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Quels programmes en faveurs des LGBT+ aux élections européennes ?

Les prochaines élections européennes auront lieu dimanche 26 mai. Avec 34 listes en compétition en France, dur de s'y retrouver. Surtout, quel.le.s candidat.e.s ont un programme en faveur des LGBT+ ? TÊTU vous aide à y voir plus clair.

Le 26 mai prochain, les votes des électeurs permettront de renouveler les 79 députés français qui siégeront au Parlement européen, et ce pour un mandat de cinq ans. Au total, 705 députés représenteront les 27 États membres à Strasbourg et à Bruxelles. Mais comme à chaque scrutin européen, les électeurs et électrices sont un peu perdu.e.s dans la masse de candidat.e.s et de listes en lice.

Dans le numéro 219 de TÊTU, disponible depuis le 22 mai en kiosque, un sondage exclusif de l'Ifop lève le voile sur les intentions de vote des LGBT aux Européennes. Suivant une tendance générale, le Rassemblement national fédère, même chez les LGBT+. Mais ces derniers ont-ils inscrit la lutte contre les discriminations dans leur programme ? Qui sont les partis qui consacrent des mesures en faveur des droits LGBT+ au niveau européen ?  À l'inverse, quels partis et têtes de liste se posent publiquement en fervents opposants aux droits LGBT+ ? TÊTU fait le point.

Nous avons classé les principales listes en fonction de leur position le 23 mai, (date de publication de l'article, ndlr) dans le sondage Ifop, Paris Match, CNews et SudRadio. 

Le RN veut "lutter contre l'islamisme homophobe"

Crédits photo : Page Facebook Jordan Bardella

Au Rassemblement national (ex Front national), crédité de 24,5 % d'intentions de vote, on ne trouve rien dans le programme sur les droits LGBT+. Depuis l'annonce de l'homosexualité de l'ex-numéro deux, Florian Philippot, du maire d'Hénin-Beaumont, Steeve Briois, mais, surtout avec Sebastien Chenu, ancien de l'UMP et co-fondateur de GayLib, l'association LGBT du même parti, le mouvement d'extrême-droite a adopté une ligne plus "lisse" sur les questions LGBT.

De plus, le RN souhaite désormais incarner une image jeune avec la tête de liste Jordan Bardella, 23 ans seulement. Pour le parti d'extrême-droite, l'homophobie n'est vue que par le prisme de l'islamisme. En témoigne la tribune intitulée : "La lutte contre l’islamisme homophobe doit devenir une grande cause nationale". Elle a été publiée par Julien Odoul, président du groupe Rassemblement national au Conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, qui se positionne 31e sur la liste pour les élections européennes.

 

Les droits des LGBT+, levier d'accès aux fonds européens pour LREM

La République en Marche, avec la liste "Renaissance", et la tête de liste Nathalie Loiseau - ex-ministre en charge des Affaires européennes - est en deuxième position dans les sondages avec 23 % des intentions de vote.

Dans son programme, la liste souhaite faire adopter une directive "globale" contre toutes les discriminations, pour "rendre l'Europe aux citoyens." Les macronistes souhaitent donc conditionner "l'accès aux fonds européens au respect de l'État de droit et à la convergence sociale", qui seraient "mesurés chaque année""L'argent des contribuables ne doit pas servir à financer les Etats qui politisent leur justice, restreignent les libertés, ou tirent les conditions sociales vers le bas." 

Ainsi, selon leur programme, les États respectant par exemple les droits des LGBT+, obtiendraient l'accès à ces fonds.

La tête de liste Nathalie Loiseau a récemment été au centre d'une polémique sur des propos que certain.e.s ont jugé homophobes, dans une bande dessiné sur l'Europe dont elle est la co-autrice. Elle s'en était expliquée dans TÊTU.

L'ancienne ministre s'est par ailleurs toujours prononcée en faveur de l'ouverture de la PMA à toutes les femmes, et pour la légalisation de la "GPA éthique". Un fait suffisamment rare pour être mentionné. Par ailleurs, on trouve sur la liste, à la 61e position, la présidente de Gaylib, Catherine Michaud. Mais vu sa position sur la liste, cette dernière ne devrait manifestement pas avoir de fauteuil au Parlement européen.

À LIRE AUSSI : Le député Aurélien Taché et la ministre Nathalie Loiseau « favorables à une GPA éthique »

Zéro pointé chez Les Républicains

Crédits photo : Page Facebook de François-Xavier Bellamy

François-Xavier Bellamy a été désignée par Les Républicains (LR), sur proposition de Laurent Wauquiez, tête de liste d'"Union de la droite et du centre" rassemblant le parti de droite et les Centristes d'Hervé Morin, crédité de 14% d'intentions de vote.

L'objectif principal des LR ? "Inscrire les racines judéo-chrétiennes de l’Europe" dans les Traités européens et "dans une nouvelle Charte européenne des valeurs et des devoirs". Aucune mesure en faveur des LGBT+ ne figure dans leur programme. En revanche, la liste souhaite lancer une initiative juridique européenne pour "protéger la dignité humaine", en interdisant notamment la GPA au niveau européen.

Pour rappel, François-Xavier Bellamy fait le pari de l'ultra-conservatisme. Avec un profil "tradi-catho", des positions anti-IVG et mariage pour tous assumées, on a pu le croiser au premier rang des manifestations contre la loi Taubira. Il a également participé à la création de Sens Commun, un mouvement politique très conservateur lancé dans le sillage des Manifs pour tous.

Sur la liste, aucun candidat n'apparaît comme ouvertement LGBT.

À LIRE AUSSI : Qui est François-Xavier Bellamy, le candidat réac’ des Républicains pour les européennes ?

La France Insoumise, pour la reconnaissance des familles LGBT+

La liste de La France Insoumise (LFI), portée par Manon Aubry, ancienne porte-parole de l'Organisation non gouvernementale (ONG) Oxfam-France, propose dans son programme un chapitre "Promouvoir l'égalité" , dans lequel on retrouve deux propositions :

  • D'abord, La France Insoumise entend "garantir que dans les actes de l'UE, la notion de mariage vise l'union légale entre personnes de même sexe ou de sexe différent". 
  • Ensuite, le programme propose de "permettre la reconnaissance mutuelle des droits des familles vers l’égalité des droits pour les couples (unions civiles, mariages) et pour le régime de la filiation (reconnaissance par l’UE de l’homoparentalité, des enfants nés par procréation médicalement assistée), faciliter le droit à l’adoption."

Autre mesure : faire aboutir le "projet de directive globale et universelle de l'UE contre toutes les discriminations".

Enfin, c'est avec la liste du parti communiste l'une des seules listes à défendre le droit des demandeurs d'asile LGBT+. Le parti demande par exemple de faire "respecter la décision de la Cour de justice de l’UE du 25 janvier 2018 condamnant la Hongrie pour ses pratiques de tests psychologiques sur les demandeurs d’asile LGBTQIA".

Les personnes intersexes ne sont pas en reste puisque LFI demande à faire appliquer dans les États de l’UE le principe d’autodétermination du genre préconisé par une résolution du Conseil de l’Europe afin d'interdire les mutilations.

Le leader du parti, Jean-Luc Mélenchon, s'est toutefois opposé à plusieurs reprises

À ce jour, la liste menée par le duo Manon Aubry et Manuel Bompard arrive en quatrième position avec 8,5% des intentions de vote. Parmi les candidat.e.s, on retrouve notamment l'ex-député EELV, Sergio Coronado, ouvertement homosexuel, à la 14e position.

À LIRE AUSSI : La France Insoumise veut améliorer les conditions de détention des personnes trans’

"Plan de lutte" et formation pour Europe Ecologie - Les Verts

Crédit photo : Creative Commons

Du côté d'Europe Écologie Les Verts (EELV), dont la liste "Pour Le Climat" est menée par Yannick Jadot, et actuellement créditée de 6,5 % d'intentions de vote dans les sondages.

La liste propose dans son"socle programmatique"  un "plan de lutte contre les violences aux personnes LGBTQI+" qui n'est pas détaillé.  À cela s'ajoute la "formation des forces de l’ordre européennes à l’accueil des personnes ayant fait l’objet de violences sexistes ou sexuelles". Tout comme La France Insoumise et le PCF, les Verts militent pour "l'interdiction des opérations chirurgicales non-nécessaires sur les enfants intersexes".

Enfin, EELV souhaite "avancer vers l'autorisation partout du mariage pour les gays et lesbiennes". 

En revanche, aucune mention n'est faite de la reconnaissance des enfants nés par PMA ou par GPA au niveau européen.

De manière générale, EELV s'est toujours proclamé en faveur des droits pour les personnes LGBT+. Karima Delli, numéro 6 sur la liste et euro-députée EELV depuis 2009, est membre de l'intergroupe LGBT au Parlement européen et engagée en matière d'égalité femmes-hommes et pour la reconnaissance de toutes les identités de genre.

À LIRE AUSSI : Karim : "Je milite pour l'écologie car elle défend les minorités"

 

Place-publique-PS pour la reconnaissance des unions civiles

La liste "Envie d'Europe" menée par l'essayiste Raphaël Glucksman, rassemble le mouvement Place publique ainsi que le Parti socialiste (PS). Elle se pose en "défenseure" des droits des personnes LGBTI+.

"Nous garantirons la libre circulation des couples et des familles en faisant en sorte que le mariage et l’union civile soient créateurs des mêmes droits dans tous les pays de l’Union européenne, quelle que soit la composition du couple", écrivent les candidats dans leur programme.

Par ailleurs, la liste souhaite "demander des mesures efficaces pour lutter contre les discours de haine".

Parmi les candidats de la liste, on compte en n°16  Violaine Lucas "militante engagée pour l'harmonisation vers le haut des droits des personnes LGBT+ en Europe", ou encore  Arnaud Hadrys, secrétaire général d'Homosexualité et Socialisme en Seine-Maritime, à la position numéro 23. La liste, actuellement créditée de 6% des intentions de votes dépasse de justesse les 5% nécessaires pour obtenir des sièges au Parlement européen. Il y a donc de fortes chances qu'aucun d'entre eux ne déménage à Strasbourg.

Debout la France contre "l'obscurantisme islamiste"

 

C'était à prévoir. La liste menée par Nicolas Dupont-Aignan, fondateur du parti Debout La France, ne prévoit aucune mesure en faveur des LGBT+. C'est plutôt tout l'inverse, puisqu'à la lecture du "Manifeste" le mouvement qui se décrit comme "Amoureux de la France" indique vouloir affirmer les valeurs et notamment "l'égalité des Femmes et des Hommes" - avec des majuscules s'il vous plait - et "l'idéal de liberté et de justice" le tout "face à l'obscurantisme islamiste et à la marchandisation du monde".

La liste est actuellement crédité de 4 % d'intention de votes.

Une tête de liste ouvertement gay au Parti communiste

Crédit photo : Page Facebook de Ian Brossat

Avec à sa tête Ian Brossat, élu à la mairie de Paris en charge du Logement, ouvertement homosexuel, le parti communiste ne pouvait pas s'abstenir sur les questions LGBT.

Dans son programme, un chapitre entier est consacré aux droits des personnes LGBTI+ en Europe. On y trouve la "reconnaissance des couples homosexuels dans toute l'Europe", l'ouverture de la PMA pour toutes partout au sein de l'UE, l'instauration d'une année de lutte contre les LGBTphobies au niveau européen, et la mise en place d'un plan de lutte contre les violences LGBTphobes.

Le parti milite également pour l'arrêt des mutilations sur les personnes intersexes mais aussi pour la reconnaissance des droits et la dépathologisation des personnes trans'.

Enfin, le parti préconise le droit d'asile pour les personnes LGBTI+.

À LIRE AUSSI : "Tester" l'homosexualité des demandeurs d'asile n'est plus légal dans l'UE

Interviewé par TÊTU en octobre dernier, l'élu s'était exprimé sur l'importance de l'Union Européenne en matière de droits des LGBT +.

La liste est créditée de 3,5% des intentions de vote.

À LIRE AUSSI : Ian Brossat porte plainte contre Marcel Campion pour « injures homophobes »

Génération.s pour la reconnaissance des unions civiles

Benoît Hamon, l'ex-candidat à la présidentielle de 2017, tête de liste du mouvement Génération.s, et membre du premier parti européen transnational "European Spring" ("Printemps européen" en français), émet la même proposition que la liste "Envie d'Europe" dans son programme.

À savoir la reconnaissance de l'union entre personnes de même sexe, et ce partout en Europe. C'est la seule proposition faite en la matière.

La liste est actuellement créditée de 2,5% des intentions de vote.

Pierre Serne, transfuge des Verts, et ancien dirigeant de l'ILGA-EUROPE et de l'Inter-LGBT, est numéro 9 sur la liste.

Une première version de cet article a été publiée le 15 mai dernier, mais elle comportait plusieurs erreurs. Nous republions ce texte après l’avoir retravaillé. 

Crédit photo : Wikimedia Commons. 

 


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