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InfluenceurQui est Simon Vendeme, le jeune youtubeur out and proud ?

Par Florian Ques le 24/09/2020
simon vendeme

À 20 ans, ce jeune vidéaste pansexuel espère faire évoluer les mentalités et se placer comme une figure inspirante pour ses jeunes abonné·e·s. Rencontre.

"Mon coming out a mal tourné", voilà le titre du post le plus visionné de Simon Vendeme sur YouTube. Parue au printemps 2018, la vidéo affiche désormais plus de 240.000 vues au compteur. "C'est clairement celle qui m'a propulsé au début, reconnaît le jeune créateur de contenus, de passage chez TÊTU. J'y expliquais d'ailleurs pourquoi j'étais contre le principe du coming out car, pour moi, ça représente une inégalité entre les hétéros et les personnes LGBT+. Maintenant, on voit les gens s'assumer sans passer par cette case-là".

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Crédit photo : @JeremyLouie

Du placard à YouTube

Avant d'accumuler près de 32.000 followers sur la plateforme de vidéos, Simon grandit à Chalon-sur-Saône, une ville qu'il qualifie volontiers de "pas très ouverte à la différence", voire "un peu conservatrice". Malgré le fait qu'il soit bien dans ses baskets concernant sa sexualité, ça n'a pas toujours été le cas. "J'essayais vachement de me masculiniser, de rentrer dans un moule, atteste-t-il avec un semblant de recul. Je voulais trop jouer au bad boy et au final, ça m'a joué des tours".

Arrive ensuite son fameux coming out, celui qu'il raconte dans la vidéo suscitée… et qu'il n'avait surtout pas anticipé. Simon Vendeme fait référence à une "histoire lycéenne" avec un camarade "qui ne s'assume toujours pas à l'heure actuelle". Après cette vidéo, il est victime de harcèlement et la police est contrainte d'intervenir, et donc d'alerter ses parents. "J'ai été obligé de leur dire mais ça s'est très bien passé", assure-t-il aujourd'hui. C'est donc durant son année de terminale que le vidéaste bisexuel sort du placard. Et inaugure, dans la foulée, son aventure YouTube.

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Crédit photo : @jeremielouie via Instagram

"J'ai des angoisses et des passions", nous explique tout de go Simon lorsqu'on lui demande ce qui l'a motivé à se lancer. D'une part, il évoque des névroses personnelles, des peurs quant à la société contemporaine, s'inquiétant des "discriminations et de la malveillance entre les gens". Côté passions, il mentionne un intérêt précoce pour la photographie "et pour tout ce qui est artistique". À ses yeux, YouTube s'impose alors comme le croisement idéal.

Paris, l'épanouissement

Depuis ses débuts, s'enchaînent une multitude de vidéos : des challenges, des mises au point, des FAQ où il répond sans filtre aux questions de ses abonné·e·s… Et si une majorité de ses contenus adopte une tonalité légère et bon enfant, les motivations de Simon Vendeme sont, elles, bien plus sérieuses. "J'ai toujours voulu que ça devienne quelque chose d'un peu professionnel, qui puisse générer des revenus, confie-t-il. Tout en soutenant mes valeurs. De par ce que j'ai vécu, je veux essayer de changer les choses pour que d'autres n'aient pas à vivre ces choses-là".

Le baccalauréat en poche, le youtubeur pose ses valises à Lyon dans un premier temps. "Pour mes études, se défend-il. Mais au fond de moi, je savais que c'était plutôt pour mon épanouissement personnel". Aujourd'hui, il vadrouille beaucoup et se retrouve fréquemment à errer dans les artères de la capitale, là où réside son petit ami Snake. "Depuis que je viens régulièrement à Paris, ça m'ouvre encore plus et le fait de côtoyer des milieux queers ou bien celui du voguing me fait beaucoup évoluer". Un mieux-être qui se répercute sur son apparence.

"Je suis quelqu'un de très libre dans ma tête donc je veux aussi l'être dans mes vêtements, garantit le vidéaste, des lunettes de soleil impeccables perchées sur son nez et un sac-à-main fuchsia collé à sa hanche. De plus en plus, mon style évolue vers quelque chose de plus gender fluid". Il n'hésite pas non plus à se maquiller, "chose que je peux faire maintenant sans problème". Il y a d'ailleurs un tabou que Simon Vendeme n'a pas eu peur de briser : la perte de cheveux.

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En juin dernier, le youtubeur poste une vidéo où il se confie sur l'alopécie dont il souffre. Il s'agit d'une accélération de la chute des cheveux, généralement liée à l'anxiété. "Cette maladie m'a miné pendant longtemps, nous explique Simon. On le voit dans mes premières vidéos, je portais souvent des casquettes et des bobs". La perte capillaire est un sujet délicat chez les hommes, souvent à l'origine de complexes et de non-dits. Et ça, le vidéaste refuse catégoriquement. "Je me suis dit que ça ne servait à rien d'entretenir ce tabou et de se mentir à soi-même, justifie-t-il. On est nombreux à avoir ce genre de problème donc c'était normal pour moi d'en parler".

 

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Le virage OnlyFans

Mais si ce contenu-là lui aura valu un flot d'attention, ce n'était rien comparé à son arrivée sur OnlyFans. Il y a presque deux mois, Simon Vendeme fait une infidélité à YouTube pour se lancer sur la nouvelle plateforme de contenus dont tout le monde parle. Pour lui, c'était une manière de contrôler son image. "Ça faisait longtemps que je voulais faire ça car je suis vraiment à l'aise avec mon corps, détaille-t-il. De plus, je recevais des centaines de messages qui me faisaient des propositions, qui m'envoyaient des nudes... Maintenant, tous les gens qui n'étaient intéressés que par mon physique ont un endroit dédié, où ça leur plaît et où je suis à l'aise de faire ce que je fais".

Moyennant la somme de 15 euros environ par mois, ses followers accèdent à des contenus inédits. "Toujours dans le suggestif, rien de pornographique, assure le concerné. Ce n'est pas du tout ma voie de prédilection, bien que je respecte totalement les travailleurs du sexe". Une aventure fructueuse, au moins pour son compte bancaire. OnlyFans représente une nouvelle source de revenus, dont il reverse une partie à l'association Le Refuge qui aide les jeunes LGBT+.

L'arrivée de Simon Vendeme sur OnlyFans lui aura valu une médiatisation inouïe… et une déferlante de haters venus inonder ses DM. Cependant, il affirme encaisser "étonnamment bien" les messages dénigrants qui lui sont devenus monnaie courante. "Je me dis que ce qu'ils disent n'est pas fondé, déclare le jeune vidéaste. Ces personnes-là ne sont pas des personnes bienveillantes et elles ne sont probablement pas elles-mêmes épanouies". Non, Simon préfère focaliser son attention sur ses projets personnels.

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Car dans la tête de Simon Vendeme, ça bouillonne. Toujours stimulé par Instagram, YouTube et désormais OnlyFans, il s'est ouvert à d'autres perspectives. Il évoque, entre autres, "une télé-réalité autour des LGBT+, pour valoriser la diversité au sein de la communauté". Mais le youtubeur ne veut pas se coller d'étiquette queer et, pour ce faire, envisage "une voie plus ouverte au grand public". D'autres sujets l'intéressent, comme les sans-abris ou le féminisme. "J'ai envie de toucher une cible plus large sans pour autant oublier la communauté LGBT+, conclut-il. Car c'est ma communauté".

Crédit photo : @jeremielouie via Instagram