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Accusation de « censure » contre TÊTU : les lendemains de cuite difficiles de « Valeurs actuelles »

Drunk Trump

L'hebdomadaire condamné en 2015 pour provocation à la discrimination, la haine ou la violence, s'est étranglé ce dimanche que nous ne dissertions pas sur l'origine ethnique supposée des suspects d'une agression homophobe en Angleterre. Ivre de ses préjugés raciaux, Valeurs actuelles se vautre allègrement dans les inexactitudes et contre-vérités pour alimenter son procès à TÊTU. Explications – rapides, parce qu'on a autre chose à faire.

Tous les journalistes le savent, le mois d'août peut occasionner quelques flottements dans l'actualité. Alors, quand flotte déjà la ligne éditoriale, d'aucuns peuvent en perdre le nord… Cet été aura pourtant été riche en rebondissements, notamment sur les fronts de l'international ou du changement climatique. Mais à Valeurs actuelles, ce sont les cerveaux qui chauffent. Ainsi ce 22 août, quelqu'un semble s'y être réveillé la barre au front, décidant de publier, un dimanche à 9h25, ce contenu : "Agression homophobe à Birmingham : Têtu censure l’origine ethnique des quatre agresseurs". L'accusation, diffamante, porte sur notre article publié la semaine dernière : "Deux hommes gays visés par une nouvelle attaque homophobe, à Birmingham".

Bon alors évidemment, chez TÊTU, on sait comme vous que le silence est la meilleure des réponses à la bêtise. Mais la bêtise insiste toujours, alors le magazine réactionnaire s'est fendu de deux tweets pour enfoncer son clou, nous accusant d'abord d'avoir "omis" de dévoiler l’origine ethnique "des quatre agresseurs", avant de crier à la "censure". Ces tweets ont fini par causer quelques interpellations, qui méritent une réponse sur le fond aux internautes.

L'obsession raciale – sélective – de Valeurs

On passera sur la capacité des plumitifs de Valeurs à compter jusqu'à trois, ou quatre : leur titre annonce dévoiler "l’origine ethnique des quatre agresseurs", quand la photo et l'avis de recherche qu'il relaie n'en donnent… que trois. Que ceux qui n'ont jamais abusé de leur samedi soir leur jettent la première pierre. On hésite également quant à l'utilité de rappeler, à une rédaction rarement saluée pour son éthique, le concept de présomption d'innocence : les identités qu'elle livre en pâture ne sont pas celles des "agresseurs", comme elle le martèle, mais bien de suspects dans cette affaire, recherchés par la police anglaise.

Reste l'accusation de fond, formulée dès le chapeau : "Têtu a repris l’information… et choisit (sic) de ne pas préciser l’origine des agresseurs, pourtant bien spécifiée dans l’article anglais original". De quelle origine s'agit-il ? On vous le donne en mille, on est chez Valeurs actuelles : "Ces quatre agresseurs homophobes sont décrits comme originaire du Moyen-Orient". Et donc cela, "Têtu omet sciemment de [le] préciser", dénonce un twittos cité par l'hebdomadaire et qui semble lui avoir dicté tout l'article, sans autre travail journalistique.

Alors, examinons les faits. Notre article, celui qui rapporte l'agression du week-end dernier dans le nord-ouest de l'Angleterre, a été publié le mardi 17 août (c'est marqué dessus). Il se base, en le citant et en y renvoyant par un lien, sur un article de nos confrères britanniques de PinkNews. Et que dit celui-ci ? Il se termine en effet par les premiers éléments de l'enquête de police sur l'identité des suspects : "Police said the assaillants are thought to be of Middle Eastern or Asian appearance" (même version dans le premier article de la BBC sur cette affaire). Il est donc bien écrit que les suspects seraient "d'apparence moyen-orientale ou asiatique", mais l'obsession manifestement partagée du twittos et du rédacteur de l'article occulte – on n'oserait dire censure – la deuxième partie. "Moyen-orientale" serait à leurs yeux une info importante, "asiatique" non, ou les mystères transparents de la classification raciale chez Valeurs

Les faits sont TÊTUs

Par la suite, la police anglaise, poursuivant son travail d'enquête, finira bel et bien par rendre publique, photos à l'appui, l'identité précise de trois suspects (toujours la présomption d'innocence, ce foutu droit qui parfois vous fait condamner quand vous dépassez les bornes…). De quoi développer encore l'accusation, toujours par le seul et même twittos relayé par l'inénarrable Valeurs, faite à TÊTU d'avoir "sciemment dissimulé l’origine ethnique des agresseurs en tronquant le CP [communiqué de presse] de la police de Birmingham et l’article de la BBC". En réalité, il suffit de comparer les dates pour comprendre le mensonge : ce communiqué date de ce samedi 21 août… soit pas moins de quatre jours après la publication de notre article. Et forcément, l'article de la BBC qui le relaie est postérieur, datant de ce dimanche.

Une question légitime reste peut-être en suspens, à ce stade, chez nos lecteurs de bonne foi : pourquoi n'avoir pas, lors de la publication de notre article le 17, relayé l'apparence décrite comme "moyen-orientale ou asiatique" des suspects recherchés ? Tout simplement parce que nos confrères britanniques, qui n'ont pas l'air de souffrir d'obsession raciste, ne le précisent en fin d'article qu'à l'adresse d'éventuels témoins, afin que ceux-ci se manifestent, leur donnant d'ailleurs le code à fournir pour appeler la police sur ce dossier : "552". Or, relayer en France un appel à témoins local diffusé outre-Manche n'aurait pas plus de sens que l'inverse, et d'ailleurs, la presse britannique ne cite pas plus les appels à témoins d'affaires locales françaises. À part retrouver les suspects, il n'y a guère d'autre utilité à cette information, sauf à penser que l'apparence "moyen-orientale ou asiatique" d'un individu est un facteur aggravant des faits pour lequel il est recherché, voire les explique. Un pas que nous laissons Valeurs actuelles, qui n’en est pas à son coup d’essai en la matière, franchir seul.

LIRE AUSSI >> « Valeurs actuelles » : Gabriel Attal assume de donner une interview à un journal qui « entraîne des discriminations »

Crédit photo : knowyourmeme, montage/origine inconnue


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