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Marche des fiertésMontpellier peut-elle redevenir la ville la plus friendly de France ?

Par Nicolas Scheffer le 03/07/2020
Montpellier

Montpellier s'est choisi un nouveau maire : Michaël Delafosse, un ancien de l'équipe Mandroux qui a célébré le premier mariage homo. Un allié pour redonner ses lettres de noblesses LGBT+ friendly à la ville ?

Nos lecteurs l'avaient élue ville la plus friendly de France. En 2012, les chiffres parlaient d'eux-mêmes : 92% des votants jugeaient Montpellier plutôt ou très friendly, 90% étaient satisfaits des associations, 86% recommandent la ville, 77% n'y ont jamais vécu d'actes homophobes et 66% jugeaient l'attitude des commerçants friendly... Montpellier était alors un paradis pour la communauté LGBT+. Depuis, il semblerait que la "petite San Francisco" ait perdu de son prestige. "Alors qu'il y a une dizaine d'années, il y avait pléthore de lieux communautaires, c'est maintenant plus compliqué de trouver une soirée mousse", regrette un ancien montpelliérain qui revient régulièrement voir sa famille sur place.

À l'origine de cette réputation, une maire : Hélène Mandroux, qui a notamment célébré le premier mariage homo de France après avoir battu le pavé pour faire adopter la loi sur l'ouverture de l'union des couples de même sexe. En 2014, elle a été remplacée par Philippe Saurel (sans étiquette) qui n'a pas été réélu dimanche dernier. Ses détracteurs pointent que pendant son mandat, la vie LGBT+ a décliné à Montpellier. Et le 28 juin 2020, Michaël Delafosse, un écologiste qui fut membre de l'équipe Mandroux, a pris sa succession. Le retour de Montpellier comme capitale des LGBT+ ?

Un maire habitué des Pride

Oui, trois fois oui, à entendre Vincent Boileau-Autin. Le premier homo marié de France ne tarit pas d'éloges sur son nouveau maire qui, par ailleurs, était présent lors de la cérémonie. "Michaël Delafosse est un vrai allié de la communauté LGBT+, et depuis longtemps. D'ailleurs, cela fait 15 ans qu'il est de notre Marche des Fiertés", explique ce soutien assumé. C'est d'ailleurs Vincent Boileau-Autin qui fut pendant 12 ans à la tête de Fierté Montpellier Pride. À l'entendre, Montpellier est devenu la capitale LGBT+ grâce à l'enthousiasme de la maire de l'époque, Hélène Mandroux. "Il y avait une dynamique d'attractivité de la ville par le tourisme des LGBT+ avec la volonté de faire reconnaître Montpellier comme une ville friendly au niveau international", raconte-t-il.

Cela passe par des actes et des gestes forts. La maire célèbre le premier PACS en mairie, elle lance un "Appel de Montpellier" en 2009 pour la reconnaissance du mariage, elle modifie les formulaires scolaires pour donner une légitimité au parent social... C'est sous mandat également que la septième ville de France se porte candidate pour accueillir, en 2016, le Congrès mondial des Fiertés, alors même que cette année-là, la Pride avait dû être annulée après l'attentat de Nice. À la hâte, l'association organise un défilé. "Imaginez, une parade avec 25 délégations du monde entier, 15.000 personnes qui marchent sans musique pour revendiquer nos droits", se remémore l'organisateur.

Tramway arc-en-ciel et Manif Pour Tous

Un évènement qui n'aurait toutefois pas été possible sans l'accord de Philippe Saurel. Si ce dernier a souvent laissé son adjoint aux discriminations Jérémie Malek le représenter lors des Marches des Fiertés, son bilan sur les questions LGBT+ ne serait pas aussi sombre que ce que certains de ses détracteurs voudraient faire croire. En tout cas, c'est ce que martèle son ancien conseiller municipal.  "Sur notre territoire, une dizaine d'associations sont mobilisées pour défendre les droits des personnes LGBT+. On a été la première ville à hisser le drapeau arc-en-ciel sur le fronton de la mairie, on participe à la journée du 1er décembre (la journée mondiale de la lutte contre le VIH/Sida, ndlr), on met à disposition un grand jardin jusqu'à minuit le jour de la Pride", explique l'ancien adjoint. À son actif également, la signature de la charte de l'Autre Cercle pour donner de la visibilité aux personnes LGBT+. Surtout, l'année dernière, un tramway aux couleurs de l'arc-en-ciel avait sillonné la ville pendant deux semaines. Un symbole fort. "Je me félicite qu'il n'ait pas été détérioré", insiste Jérémie Malek, lui-même ouvertement homo.

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Des mesures d'affichage, pour ses opposants. "L'ancien maire était dans la polémique et l'outrance. Il a installé un climat délétère qui a percolé dans la ville. Il a quand même délégué à l'état civil une personne issue de la Manif pour tous", tacle Hervé Martin, un proche de Michaël Delafosse qui a été élu dans son sillage. L'équipe du nouveau maire promet donc de faciliter les démarches pour changer d'état civil, la réouverture d'une Maison de la prévention et un accès renforcé à la PrEP. Concernant les associations, "il faut leur redonner confiance. Ce sont elles qui font le boulot". En l'occurence, ce qu'elles veulent, ce sont des subventions. "Qu'une ville soit friendly, c'est une question de moyens et de salles mises à disposition", rappelle Johann Pascot co-délégué d'SOS Homophobie dans le Languedoc-Roussillon. La nouvelle mandature ne s'engage pas à augmenter les budgets mais promet d'engager les subventions pour trois ans avec un contrôle annuel afin de donner de la visibilité sur la trésorerie.

Ville friendly

Face à la baisse de lieux communautaires, la nouvelle mandature est tiraillée entre la reconnaissance qu'on peut être LGBT+ dans n'importe quel établissement et le regret de voir partir une spécificité montpelliéraine. "Je veux que les LGBT+ soient tranquilles pour sortir, et qu'elles n'aient pas à s'invisibiliser pour aller dans des bars", insiste Hervé Martin. Encourager la création de lieux communautaires ne semble donc pas être au programme, même si la nouvelle équipe souhaite développer davantage le tourisme LGBT+. Car même si le bureau précédent affichait moins sa volonté d'attirer à elle les personnes LGBT+,  Montpellier n'a pas cessé de séduire les gays de l'hexagone, et d'ailleurs... Pour le président de l'association bear LOOM "ce qui fait une ville friendly, c'est qu'on soit nombreux sur les applis. Et à Montpellier, il y a de quoi se mettre sous la dent".

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Crédit photo : Wikimedia Commons