Culture

"Le Mari de mon frère", un manga gay grand public


Plébiscité au Japon, ce manga familial et pédagogique sur l’acceptation de l’homosexualité a débarqué en France le mois dernier.

Ce n’est ni dans la catégorie manga gay, ni dans celle des yaoi – ces œuvres relatant des romances entre hommes – mais bien dans la rubrique seinen et donc grand public que paraît ce nouveau venu dans l’univers de la bande dessinée nippone, publié depuis le mois de septembre par les éditions françaises Akata. Le Mari de mon frère, c’est le dernier manga d’un artiste gay japonais qui réalise ici un véritable coming-out. Car Gengoroh Tagame, son auteur, est davantage connu pour ses œuvres homo-érotiques que pour son militantisme LGBT.

Âgé de 52 ans, le mangaka dessine depuis les années 1980 pour les revues gays japonaises et s’est spécialisé dans l’univers sado-masochiste. C’est donc à la surprise générale qu’il consacre aujourd’hui sa plume à l’égalité des droits. Pour toucher le plus grand nombre et non pas seulement la population LGBT, il a ainsi troqué ses policiers vêtus de cuir pour un père de famille hétéro : Yaishi. Paisiblement installé avec sa fille Kana qu’il élève seul, celui-ci voit son quotidien bouleversé lorsque Mike Flanagan entre dans sa vie. Ce grand bear n’est autre que l’époux du frère jumeaux de Yaishi, Ryôji, décédé il y a peu. Ce n’est pas tant que ses habitudes soient bouleversé par l’arrivée de cet imposant canadien, mais ce sont surtout ses convictions, ou plutôt les questions qu’il ne s’était jamais posées sur l’homosexualité de son frère, la discrimination et la tolérance qui s’en trouvent agitées.

Le mari de mon frère manga

« Je ne peux pas juger… Car jusqu’à aujourd’hui, je n’y connaissais rien »

Grâce aux interrogations candides de sa fille Kana, Yaichi est peu à peu placé face à ses contradictions, et forcé de constater : « je ne peux pas juger… car jusqu’à aujourd’hui, je n’y connaissais rien ». A travers une narration simple parfois même un peu scolaire, les préjugés et l’homophobie quotidienne, intériorisée, sont mis à nus et bousculés. Alors que le Japon n’a pas légalisé le mariage des couples de même sexe – même si certaines villes commencent à reconnaître des unions civiles depuis 2015 -, Gengoroh Tagame utilise le « mariage pour tous » comme un point d’ancrage. Les « petites leçons de culture gay » sur l’histoire et la législation distillées par Mike Flanagan ne manquent pas d’ajouter une touche de culture LGBT à l’aventure.

Mais si Le Mari de mon frère fait mouche, c’est parce qu’au-delà de l’homosexualité, bien d’autres sujets de société innervent le manga. Puisque Mike Flanagan n’est pas seulement gay, il est aussi un gaijin, un étranger venu en pèlerinage sur l’île de son défunt mari pour goûter aux saveurs de la culture nippone. En toile de fond, c’est donc plus largement la société, le deuil, la vie de famille et l’acceptation de soi qui rythment le récit, pour former les contours d’une oeuvre complète, au message profondément humaniste.

Salué au Japon par le Prix d’Excellence lors de la 19ème édition du Japan Media Arts Festival, Le Mari de mon frère a déjà été réimprimé plus de sept fois en moins d’un an pour répondre à la demande des lecteurs japonais. Reste à découvrir l’accueil que lui réservera l’Hexagone.

 

Le mari de mon frère

par Gengoroh Tagame

3 tomes parus

Editions Akata

 

Pour en savoir plus :






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Couverture : OTOTO NO OTTO © Gengoroh Tagame 2014 / FUTABASHA PUBLISHERS LTD., Tokyo

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