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Elisabeth MorenoAprès le #MeTooGay, comment faire évoluer l'accompagnement des victimes ?

Par Nicolas Scheffer le 08/02/2021
#MeTooGay

Le hashtag #MeTooGay a généré une vague de témoignages de victimes de viols et d'agressions sexuelles au sein de la communauté gay. Après la sidération de cette révélation, est-on prêt à faire évoluer l'accompagnement des victimes ?

Il fallait que la parole sorte. Le 21 janvier, Guillaume accuse un couple d'hommes de l'avoir violé et agressé sexuellement. Quelques heures plus tard, des milliers d'internautes lui emboitent le pas, dénonçant des violences dans la communauté gay, sous le hashtag #MeTooGay. La parole déferle, l'occurence du hashtag explose. "C’est la première fois que j’en parle". "En lisant vos témoignages je me rappelle que j'étais pas bien ce soir là, il le savait, il en a profité pour me faire venir chez lui". "Difficile de raconter mais c'est, je crois, nécessaire"...

Y aura-t-il un avant et un après #MeTooGay ? Seul l'avenir le dira. Une chose est sûre, les écrits témoignent d'un effet cliquet : aucun retour en arrière n'est possible. "On est là, on vous écoute, on vous croit. Et vous ne serez plus jamais seuls", a dit Emmanuel Macron dans une vidéo sur les violences sexuelles. Plus jamais ?

Une maigre réponse du gouvernement

Dans une interview à TÊTU, la ministre en charge de l'Égalité entre les femmes et les hommes, indique que la formation des policiers et des gendarmes est prioritaire. Deux nouveaux agents de liaisons vont être nommés à Lyon et à Montpellier pour renforcer les quatre déjà existants. L'exécutif a lancé un audit auprès des écoles sur la sensibilisation aux violences sexuelles. Et le gouvernement entend "davantage aider" les associations communautaires. "Nous ferons tout ce que nous pouvons pour que d’autres ne subissent pas ces violences. C’est atroce", dit la ministre.

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Une bien maigre réponse, selon les associations. "Tout le monde connaît la solution. Elle passe par la formation, notamment des agents de police et de gendarmerie. Maintenant, pour y parvenir rapidement, c'est une question de moyens financiers. Là aussi, les victimes du MeTooGay ont besoin du soutien du gouvernement", indique à TÊTU Matthieu Gatipon, porte-parole de l'Inter-LGBT+. Selon lui, six agents de liaison, c'est bien maigre pour recueillir les plaintes des personnes victimes de violences. "Il en faudrait au moins un par département", souffle-t-il.

"Témoigner sans judiciariser"

Car c'est bien le problème : les victimes n'ont pas confiance en la justice. Peut-être que l'après MeTooGay nécessite un changement structurel. "Mon client veut témoigner sans judiciariser. Comme beaucoup de victimes de violences sexuelles, on sait que c'est un système extrêmement violent pour les victimes. La société est beaucoup plus avancée que le Code Pénal", indique auprès de TÊTU Élodie Tuaillon, l'avocate de Guillaume, à l'origine du MeTooGay.

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De l'autre côté, le couple d'hommes, désigné comme violeurs,  espère qu'une procédure judiciaire lui permettra de donner sa version. "Nous contestons de toutes nos forces les accusations de viol. Twitter n'est pas le lieu pour gérer ce genre d'accusations. Ce genre d'affaire ne permet pas des raccourcis en quelques phrases", dit l'avocate du couple. "Il faudrait quelques personnes qui arrivent à passer le cap de la judiciarisation pour que des sanctions soient prononcées par un tribunal. Pour l'instant, la présomption d'innocence doit protéger les personnes désignées, tant qu'ils ne sont pas condamnés, ils ne sont pas responsables des actes qui leur sont reprochés", appuie Lucile Jomat, vice-présidente de SOS homophobie.

Le 3919 pour toutes les victimes ?

La vice-présidente de l'association de lutte contre les LGBTphobies regrette que la communication sur le 3919, la ligne d'écoute sur les violences conjugales, ne soit quasiment qu'à destination des femmes. "Tous les visuels montrent que les femmes sont victimes. Lorsqu'on est un homme ou une personne LGBTQI+, on ne sait pas si la personne en face est formée spécifiquement", explique-t-elle. "On a au moins besoin d'une communication qui permette de s'identifier à la victime sur les affiches", ajoute Lucile Jomat.

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Et pourquoi pas monter une association après le MeTooGay. "Les personnes qui ont lancé ce mouvement pourraient militer pour recueillir cette parole et créer un safe space pour qu'elle continue de se propager", lance la vice-présidente de SOS homophobie. Parce que, selon elle, certes, il faut accompagner les victimes pour qu'elles aillent porter plainte. Mais il faut surtout les aider à se construire autour de leur trauma.

"Un travail à faire sur soi et notre écoute"

Depuis, de nombreux hommes gay se posent des questions sur leur propre rapport au consentement. "Inévitablement, il y a un travail à faire sur nous-même et sur notre écoute. Je me demande quelle est la place de mes désirs et les pulsions par rapport à ceux des autres. Peut-être que notre génération va avoir une sexualité plus réfléchie que nos aînés. On a tous besoin d'une sexualité joyeuse dans un espace sécurisant", dit Marc-Antoine Bartoli, président de Act Up-Paris.

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Ce safe space, les associations réfléchissent au moyen de le recréer en manif. "Plusieurs témoignages montrent des attitudes problématiques en manifestation, notamment de mains aux fesses. Il faut qu'on fasse évoluer nos messages de ce côté-là et qu'on sensibilise au sein des manifs", poursuit Mathieu Gatipon. Il souhaite également que les bénévoles soient bien formés afin qu'ils puissent à leur tour sensibiliser leurs proches. Après tout, rappelle-t-il, les questionnements sur la notion de consentement sont encore très récents. Et ils ne font que commencer.

 

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