diversitéL’inclusion des LGBT+ dans la tech, un « enjeu majeur » pour France Digitale

Par tetu le 14/09/2020
France Digitale

Mardi 15 septembre se tiendra à Paris le France Digitale Day, la grande messe des startups en France. Parmi les questions qui seront évoquées : comment assurer une plus grande diversité dans l’ecosysteme tech en France ? Avec son programme jeunes talents, France Digitale tente d’y répondre.

 

Le constat est tristement connu : plus d’un tiers des LGBT+ considèrent qu’être out au travail serait un frein pour leur carrière. En conséquence, seulement un sur deux est visible dans son entourage professionnel. Les chiffres proviennent du baromètre 2018 du Boston Consulting Group (BCG), en partenariat avec TÊTU, sur les perceptions et attentes des LGBT+ dans le monde professionnel. Parmi les entreprises qui semblent à la traîne sur ces sujets, on retrouve les grands groupes et les startups qui n’attirent que 19% des répondants LGBT+ au sondage. 

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Alors que se tient à Paris mardi 15 septembre le France Digitale Day, grand messe des startups en France, Antoine Chauffrut, en charge du programme jeune talents chez France Digitale, estime que la diversité est un des enjeux majeurs dans l’écosystème tech français aujourd’hui. Selon lui, la France est à la traine sur ce sujet, par rapport à d’autres pays comme les Etats-Unis. « Dans les entreprises américaines, il y a des équipes entières en charge spécifiquement de la question de la diversité et de l’inclusion des personnes LGBT+, affirme-t-il. Dans nos grands groupes on ne connaît pas cela et c’est une des raisons pour lesquelles les LGBT+ ne se sentent pas toujours libres de parler de leur orientation sexuelle en entreprise ». 

 

La France en retard sur les questions de diversité 

Une disparité qu’a pu constater Matthieu Jost, fondateur de MisterB&B, une plateforme d’hébergement qui s’adresse aux LGBT+. « Lorsque j’ai voulu lancer ma startup, j’ai eu de gros problèmes pour lever des fonds en France, parce qu’on servait les marchés LGBT+, retrace-t-il. Je me souviens de conversations lunaires avec certains des plus gros fonds d’investissements français, qui louaient les autres plateformes d’hébergement mais accusaient la nôtre d’être un site d’escorting ». L’entrepreneur tente alors sa chance aux Etats-Unis. Quand il revient en France quelques mois plus tard, il a deux millions de dollars d’investissement en poche. 

L’identité des personnes à l’origine de la création d’une startup est une des clés pour parvenir a une plus grande diversité, estime Antoine Chauffrut : « quand on crée une petite structure, au départ on va s’entourer de personnes qu’on connait, qui proviennent donc sûrement du même milieu ou qui ont fait les mêmes études, donc qui nous ressemblent. Si la diversité n’est pas un sujet, cela va être compliqué à mettre en place, il faut réussir à dépasser cet entresoi ». 

 

Faire évoluer le recrutement

Et c’est sur ce point qu’Antoine Chauffrut tente d’aider les entreprises. Il a pris la tête du pôle jeunes talents de France Digitale depuis maintenant près de six mois. « L’idée est de mettre à disposition des startups des candidats auxquels elles n’auraient pas accès autrement », explique-t-il. Le FDDay sera l’occasion pour ces profils plus variés d’aller à la rencontre d’entreprises qui cherchent à diversifier leur recrutement. LGBTech, association des travailleur.euse.s LGBT+ dans la tech, par exemple, a proposé à France Digitale une quarantaine de profils de jeunes talents.

Hors cette journée de rencontres, un recrutement plus varié passe également par une diffusion plus large des offres d’emploi, l’instauration de quotas, ou par un processus d’embauche qui s’attache davantage aux compétences évaluées qu’aux CV. Une des missions d’Antoine Chauffrut est de s’assurer que les entreprises qui ont déjà une culture de la diversité la fasse rayonner davantage, pour attirer les profils qui pourraient en bénéficier. « Il faut faire en sorte de valoriser leur côté inclusif dans leurs offres d’emploi, explique-t-il. Certaines startups choisissent de mettre en avant le fait de ne pas recruter sur CV, par exemple. D’autres annoncent carrément que la culture d’entreprise favorise la diversité etc ». 

Selon Matthieu Jost, d’autres outils peuvent être mis en place, au sein des entreprises, pour assurer une meilleur inclusion des personnes LGBT. « Par exemple, les ressources humaines peuvent proposer des options ’monsieur-monsieur’ ou ‘madame-madame’ quand il s’agit du ou de la conjointe dans les formulaires administratifs, illustre-t-il. Ou encore mettre en place un congé parental pour les hommes, mais cela n’existe pas beaucoup aujourd’hui en France ».

 

Former les équipes

Pour autant, Antoine Chauffrut est optimiste. « La diversité est un sujet de plus en plus présent dans les startups, estime-t-il. Du moins, davantage que dans les grands groupes. C’est peut-être lié à la moyenne d’âge dans les entreprises, les jeunes générations sont plus sensibilisées à ces questions ». Pourtant, le startupper en est persuadé : les entreprises ont tout à gagner à encourager une meilleure inclusion des personnes LGBT, mais aussi des personnes racisées ou venant de milieux sociaux moins favorisés. « Aujourd’hui, non seulement le manque de diversité peut avoir un véritable impact commercial, mais surtout on se rend compte que c’est beaucoup plus intéressant de travailler avec des personnes qui viennent de différents horizons », argumente-t-il. 

Enfin, et c’est probablement l’un des plus gros enjeux : il faut former l’écosystème tech sur ces thématiques là. « J’organise des journées de partage d’expériences, de tables rondes avec les DRH de startups et la diversité est un des sujets qui revient le plus souvent, assure Antoine Chauffrut. Plusieurs entreprises de mon réseau ont déjà mis en place des journées de sensibilisation et de formation des managers à ces questions. Mais cela prend du temps ».

En attendant, le sujet sera largement évoqué au cours du FDDay. Au programme : un stand pour le recrutement des talents étrangers, une scène avec plusieurs intervenants sur comment déconstruire un boys club et une conférence sur comment construire une équipe vraiment inclusive.

 

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