Mastercard : « Lorsque Mastercard s’engage en faveur des droits LGBT+, ce n’est pas à moitié »

Geoffroy Seghetti, directeur marketing et communication de Mastercard pour l’Europe de l’Ouest, présente le programme permettant aux personnes trans et non-binaires de choisir le nom inscrit sur leur carte de paiement.

En 2019, Mastercard défilait lors de la Marche des fiertés. Certains ont critiqué qu’une marque se mette ainsi en avant...

Lorsque Mastercard s’engage en faveur des droits LGBT+, ce n’est pas à moitié. L’Inter-LGBT, qui organise la Marche et fait très attention à ce qu’un partenaire ne fasse pas de pinkwashing, a évalué le sérieux de notre projet. À notre échelle, on peut participer à faire bouger les lignes. Quand on organise un char, on invite tous nos salariés à défiler et on sensibilise nos collaborateurs. Je n’avais pas anticipé la réaction de certains collègues, surpris par la charge émotionnelle des trois minutes de silence observées en hommage aux victimes du VIH. J’ai pu notamment leur expliquer ce que le sida représente pour la communauté et les pousser à s’interroger sur leurs représentations, et ce pour en faire des alliés.

“On appelle les banques à rejoindre notre réflexion sur les sujets LGBT+”

Quand Mastercard défile, est-ce qu’elle dit haut et fort “nous voulons la PMA, pas dans cinq ans, mais maintenant” ?

Quand on marche, on signe le mot d’ordre. Le contraire n’aurait aucun sens. Cela fait partie de notre engagement.

Avec la crise économique liée au coronavirus, votre participation financière aux causes LGBT-friendly sera-t-elle remise en question ?

On s’est engagé à être partenaire de la prochaine Marche, on ne va pas revenir dessus. Quand on prend la décision de s’engager, on s’inscrit dans un temps long. Il n’y a pas de démarche opportuniste de notre part.

Comment, en interne, Mastercard œuvre-t-elle pour inclure les personnes LGBT+ ?

Mastercard invite ses salariés à s’emparer de causes. C’est comme cela que j’ai pu cocréer le réseau Pride. Notre objectif initial était de créer un environnement serein où chacun pourrait parler de sujets que l’on ne souhaite pas nécessairement aborder avec les ressources humaines, son manager ou ses collègues. C’est plus facile d’avoir une discussion avec quelqu’un qui a vécu la même chose que nous.

Vous annoncez le déploiement du programme True Name, en France et en Europe de l’Ouest. En quoi cela consiste-t-il ?

True Name, c’est un appel à nos partenaires européens ainsi qu’aux banques à rejoindre notre réflexion sur les sujets LGBT+. Il y a des difficultés autour des patronymes sur les cartes de paiement. C’est quelque chose de très problématique dans le quotidien d’une personne trans de voir son dead name [le prénom attribué à la naissance quand la personne en a changé] inscrit sur sa carte. C’est la même chose pour une personne non-binaire sur les questions d’identité de genre. On s’est rendu compte que rien n’interdit de laisser la libre détermination de l’expression du genre, du nom et du prénom qui sont sur la carte, à condition que les règles légales de vérification de l’identité du client soient respectées.

Quels sont vos objectifs ?

Aux États-Unis, les premières cartes créées sous le programme True Name ont été distribuées cette année. J’espère que d’ici la fin de l’année ce sera le cas en France. Les entreprises font partie de la société et sont un vecteur de stabilité lorsqu’il s’agit des droits, on ne revient pas dessus. Ce qui n’est pas nécessairement le cas des États.

En France, les grandes entreprises rechignent encore à se positionner sur les questions LGBT+. C’est un terrain à conquérir ?

C’est le sens de notre participation à la Pride. Je suis persuadé que plus on en parlera, plus ce sera un non-sujet. Personnellement, j’ai un enfant. Quand je suis arrivé chez Mastercard, j’étais marié à une femme. Et puis il y a eu un changement majeur dans ma vie. Un jour, j’ai dit à mes collègues que je vi- vais avec un homme, et rien n’a changé. Depuis, je suis plus serein au travail et je n’ai plus à utiliser de stratégies d’évitement pour ne pas raconter mes week- ends avec l’homme que j’aime. J’ai pu le faire parce que je savais mon environnement bienveillant.


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