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Faire de Paris une « zone de liberté LGBTQI » : du pinkwashing, se voit rétorquer LREM

Des élus macronistes proposent que Paris et Strasbourg deviennent des "LGBTQI+ freedom zones". Las, des concerné.e.s leur font remarquer que derrière les symboles, des dossiers importants comme la PMA traînent toujours…

L'initiative est censée répondre aux "zones sans LGBT" qui ont éclos en Pologne. Ce mardi 4 mai, à Strasbourg et à Paris, des élus de La République en Marche (LREM) ont déposé des vœux pour faire de leur ville une "LGBTQI+ freedom zone" (donc une "zone de liberté LGBTQI+"). Un geste appuyé envers la communauté LGBTQI+, qui préférerait toutefois des avancées concrètes sur les dossiers en cours plutôt que des symboles.

"En soutien à nos amis polonais LGBT dont les droits et libertés sont menacés, nous rappelons l'engagement humaniste et européen de Paris et invitons la Ville à soutenir cette démarche", indique le groupe LREM de la capitale. Et Sophie Segond, conseillère d'arrondissement, d'enfoncer le clou : "J'ai déposé ce vœu car oui nous devons lutter contre toute forme de violence et de discrimination fondée sur le sexe, l’orientation sexuelle ou l’identité de genre, à Paris, en France, en Europe et dans le reste du Monde".

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Quelques heures plus tôt, LREM à Strasbourg a adopté un voeu similaire. "À 1h du matin le Conseil municipal de Strasbourg vient d’adopter la motion que nous avons déposée avec Rebecca Breitmanet qui déclare Strasbourg, zone de liberté LGBTQI+", a revendiqué Pierre Jakubowicz, conseiller municipal. "Ces résolutions n’ont pas qu’une valeur symbolique. Pour Strasbourg par exemple, cela s’accompagne d’un nouveau module de formation pour les agents de la ville", se réjouit l'eurodéputé Pierre Karleskind. Le parlementaire a porté la même initiative au parlement européen en mars. Depuis, Quimper a emboité le pas.

#RienAGuerir et #PMApourtoutes

Mais les réactions à l'annonce du voeu parisien n'ont guère été dans le sens voulu… "Interdisez les 'thérapies de conversion' et on pourra en parler" ; "Votre parti a bien investi Olivier Serva sous l’étiquette La République en Marche ?" (l'élu avait qualifié l'homosexualité d'abomination, ndlr) ; "Vous pourriez plutôt demander à vos collègues député‧e‧s de soutenir #RienAGuerir et de se bouger pour faire voter l'ouverture de la PMA à toutes les personnes qui le souhaitent, ça aurait plus d'impacts sur la vie des gens", ont relevé plusieurs internautes.

Charité bien ordonnée commençant par soi-même, la majorité macroniste dispose en effet de quelques sujets d'auto-critique sur les questions LGBT : les dossiers traînent. Au premier desquels la PMA pour toutes dont le texte, même décevant, n'est toujours pas voté définitivement, quatre ans après l'élection d'Emmanuel Macron qui en avait fait une promesse de campagne. À l'époque, le candidat Macron disait : "Le fait que la PMA ne soit pas ouverte aux couples de femmes et aux femmes seules est une discrimination intolérable". Le projet de loi devrait être débattu pour la troisième fois à l'Assemblée nationale en juin, promet aujourd'hui l'exécutif.

Toujours des "zones sans LGBT" en Pologne

L'exécutif est également enjoint d'inscrire rapidement dans le Code pénal l'interdiction des "thérapies de conversion". Une proposition de loi défendue par la députée LREM de l'Allier Laurence Vanceneubrock, prête depuis près d'un an mais là encore, les atermoiements de son camp ont retardé le texte. Finalement, bien que le texte soit soutenu par une large partie de la majorité, il n'est toujours pas inscrit à l'agenda parlementaire. Le ministre de la Santé, Olivier Véran, qui s'est dit "écœuré" de ces pseudo "thérapies", ne semble même pas informé de cette proposition de loi.

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Concernant les "zones sans LGBT", auxquelles répondent ces voeux, elles ne font pas oublier qu'en Pologne, le secrétaire d'État en charge des Affaires européennes, Clément Beaune, n'a même pas pu s'y rendre. Dans une interview à TÊTU, il a indiqué avoir reçu "des pressions" : "Elles se sont manifestées par des messages, pas insultants personnellement mais qui m'incitaient clairement à ne pas faire cette visite"… Résultat, le ministre ne s'est pas rendu dans la ville de Krasnik, qui a depuis retiré sa résolution "anti-LGBT", le maire expliquait que la ville risquait de perdre des subventions venues de Norvège. Le porte-monnaie, plus dissuasif que des voeux pieux.

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Crédit photo : Capture d'écran Facebook / @PJakubowicz


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