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reportageEn Guadeloupe, la famille queer s'organise

Par Marine Gachet le 09/02/2024
Soirée LGBTQI+ en Guadeloupe

[Article disponible dans le têtu· de l'automne] Sur l’Île Papillon, la communauté LGBTQI+ vit essentiellement cachée. Mais face à l’homophobie, les militants associatifs de Guadeloupe sont bien décidés à gagner en visibilité.

"Alors que je me promenais avec ma compagne, on m’a traité de démon en me disant que j’allais brûler en enfer”, raconte Karolane, 29 ans, dans un café de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe. Dans ce territoire ultramarin, 49% des femmes et 52,6% des hommes estiment que l’homosexualité est contre nature, selon un rapport d’information sur la lutte contre les discriminations anti-LGBT de la délégation parlementaire aux Outre-mer en 2018.

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“Je ne suis pas sûr que la Guadeloupe soit plus homophobe que certains endroits ou milieux sociologiques en France métropolitaine, précise le chercheur guadeloupéen au CNRS et docteur en anthropologie Ary Gordien. En revanche, il existe une tension post-coloniale, avec un discours politique qui considère que l’acceptation des identités LGBTQI+ est imposée par la métropole.” Ainsi, la famille de Nolwenn, 31 ans, considère que c’est à cause de ses études dans l’Hexagone qu’elle est devenue lesbienne. “Alors que, comme beaucoup d’autres, c’est pour pouvoir assumer ma sexualité que j’ai voulu partir, souligne-t-elle. C’est en rencontrant le milieu associatif LGBTQI+ de Montpellier que j’ai pu exprimer ce que je suis.”

Des soirées LGBT-friendly

La place que la religion catholique occupe dans l’archipel caribéen nourrit également les discriminations homophobes ainsi qu’une forme de tabou autour de l’homosexualité. “Aux Antilles, il y a une plus grande prégnance des croyances religieuses qu’en métropole, avec le catholicisme notamment, mais aussi les mouvements évangélistes et adventistes, ainsi que les Témoins de Jéhovah. Il y a une lecture plus rigoriste et des interprétations plus conservatrices des textes religieux. On peut aussi noter l’influence de mouvements conservateurs états-uniens, parmi lesquels le mouvement Mormont, qui s’installent depuis peu en Guadeloupe, détaille Ary Gordien. On distingue alors deux formes d’homophobie, qui par ailleurs s’articulent : l’une motivée par un désir de résistance culturelle, et l’autre qui s’exprime à coups de discours conservateurs, idéologiques et chrétiens.” Mais les mentalités sont en train d’évoluer : il y a encore quelques années, il n’existait pas d’association LGBTQI+ sur l’Île Papillon. Aujourd’hui, elles sont plusieurs à se battre pour faire accepter la communauté....