éditoEntre propos homophobes et ouverture de la PMA : Lecornu, le Premier macroniste

Par Thomas Vampouille le 10/09/2025
Sébastien Lecornu est le septième Premier ministre nommé par Emmanuel Macron.

Après Édouard Philippe, son premier chef de gouvernement, qui n'avait pas voté contre la loi Taubira en 2012 et qui a ouvert la PMA aux lesbiennes en 2021, Emmanuel Macron n'a eu de cesse de choisir ses principaux ministres dans les rangs de la droite conservatrice. Ainsi du nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, dont ressurgissent les prises de position réactionnaires et des propos homophobes. Alors, le progressisme en macronie, c'est une fois mais pas deux ?

"Emmanuel Macron nomme un Premier ministre homophobe." Depuis 2017, le sujet est devenu un marronnier à chaque valse des maroquins (nous en sommes à sept Premiers ministres, dont une seule femme). Le président de la République "ni de gauche ni de droite" ayant une furieuse tendance à choisir ses ministres dans les rangs des conservateurs, l'opposition et les médias progressistes (dont têtu·) ont beau jeu, à tous les coups, de rappeler leurs positions passées au cours du débat sur le mariage pour tous·tes, en 2012-2013 : Gérald Darmanin, Jacqueline Gourault, Caroline Cayeux, Aurore Bergé, Christophe Béchu, Michel Barnier, François Bayrou… Même Gabriel Attal, premier chef de gouvernement ouvertement gay de notre histoire – et censément issu de la gauche – n'y est pas allé de mainmorte en nommant, comme têtu· l'avait alors souligné, le gouvernement le plus LMPT depuis la Manif pour tous (avec l'entrée de Catherine Vautrin et Rachida Dati).

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Sébastien Lecornu, 39 ans aujourd'hui, n'échappe pas à la règle, lui qui, à l'époque du débat sur le mariage et l'adoption, était déjà un membre actif du principal parti de la droite, qui s'appelait alors l'UMP (aujourd'hui Les Républicains). Tandis que son mentor, le député Bruno Le Maire, faisait partie des modéré·es de l'UMP qui ont choisi de s'abstenir sur la loi Taubira (avec Nathalie Kosciusko-Morizet ou Édouard Philippe, par exemple, quand Benoist Apparu ou Franck Riester votaient pour), Sébastien Lecornu, lui, maintenait une position homophobe, considérant dans une interview en 2012 qu'"une famille se construit entre un homme et une femme" et ajoutant cette comparaison inacceptable : "Le communautarisme gay m'exaspère autant que l'homophobie."

Lecornu, de l'homophobie à la PMA

Ni une ni deux, après l'annonce de sa nomination à Matignon ce mardi 9 septembre, tous les comptes de veille de l'actualité LGBT+ sur les réseaux sociaux ont rappelé à juste titre ce "sparadrap du mariage pour tous" qui colle au doigt du nouveau Premier ministre. Invitée à réagir à cette nomination sur franceinfo, la secrétaire nationale du parti Les Écologistes, Marine Tondelier, n'a pas boudé l'occasion de pointer l'homophobie du nouveau locataire de Matignon : "Les écologistes avaient une condition pour examiner l'éventualité d'entrer dans un gouvernement, c'était que le Premier ministre soit de gauche ou écologiste. Monsieur Lecornu n'étant ni l'un ni l'autre mais étant par ailleurs homophobe […], on ne va pas perdre notre temps", lance-t-elle. Relancée sur l'accusation d'homophobie, elle rétorque notamment : "Ses récentes et ses plus anciennes propositions (…), et vous savez, quand on ne connaît pas bien le sujet, on demande aux personnes concernées, et les personnes concernées sont assez claires à ce sujet, pour suivre de très près la question."

C'est là que le raisonnement commence toutefois à tourner un peu court. Car sur les questions LGBT+, depuis bientôt quinze ans, il n'est jamais question que d'un seul sujet pour départager les camps : la loi Taubira. Mais entretemps, une autre avancée de nos droits a été votée en France : l'ouverture de la procréation médicalement assistée (PMA) aux couples de lesbiennes et aux femmes célibataires. Or, celle-ci n'est ni le fait des écologistes ni de la gauche en général, mais bien de la macronie, en 2021, et donc d'un gouvernement auquel appartenait déjà Sébastien Lecornu. Si ce dernier, comme l'a relevé 20 minutes, s'y était bel et bien opposé dans une interview en 2015, il a assuré en 2019 avoir changé d'avis : "C'est un des sujets sur lequel je chemine et j’ai beaucoup cheminé. Les sujets bioéthiques sont difficiles", avait-il justifié au micro de franceinfo, expliquant avoir reçu entretemps des "clés de lecture et de compréhension de ces questions". Ou l'ultime "en même temps" : tenir les pires propos sur la communauté LGBT+ avant de participer à une avancée majeure de ses droits.

Nos droits maintenant !

Chacun·e peut juger de la sincérité des mea culpa successifs exprimés par des poids-lourds de la droite sur la loi Taubira, de Lecornu à Darmanin. Mais le fait est que l'ouverture de la PMA était déjà une promesse de la gauche lorsqu'elle est arrivée au pouvoir en 2012 : "L'accès pour toutes et tous à l'adoption et aux techniques d'assistance à la procréation sera garanti", énonçait ainsi le programme d'Eva Joly, la candidate d'Europe Écologie-Les Verts (EELV) à la présidentielle remportée par François Hollande. Pourtant, malgré la participation d'EELV aux gouvernements du président socialiste ainsi qu'à sa majorité parlementaire, la PMA fut bel et bien passée par pertes et profits. "Les concernées" n'oublient donc pas, non plus, ces huit années perdues sur un sujet où l'horloge compte, lesquelles ont condamné le projet parental de milliers de lesbiennes qui avaient placé leur foi dans cette promesse. Qui a pris depuis lors, à gauche, la peine de faire son mea culpa, si ce n'est Najat Vallaud-Belkacem qui a reconnu un "raté" et un "regret" dans les colonnes de têtu· ?

Rappeler ces faits, ce n'est pas oublier les volte-face désolantes d'Emmanuel Macron sur les questions LGBT+, en particulier de transidentité. Pas plus qu'il ne s'agit de l'exonérer d'un bilan pratiquement inexistant en la matière depuis le début de son second mandat. C'est, d'abord, rendre justice à ces femmes que le débat politique laisse de côté, obstinément. Et c'est surtout se souvenir que l'expérience le montre : aucun camp n'est en réalité à l'abri de ce macronisme godillant – un coup je promets, un coup j'oublie – sur les questions LGBTIQ+. Or, les personnes concernées attendent mieux que de rejouer les matchs du passé. Nous attendons, de tout gouvernement se proclamant allié ou simplement libéral, que nos droits soient reconnus ici et maintenant : nous voulons une PMA vraiment accessible, la liberté de disposer de nos organes procréatifs comme de notre corps, et donc l'autodétermination de genre ainsi que la facilitation du changement de sa mention à l'état civil. Nous n'attendrons pas encore huit ans.

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Crédit photo : Daniel Pier / NurPhoto via AFP

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