excluPrésidentielle 2027 : les intentions de vote des LGBT

Par Nicolas Scheffer le 09/03/2026
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[Sondage à retrouver dans le magazine têtu· du printemps, déjà disponible en ligne et le 11 mars chez vos marchands de journaux] À un peu plus d’un an de l’élection présidentielle prévue en 2027, l’Ifop a pris pour têtu· le pouls de la communauté LGBT. Trois enseignements à retenir sur la modification des rapports de force depuis notre dernier sondage de février 2022.

Le centrisme périclite, les extrêmes en profitent

Premier enseignement du sondage réalisé par l’Ifop* en février 2026 : l’électorat LGBT se montre prêt à tourner la page du macronisme. En 2017, au terme de la première campagne présidentielle d’Emmanuel Macron, le centrisme avait convaincu 28% de la communauté – autant que la gauche radicale. Le futur plus jeune président de la Ve République affichait alors un progressisme bien plus volontariste qu’aujourd’hui. Il reprenait notamment à son compte la promesse non tenue du quinquennat de François Hollande, auquel il avait participé : l’ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux lesbiennes, votée en 2021, de même que l’interdiction des "thérapies de conversion". Un bilan "au finish", comme l’avait noté têtu·, ce qui n’a pas empêché le chef de l’État d’être le candidat préféré des LGBT en 2022, lors de la campagne pour sa réélection, à 22% d’intentions de vote.

Quatre ans plus tard, ce chiffre est encore en recul de 5 points, à 17% d’intentions de vote cumulées pour les deux héritiers du président sortant testés par l’Ifop : ses anciens Premiers ministres Édouard Philippe et Gabriel Attal. "L’essoufflement est manifeste : les électeurs LGBT ne voient plus le macronisme comme pouvant être porteur de progrès sociétaux", note François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop. Même les efforts du premier chef de gouvernement gay de notre histoire, qui s'est déclaré ouvert à une légalisation de la gestation pour autrui (GPA), n’y font rien : Gabriel Attal réunit 8% des intentions de vote LGBT, trois points derrière son rival du Havre venu de la droite. Derrière ce recul du centre, la communauté n’échappe pas à l’évolution générale du paysage politique français, à savoir une nette avance des deux pôles de l’échiquier politique. La gauche radicale se hisse ainsi à 29% des intentions de vote LGBT, face à 32% pour l’extrême droite.

Le RN sur le haut de la colline

Deuxième constat notable de cette étude : l’extrême droite reste forte, mais se tasse. En 2022, les intentions de vote pour cet ensemble avaient atteint 30% dans la communauté LGBT, contre 32% aujourd’hui (+2 pts). Un ralentissement de la dynamique confirmé par l’écart qui se creuse nettement avec l’ensemble des électeurs, où ce chiffre atteint 42% (+7,5 pts). À noter que dans les deux cas, le Rassemblement national (RN) affiche une position dominante dans son camp, puisque Jordan Bardella recueille 27% des intentions de vote LGBT, contre 36% dans la population générale. "Les électeurs de Marine Le Pen ne sont donc pas dans le rejet de Jordan Bardella", observe François Kraus.

En revanche, ajoute le sondeur, "on observe une consolidation de cet électorat, qui vote par adhésion au RN et non plus seulement par rejet des autres partis". D’autant que la communauté LGBT s’éloigne à nouveau de la droite classique, retombée à 6% des intentions de vote, contre 15 % lors de notre précédent sondage. La différence ? Valérie Pécresse avait montré un visage relativement plus progressiste que la personnalité aujourd’hui testée par l’Ifop pour Les Républicains (LR) : Bruno Retailleau, qui incarne indubitablement la droite catholique et réactionnaire, rejetée par les queers. "Le RN capitalise désormais sur un vote de droite assumé, qui considère les droits comme acquis et se satisfait du statu quo", analyse le directeur du pôle politique de l’Ifop. Pas de revendication LGBT pour ces électeurs, donc, qui déclarent comme raison principale de leur vote RN : son programme sur la sécurité.

La communauté LGBT ancrée à gauche

Dernière grande leçon de notre sondage exclusif : la fidélité de l’électorat LGBT à la gauche. Dans le contexte de polarisation du débat politique, cela se traduit par une percée du leader de La France insoumise (LFI), qui réalise la plus grosse progression de cette enquête : 25% des intentions de vote LGBT (contre 13% de la population générale), soit 15 points de plus qu’en février 2022. "Par sa facilité à évoquer les questions de genre, Jean-Luc Mélenchon est perçu comme le candidat le plus en pointe sur le sujet. C’est encore plus sensible chez les femmes", analyse François Kraus.

À noter que les socialistes et les écologistes récoltent quant à eux la palme de la stabilité : 16% des intentions de vote en 2027 comme en 2022. C’est 4 points de plus que dans la population générale. Une résistance logique au vu de l’histoire de nos droits, quasiment tous acquis sous des gouvernements de gauche. Au total, quand 56% de l’ensemble des Français·es se déclarent de droite et 44% de gauche, c’est exactement l’inverse chez les LGBT, dont 56% se classent à gauche. "La communauté LGBT reste ancrée à gauche, note le directeur du pôle politique de l’Ifop, avec une forte sensibilité aux discriminations qui en fait l’un des solides noyaux antifascistes." Têtue, la commu.

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*Étude Ifop réalisée pour têtu· du 1er au 6 février 2026 par questionnaire auto-administré en ligne, auprès d’un échantillon de 1.137 personnes LGBT, extrait d’un échantillon national représentatif de 10.196 Français·es.