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politiqueGabriel Attal pond le gouvernement le plus LMPT depuis La Manif pour tous

Par Nicolas Scheffer le 11/01/2024
Gabriel Attal, Premier ministre, sur le plateau de TF1

Catherine Vautrin et Rachida Dati ont rejoint Gérald Darmanin, Christophe Béchu, Aurore Bergé et Sébastien Lecornu à la faveur du remaniement conduit par Gabriel Attal. Venu du PS, le premier chef de gouvernement gay de notre histoire s'est ainsi entouré d'une belle brochette de ministres issus de la droite La Manif pour tous.

"Je veux dire à toutes les personnes LGBT+ qu’elles trouveront en moi et mon gouvernement un allié pour défendre leurs droits et lutter contre toutes les discriminations", promettait Élisabeth Borne en mai 2022, alors qu'elle venait de prendre ses fonctions de Première ministre. Gabriel Attal peut-il en dire autant ? Dans l'équipe présentée ce jeudi 11 janvier, le premier chef du gouvernement ouvertement gay a choisi de nommer pas moins de six ministres (sur 14) ayant pris dans le passé des positions contre l'avancée de droits LGBTQI+. Dont deux à des ministères centraux pour nos droits.

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Surprise de ce remaniement, Rachida Dati, nommée à la Culture, mérite un article entier pour développer ses revirements concernant le mariage pour tous et son opposition constante à l'ouverture de la PMA aux lesbiennes. Elle rejoint au gouvernement ses anciens collègues de l'UMP Gérald Darmanin (Intérieur), Sébastien Lecornu (Armées) et Christophe Béchu (Transition écologique), qui tous les trois s'étaient opposés à la loi Taubira. Au printemps 2023, alors qu'il espérait accéder à Matignon à la faveur d'un remaniement, Gérald Darmanin avait reçu les associations LGBTQI+ pour leur faire part de ses regrets : "À l'époque, nous n'avions pas mesuré collectivement à quel point nos paroles pouvaient avoir des conséquences dans la vie des gens." L'an dernier également, Christophe Béchu a assuré : "Si c'était à refaire, je voterais oui."

Catherine Vautrin, cheval de Troie réac ?

Nommée à la tête d'un ministère XXL comprenant à la fois le Travail, la Santé et les Solidarités, Catherine Vautrin manifestait en 2013 avec La Manif pour tous (LMPT) contre l'ouverture du mariage aux couples homosexuels. Un passé qui lui a coûté Matignon en mai 2022, la poussant à ce mea culpa venu trop tard : "Il y a dix ans en ne votant pas le mariage pour tous, j’ai raté ce rendez vous qui est aujourd’hui devenu une évidence. La loi accompagne celles et ceux qui veulent vivre leur bonheur et c’est une très bonne chose." À son nouveau poste, elle qui dénonçait la loi Taubira comme un "cheval de Troie pour la PMA et la GPA" devra désormais… apporter des réponses pour améliorer l'accès à la procréation médicalement assistée (PMA). La présidente conservatrice de la métropole de Reims aura aussi la charge des politiques de lutte contre le VIH/sida, de prévention des risques liés au chemsex, etc.

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La nouvelle ministre de la Santé devra également porter la réforme promise par l'un de ses prédécesseurs, Olivier Véran, d'amélioration de la prise en charge des personnes trans. Un rapport doit être remis au gouvernement en ce sens, dont les conclusions ont été repoussées à plusieurs reprises. Autre sujet d'importance : en tant que ministre des Solidarités, elle devra engager une réforme de l'autorité parentale afin de simplifier les parcours de co-parentalité. Enfin, cette opposante à l'aide active à mourir, comme le rappelle sur X (Twitter) le président de l'association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), Jean-Michel Romero, aura pourtant à conduire le débat sur la fin de vie promis pour le printemps.

Aurore Bergé, trans-sceptique

Succédant à Bérangère Couillard qui n'a laissé aucun souvenir concernant les sujets LGBTQI+, l'ancienne députée des Yvelines Aurore Bergé est passée du portefeuille de la Famille à celui de l'Égalité femmes/hommes et de la Lutte contre les discriminations. Elle qui recevait, pas plus tard qu'à l'été 2022, les militantes anti-trans Dora Moutot et Marguerite Stern… En tant que parlementaire, elle a porté, dans le cadre de la proposition de loi visant à inscrire le droit à l'avortement dans la Constitution, un amendement scélérat remplaçant “nul ne peut être privé” par “nulle femme ne peut être privée du droit à l’interruption volontaire de grossesse”.

Supportrice de François Fillon en 2012, de Nicolas Sarkozy en 2014 puis d'Alain Juppé en 2017, Aurore Bergé s'était opposée en 2012 au mariage pour tous avant de faire volte-face, écrivant en 2013 dans une tribune : "Je ne suis pas une fervente partisane du projet de loi présenté par le gouvernement, je reste à convaincre sur certaines de ses dispositions. J’aurais soutenu sans hésitation et avec enthousiasme un texte sur l'union civile et des droits pour les beaux-parents tel qu'envisagé par Nicolas Sarkozy en 2007 mais auquel il avait dû renoncer devant les frilosités de sa majorité." Gabriel Attal partagerait-il avec Emmanuel Macron une passion pour les girouettes ?

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Crédit photo : Julien de Rosa / AFP