse militer et représenter autant les meufs cis que les meufs trans’ que les meufs lesbiennes, voilées ou noires. On oublie souvent le nombre de femmes qu’englobe le féminisme et il ne faut pas exclure des femmes de notre lutte.

Par exemple quand il y a des manifs, on voit des slogans qui parlent de clitoris avec des dessins. C’est super car on en parlait pas il y a encore quelques années mais en même temps, il ne faut pas oublier qu’il y a des meufs qui n’ont pas de clitoris car elles ont été excisées ou que ce sont des meufs trans... On ne peut pas se limiter à ça. 

Quels sont tes projets pour la suite ? Quelles sont les phrases ou les mots qui volettent dans tes pensées en ce moment ? 

Je prépare un spectacle un peu hybride qui va mêler chanson et théâtre. Et en ce moment, il y a un truc que j’aimerais écrire sur la notion du matin. Et aussi encore des chansons d’amour car ça c’est mon sujet inépuisable.

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Crédit photo : Sarah Balhadere


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