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Que vaut « Generation », la nouvelle série queer de HBO produite par Lena Dunham ?

Coproduite par Lena Dunham (Girls), cette nouvelle production HBO Max se veut être un portrait éclectique et résolument inclusif de la génération Z. Et pour cause, elle est co-créée par Zelda Barnz, une adolescente de 19 ans.

Après l'excellente It's A Sin, voilà la deuxième claque queer de l'année 2021 !  Tout juste lancée sur la plateforme de streaming HBO Max outre-Atlantique, Generation dépeint une jeunesse moderne, dopée aux réseaux sociaux, dénuée de tabou et, surtout, parée d'une vision ouverte de la sexualité.

Ici, les personnages hétéros se comptent sur les doigts d'une main. Les garçons arborent fièrement du vernis sur leurs ongles. L'athlète populaire du lycée est aussi celui qui se pavane en crop-top arc-en-ciel dans les couloirs. En bref, une bouffée d'air frais en terme de représentation LGBTQI+.

Sublimer la différence

Une démarche inclusive qui n'est pas tant déroutante lorsqu'on sait qui se cache derrière ce nouveau teen drama. Commandée en septembre 2019, Generation est co-créée par Zelda Barnz, alors âgée de 17 ans. Elle est issue d'une famille totalement gay, avec deux papas gays – dont un des deux, Daniel Barnz, qui est également co-créateur et réalisateur du projet – et un petit frère qui vient de faire son coming out. L'authenticité était donc de mise, aussi bien sur le plan de l'adolescence que des questions LGBTQI+.

crédit photo : HBO Max

Formellement, nous sommes en territoire connu : Generation est une série sur les années lycée. Univers surexploité à la télé américaine. On y suit les vies entrelacées d'un groupe de cool kids étudiant dans le même établissement. Il y a Nathan, qui commence à explorer sa bisexualité en fricotant en loucedé avec le petit copain de sa sœur jumelle Naomi. Puis, Greta, une jeune femme introvertie qui a le béguin pour Riley, une as de la photographie qui peine à s'engager. Mais le héros central de ce récit, c'est Chester. Un ado charismatique qui camoufle son mal-être par un tempérament provocateur et un style vestimentaire tape-à-l'œil.

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A la manière du très mainstream Love, Victor de Hulu, la série de HBO Max relègue les personnages hétéros au second plan, laissant, et c'est assez rare pour être salué, les ados queers briller devant la caméra. Un parti pris souligné dans le logo de la série, écrit Genera+ion,  le symbole "+" pouvant être lu comme un clin d'œil au sigle LGBTQI+. Et justement, c'est à peu près tout ce qu'on peut ranger dans la case des "+".

La petite sœur d'Euphoria

Car aussi sympathique et bien intentionnée soit-elle, Generation se repose beaucoup trop sur ses intrigues d'ordre sentimental. Quasi exclusivement portés par leurs émois amoureux, les personnages paraissent souvent superficiels ou peu incarnés. Omniprésents, les réseaux sociaux donnent lieu à des transitions ingénieuses au niveau de la réalisation, mais la série reste en surface, oubliant, par exemple, de questionner leur impact sur la santé mentale et la construction de ses teenagers. Et la comparaison avec d'autres œuvres mettant en scène la jeunesse, comme Grand Army ou Euphoria, apparaît cruelle tant ces dernières semblent avoir plus de choses à dire sur la génération qu'elle s'affaire à dépeindre.

Crédit photo : HBO Max

Le parallèle avec la brillante Euphoria est d'ailleurs inévitable. Là où cette dernière s'empare de thématiques plus lourdes comme l'addiction ou les violences sexuelles avec une photographie ultra léchée, Generation opte pour une légèreté ambiante, une dose d'humour et des visuels intimistes mais aussi beaucoup plus simplistes. En la montrant aussi futile et autocentrée, elle ne rend pas justice à la génération qu'elle ambitionne de célébrer.

Pourtant, la solitude qui ronge le personnage central de Chester – impeccablement joué par l'acteur queer Justice Smith qui avait fait son coming out en juin dernier – fait par moment écho à celle de la bouleversante Rue de Euphoria. Mais sans jamais en avoir la poésie.

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Tout comme sa productrice Lena Dunham avec sa propre série Girls quelques années en arrière, Generation espère être "la voix d'une génération". Une génération désabusée, hyperconnectée et chez qui les clivages de genre et de sexualité seraient enfin dépassés. Cette volonté de représentation est, certes, louable mais elle apparait surtout un brin forcé.

Generation gagnerait à dépasser ses sujets et à inclure dans son intrigue des thèmes plus variés. On lui donnera tout de même sa chance. Car une série qui allie Britney Spears, Jessie Ware et Todrick Hall dans sa playlist, on est tout de suite tenté de lui donner sa chance.

Crédit photos : HBO Max


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