« Nous devons dire Stop à l'humour homophobe ou transphobe »
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« Nous devons dire Stop à l'humour homophobe ou transphobe »


Dans une tribune sur le HuffPost, le militant et essayiste/historien Louis-George Tin demande « Que faut-il faire de Florent Peyre ? », artiste coutumier de l’humour homophobe et transphobe.

A-t-on l’indignation sélective, lorsqu’il s’agit d’humour homophobe et transphobe ? Alors que les méfaits de Cyril Hanouna ont – selon nous à juste titre – déchaîné les médias pendant des semaines, les attaques transphobes des « Grosses Têtes » menées par Laurent Ruquier à l’égard d’une artiste-imitatrice sont passées relativement inaperçues. Les sketchs discriminatoires, caricaturaux et répétés de Florent Peyre passent aussi sans trop de remous au nom de l’audience et du sacro-saint « on peut rire de tout ». Sérieux, l’humour est-il en passe de devenir la bonne excuse ? Sauf que c’est toujours sur les mêmes, en fait, que l’on « blague » : les gays, les trans, les femmes. Jamais de sketchs moquant les hommes, les hétérosexuels, les cisgenres : sont-ils moins drôles ? Certainement. Moins caricaturables ? Ne nous tentez pas… La preuve : Florent Peyre.

Dans une tribune sur le HuffPost, le militant et essayiste/historien Louis-George Tin rappelle les limites :

Le rire n’autorise pas tout, et les humoristes ne sont pas au-dessus des lois. La liberté d’expression, comme toute liberté, a des limites, clairement définies par le droit. Parmi ces limites figurent notamment, la diffamation, et l’incitation à la haine, raciale, homophobe etc. L’humour antisémite est antisémite. L’humour homophobe est homophobe. L’humour est même une des modalités les plus récurrentes de l’homophobie. Or l’homophobie est un délit.

Sommes-nous donc si habitués à ce que l’on se « moque » de nous que nous laissons passer davantage cet humour qui blesse ? Pourquoi toujours s’attaquer aux plus faibles plutôt qu’aux puissants (pour paraphraser La Fontaine) : faut-il y voir une facilité, un manque d’originalité, le rire facile plus que médecin (pour paraphraser Molière). Ne nous tentez pas. Des preuves ? Florent Peyre, on vous dit :

En 2015, il avait diffusé un clip intitulé « Travelo », parodiant Conchita Wurst, et dans lequel il déclarait : « Je suis une femme qui le vaut bien, j’ai la gaule du matin», «Profession camionneur, mais je ressemble à ta sœur, un homme pour de faux », ou encore « Je suis Monsieur, je suis Madame ». Face aux réactions suscitées par ces propos transphobes, il s’était excusé : « Si cette parodie a heurté la sensibilité de certains d’entre vous, j’en suis désolé », avait-il déclaré. Mais trois jours plus tard, il republiait ladite vidéo sur sa page Facebook, en indiquant : « à voir ou à revoir sans modération « . on connaît le proverbe : « errare humanum est, perseverare diabolicum ».

 

Il y a deux semaines, Florent Peyre a encore récidivé, rapporte Louis-Georges Tin dans sa tribune :

Invité dans l’émission d’Arthur, il a interpellé Jarry, l’une des personnes sur le plateau, homosexuel assumé. Tandis que l’animateur évoquait un manège pour enfants, Florent Peyre a déclaré : « Si Jarry travaillait dans une fête foraine il dirait :  »attrapez la queue du forain ». » En d’autres termes, Florent Peyre suggère que Jarry, qui est homosexuel, demanderait aux enfants de jouer avec le sexe du forain. La plaisanterie, évidemment odieuse, repose, on l’aura compris, sur l’amalgame  »classique » entre homosexualité et pédophilie.

 

Arthur est tenu par le CSA à une exigence de maîtrise de l’antenne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce ne fut pas le cas.

Quand il s’agit des personnes transgenres, c’est encore plus abject. Ce sont probablement les citoyens les plus discriminés, toutes catégories confondues. Les violences physiques contre ces citoyens sont très fréquentes. Des violences qui blessent et qui tuent. L’humoriste qui fait rire des puissants exerce une forme de résistance salutaire. Celui qui fait rire en ciblant les personnes les plus vulnérables est un lâche. Il hurle avec les loups, et croit qu’il lui sera loisible de cracher impunément sur les plus faibles. Et il le fait, il s’excuse, et recommence, « sans modération ».

 

Vraisemblablement, l’exemple de l’affaire « Cyril Hanouna » n’a servi à rien, régulièrement, on continue à entendre ces petites trouvailles qui font passer les homosexuels et les personnes trans pour pire que tout, des malades, des détraqués, des personnes dangereuses. « Mais c’est drôle ! » nous rétorque-t-on quand on s’offusque. C’est drôle, mais c’est illégal.

Tin rappelle que quelques artistes comme Anthony Kavanagh, Océane Rose Marie ou Shirley Souagnon, Vincent Dedienne par exemple « arrivent à parler d’homosexualité, sans sombrer dans l’homophobie, preuve que l’on peut aborder le sujet de manière drôle et intelligente. Mais tant d’autres gâchent leur talent (souvent réel) en le mêlant à l’immonde. Il faut mettre un terme à tout cela… »

Et si nous aussi, au lieu de trouver nos caricatures « drôles »,  nous prenions la conscience du mal qu’elles font. Les imitations de Michel Leeb sur les Noirs ont fermé le bal des sketchs racistes, depuis qu’on a compris qu’elles faisaient le lit des discriminations, sous le vernis de l’humour. Les humoristes (Catherine et Liliane, Vous les femmes, Bérengère Krief ou Constance…) se battent avec humour contre le sexisme… Les homos peuvent rire d’eux-mêmes, ils le font à longueur de journée, ils sont bien obligés s’ils veulent survivre, d’avoir un peu de dérision, mais faut-il vraiment accepter que l’on nous ressorte ad vitam « pour rigoler » que nous sommes des pédophiles en puissances, des dégénérés congénitaux, des sous-hommes et des sous-femmes, bref, tout ce qu’il y a vraiment de plus drôle…

« Stop à l’humour homophobe ou transphobe », de Florent Peyre et des autres. Et même du nôtre, tant qu’à faire…

 

NDLR : Louis-George Tin a fondé en 2005 la Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie et il est actuellement le président du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) et du cercle de réflexion République & Diversité, dont il est le fondateur. Il a notamment coordonné le Dictionnaire de l’homophobie et publié L’invention de la culture hétérosexuelle.

 

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  • Dams

    Je pense qu’il faut quand même arrêter de voir de l’homophobie et de la transphobie de partout. Je suis moi-même homo et certaines blagues me font rires, par contre Cyril Hanouna est un véritable abruti homophobe, ça oui, outé quelqu’un comme il l’a fait en direct, c’est n’importe quoi et il a été sanctionné à juste titre.
    Pour revenir à la parodie de Florent Peyre, on peut aussi y trouver des phrases telles que dès le début « c’est une façon de voir la vie, avec des seins et un zizi », plus tard « c’que vous pensez je m’en fous bien » et enfin « j’suis monsieur, j’suis madame, regarde, ce n’est pas un drame! » qui contredisent l’aspect transphobe de sa chanson.

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