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cinémaLes 12 films queers qu'on a repérés à la Berlinale 2024

Par Franck Finance-Madureira le 28/02/2024
"The Visitor", Bruce Labruce

Le plus prestigieux des festivals de cinéma en Allemagne s’est achevé ce week-end avec le sacre de Dahomey, de Mati Diop, Ours d'or de la 74e édition de la Berlinale. Comme chaque année, l'événement s'est illustré avec de très bons films LGBT, de "The Visitor" de Bruce LaBruce en passant par notre coup de cœur, "Cidade ; campo"…

  • Crossing de Levan Akin 

Repéré à Cannes en 2019 avec son premier long-métrage Et puis nous danserons, dans lequel il racontait une histoire d’amour gay entre deux danseurs rivaux, le Suédois Levan Akin creuse son sillon avec le très réussi Crossing, récompensé du Prix du jury aux Teddy Awards – la section LGBT de la Berlinale. Ici, Lia, prof d’histoire géorgienne à la retraite, est à la recherche de sa nièce trans, Tekla, en rupture familiale. Accompagnée d’Afi, un garçon roublard qui dit savoir où la trouver, elle part pour Istanbul, sa dernière adresse connue. La vieille prof revêche et le jeune homme inconséquent vont découvrir le milieu queer et trans d’Istanbul, mais aussi apprendre à se connaître. Cette quête, prétexte au mouvement, au déplacement, est l’occasion de célébrer avec douceur et intelligence la rencontre de l’autre en mettant en avant ce qui réunit plutôt que ce qui sépare. Extrêmement maîtrisé, sensible et d’une belle humanité, Crossing confirme que le cinéma queer européen doit désormais compter avec Levan Akin pour explorer des territoires inédits.

  • Reas de Lola Arias

Reas, de l’Argentine Lola Reas, est une plongée mi-documentaire mi-fiction dans une prison pour femmes du centre de Buenos Aires. De façon simple, sans condescendance et avec des cadres puissants, la caméra suit l’arrivée de Yoseli dans un nouveau lieu de détention et la façon dont les liens vont se tisser avec le petit groupe déjà formé : des femmes cis ou trans, hétéros, bi ou lesbiennes, et même un homme trans, l’incroyable Nacho, séducteur averti. Discussions frontales, amitiés profondes et relations amoureuses sont le cœur de ce film humble et sincère qui se permet des incursions réussies dans l’univers de la comédie musicale. 

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  • Sex de Dag Johan Haugerud

Dans leur salle de pause, deux ramoneurs se confient : l’un raconte un rêve étrange dans lequel David Bowie portait un regard concupiscent sur lui, lui faisant croire qu’il était une femme, et l’autre évoque en toute simplicité qu’il a cédé aux avances d’un client et a couché avec lui… De ces confidences découlent une véritable remise en question. Hétéros vivant avec femmes et enfants, les deux amis vont aborder frontalement les questionnements autour de la masculinité et de ses codes, et leur appréhension du genre et de la sexualité. Malgré le titre aguicheur, pas de sexe dans ce film norvégien très élégant, mais une libération de la parole et une confrontation de points de vue assez passionnantes. Le réalisateur a annoncé que ce film, présenté dans la section Panorama, était le premier d’une trilogie, Sex/Dreams/Love. À suivre, donc !

  • Love Lies Bleeding de Rose Glass

Série B virant à la série Z, le nouveau film de Rose Glass (Saint Maud en 2019), présenté hors compétition, a été l’une des sensations de cette Berlinale, accompagnée par les photos "so gay" de Kristen Stewart en jockstrap en couv du dernier Rolling Stone. Dans ce thriller hot et saignant, l’icône incarne Lou, jeune redneck qui gère une salle de muscu et tombe amoureuse de Jackie, une bodybuildeuse que rien n’arrête (formidable Katy O’Brian). Sur fond de dopage, de violences conjugales et de famille mafieuse, Love Lies Bleeding se transforme en un parcours du combattant d’une violence rare, qui confine parfois à la parodie. C’est méchant, sanglant, parfois drôle et… très excitant ! 

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  • All Shall Be Well de Ray Yeung

Après Un printemps à Hong Kong, qui racontait en 2021 la rencontre amoureuse, sensuelle et secrète entre deux hommes d’une soixantaine d’années, Ray Yeung explore à nouveau les difficultés auxquelles sont confrontés les seniors homos. Dans All Shall Be Well, récompensé par le Teddy du meilleur film de fiction, il nous invite cette fois dans l’intimité d’un couple de femmes âgées, Pat et Angie, installées ensemble depuis de nombreuses années, et qui vivent une retraite active et heureuse au sein d’une famille aimante. Mais Pat décède subitement, laissant Angie affronter les affres du deuil. Insécurité immobilière, mesquineries familiales et mésententes sur les rites funéraires mettent au jour les difficultés particulières que peuvent rencontrer les veuves lesbiennes dans une société qui feint d’ignorer la réalité de leur couple. Jamais démonstratif et toujours emprunt de douceur, Ray Leung affirme sa patte : des chroniques douces-amères extrêmement touchantes et contemporaines qui, en évoquant celles et ceux que la société ignore, militent intelligemment pour l’égalité.

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  • I Am Not Everyhting I Want To Be de Klára Tasovská

Libuše Jarcovjáková veut devenir photographe, mais dans le Prague de l’après-printemps 68, rien n’est simple. Elle va pourtant y parvenir en suivant son désir, en voyageant, en découvrant l’amour et sa sexualité. Le film raconte son parcours en ayant recours à deux éléments : la voix de la photographe, qui lit des extraits de son journal, et à l’écran une succession de ses photos, par lesquelles elle a documenté sa vie. Ce récit d’émancipation est tout simplement passionnant.

  • Langue étrangère de Claire Burger

Fanny débarque à Leipzig chez sa correspondante allemande, Lena, et tout commence plutôt mal : elle ne parle pas bien la langue, et s’enfonce trop souvent dans sa mythomanie. Malgré tout, une belle complicité naît entre les deux jeunes filles, qui vont apprendre à s’aimer sur fond de quête illusoire dans les milieux black blocs. Co-réalisatrice de Party Girl aux côtés de Marie Amachoukeli et Samuel Theis, Caméra d’or à Cannes en 2014, et réalisatrice du très beau C’est ça l’amour en 2018, Claire Burger parvient à toucher avec cette histoire d’amour adolescente et la description sensible des familles dysfonctionnelles des deux filles, mais manque un peu sa cible quand il s’agit d’évoquer les luttes politiques de la jeunesse. La modernité des actrices, les quelques scènes sensuelles et oniriques et la bande originale excitante, signée Rebeka Warrior, emportent le tout.

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>> Sortie en salles prévue en France le 11 septembre 2024.

  • Huling Palabas de Ryan Machado

Andoy, 16 ans, partage la passion du cinéma avec son pote Pido, et leur activité principale consiste à courir les vidéo-clubs et les projections illégales pour découvrir les dernières cassettes VHS disponibles (nous sommes à la fin du XXe siècle aux Philippines). Le jeune homme, à la recherche de son père et de son identité, va se révéler au fil des films et des rencontres. C’est assurément un premier film très personnel que propose le réalisateur Ryan Machado, sur le parcours singulier d’un ado qui suit sa route à la découverte de lui-même. 

  • Young Hearts de Anthony Schatteman

Le réalisateur belge Anthony Schatteman a voulu combler un manque en réalisant une histoire d’amour entre deux jeunes garçons de 14 ans en forme de comédie romantique tout public. Avec Young Hearts, il relève le défi avec panache. La rencontre entre Elias et son nouveau voisin et camarade de classe Alexander, déjà très à l’aise avec son homosexualité, y est joliment racontée. Si on y retrouve les figures imposées du récit initiatique, tout est fait avec délicatesse et modernité : le regard décalé sur les familles, la présence douce des grands-pères, les réactions de l'entourage… Tout concourt à faire de ce film une romance touchante et, effectivement, visible par tous. 

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  • Teaches of Peaches de Philipp Fussenegger et Judy Landkammer

C’est en 2022, lors de la tournée qui fêtait les 20 ans de son album culte, que les auteurs de ce documentaire ont suivi l’artiste canadienne Peaches, et sont revenus avec elle sur ses débuts et son parcours. À l’aide d’images d’archives, de coulisses et de témoignages, le film aide à appréhender la philosophie de celle qui a commencé à faire bouger les lignes du rock il y a plus de vingt ans, et a toujours lutté pour les libertés liées au genre ou à la sexualité. Si Teaches of Peaches est, sur la forme, plus télévisuel que cinématographique, c’est un portrait complet et passionnant de l’artiste, qui devait compter des fans dans le jury des Teddy qui lui a décerné le prix du meilleur documentaire queer de cette Berlinale.

  • The Visitor de Bruce LaBruce

Imaginez un remake porno du Théorème de Pasolini par le roi des fétiches, le Canadien Bruce LaBruce. Remplacez le visiteur (incarné par Terence Stamp) du film originel par un migrant venu d’Afrique dans une caisse en bois (l’artiste performeur Bishop Black), et la famille d’industriels milanais par une bourgeoisie vulgaire londonienne. Résultat : malgré un discours politique percutant à base de slogans stroboscopiques pendant les scènes de cul et quelques idées drôles et provocatrices, The Visitor est un porno qui, s’il renouvelle partiellement le genre en étant le plus pansexuel possible, ne peut s’émanciper du côté répétitif et programmatique de l’exercice. Pour amateurs avertis.

  • Cidade ; campo de Juliana Rojas 

C’est dans la petite section dédiée aux découvertes que se cachait le plus beau film de ce festival de Berlin 2024. Cidade ; campo, de Juliana Rojas, aurait par ailleurs tout à fait eu sa place en compétition officielle. La réalisatrice brésilienne (déjà remarquée pour Les Bonnes manières, co-réalisé avec Marco Dutra en 2017) met en parallèle deux trajectoires opposées, de la campagne à la ville, et inversement. C’est d’abord le parcours de Joana qui quitte la ferme dans laquelle elle travaille et qui a brûlé, pour se réfugier à São Paulo chez sa sœur, Tania, et son petit-fils Jaime. Devenue femme de ménage, elle tisse des liens profonds avec le jeune garçon et se confronte à l’ère de l’ubérisation généralisée. Dans l’autre sens, c’est un couple lesbien, Mara et Flavia, qui décide de reprendre la ferme du père de l'une d'entre elles. Elles vont elles aussi se confronter à des difficultés qu’elles n’avaient pas envisagées. Dans cet hymne à la force des femmes (de toutes les femmes, quel que soit leur âge, leur origine, leur sexualité, leur corps…), Juliana Rojas pose un regard bienveillant et singulier sur ses personnages, et lie avec force morts et vivants dans un élan mystique délicat. 

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Crédit photo d'illustration : The Visitor de Bruce LaBruce, Best Friend Forever